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Tous les matins du monde naissent et meurent en Corse

Les miens / I mei

Quand la Corse est mille fois plus rassurante que le Continent  Samedi 23 Février 2008


Mes trois derniers enfants sont partis à Paris emmenés par leur grand-mère qui vit à Pietrosella. Tour Eiffel, Cité des Sciences, Château de Versailles… Les deux derniers ont été enchantés. Mon aîné particulièrement sensible en est revenu traumatisé. Il ne veut plus quitter la Corse où il se sent en sécurité.


Swann est un petit garçon particulièrement sensible. Il capte tout ce qu'on lui dit, tout ce qu'il entend et relie les informations entre elles pour les analyser. Sa grande crainte et il en parle beaucoup est la mort. Au cours de nos discussions je lui ai fait part de ma foi. Il s'en moque car il est persuadé que Dieu n'existe pas. Du coup, il se demande à quoi sert de vivre si c'est pour que tout disparaisse. Je dois avouer que j'ai été assez effrayé par de telles interrogations d'autant que pèse sur ma mémoire le suicide de mon frère jumeau.

Je tente donc de répondre au mieux à ses questionnements. Parfois je l'emmène sur le bord de la mer. Je lui montre les montagnes enneigées au loin, le maquis, la beauté de notre terre et je lui demande de ne plus penser à rien, de goûter du regard. Ce petit garçon a en lui l'amour de notre Corse et j'en suis très heureux. Mes trois enfants parlent avec un accent à couper au couteau.

Swann avait vu juste avant de partir un reportage sur les annonces d'une islamiste, la Veuve Noire, promettant moultes malheurs à la Corse. Je ne sais trop comment il avait relié cela avec le crash d'un avion kamikaze sur la Tour Eiffel. Et puis voilà que pour parler sa grand mère lui explique qu'il faut faire attention dans le métro car des fous poussent les gens sur les rails. Une nuit alerte incendie dans l'hôtel où ils séjournaient. À quatre heures du matin, tout le monde se retrouve en bas des neuf étages attendant que tout soit réparé. Dans une station de métro, Swann tombe nez à nez avec un ivrogne qui hurlaient des grossieretés. Dans la rame, il s'assied en face d'un drogué en manque.

Au bout de trois nuits il est pris d'angoisses et se met à sangloter. Dans l'avion du retour, il craint que l'appareil ne soit détourné pour aller percuter la Tour Eiffel et ne respire qu'une fois le pied posé sur notre terre sacrée de Corse. Je récupère les enfants à l'aéroport et le soir, bis repetita, Swann pleure toutes les larmes de son corps durant tout le repas répétant qu'il ne sait pas pourquoi mais qu'il n'est rassuré qu'en Corse. Une leçon pour tous ceux qui pensent que chez nous le crime rôde à tous les carrefours.

Voilà donc un petit garçon adorable qui a vécu presque toute sa vie sur la rive sud d'Ajaccio et qui ne se fera vraisemblablement jamais à la jungle de la grande ville. Maintenant il va bien. Il rit, il joue. Mais il éprouve une immense méfiance envers ce continent où tant de choses horribles arrivent sans qu'on puisse les prévoir.

le Samedi 23 Février 2008 à 10:37 | Permalien | Commentaires (1)


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Gabriel Xavier Culioli



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