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Procès Colonna: la formidable ambiguité des conjurés  Lundi 03 Décembre 2007

Alain Ferrandi, condamné à la perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Erignac, a disculpé lundi Yvan Colonna de toute participation au complot, mais en utilisant une phrase à double sens, invoquant le sens de "l'honneur" du berger corse Une ambigutié dont avait déjà fait preuve les compagnes des conjurés.

Le monde d'Yvan Colonna et celui des conjurés Erignac n'est plus le même. Le premier espère sauver sa liberté en niant toute appartenance au groupe qui a décidé et exécuté le funeste projet qui a abouti à l'assassinat du préfet Erignac le 6 février 1998. Les autres sont condamnés et savent qu'ils vont vivre de longues années en prison. La plupart d'entre eux ont vu leur compagne les quitter. Ils sont presque seuls dans un monde atroce. Il ne leur reste plus que le sentiment d'avoir agi avec honneur sinon avec justesse.

Alain Ferrandi a participé à l'assassinat mais c'est un type bien. Il faut comprendre par là un type droit. C'est là le résumé de tous les échos qui me sont parvenus de la part de ceux qui le connaissaient ici en Corse. Il a donc témoigné devant la cour d'assises spéciales. Yvan Colonna l'a interpellé depuis le box de la cour d'assises spéciale en débutant en corse, avant de passer au français : "Alain, je vais te parler franchement. On m'a accusé à tort... Maintenant, il faut dire les choses, dire la vérité, que je n'y étais pas. Il faut dire pourquoi vous n'avez rien dit, pourquoi vous avez tant attendu", a-t-il lancé en essayant de capter son regard.
Mais Alain Ferrandi a gardé le visage fixé sur les juges refusant de regarder Yvan Colonna.
"Je sais que tu es un homme d'honneur et que si tu avais participé à cette action, tu l'aurais revendiquée. Par conséquent, je confirme que tu ne faisais pas partie du groupe", répond Alain Ferrandi qui assume la pleine "responsabilité" de cet acte mais a toujours refusé de détailler les responsabilités de chacun.

Prononcée d'une voix monocorde, sa phrase peut aussi bien résonner comme la disculpation d'un innocent que comme la condamnation morale de la part d'un homme qui a revendiqué son acte à son complice qui persiste dans le démenti.

Alain Ferrandi précise qu'il n'a pas innocenté avant 2003 Yvan Colonna parce qu'il "ne voulait pas rentrer dans le factuel de qui appartient ou non au groupe. Point barre", a-t-il dit.

Pour autant, il confirme que le groupe qui a fomenté l'assassinat du préfet le 6 février 1998 comptait sept membres et que l'un manque donc à l'appel.

Est-ce Yvan Colonna ? lui demande la défense : "M. Colonna n'est pas la personne qui faisait partie du groupe", répond-il. C'est sec comme un coup de trique et ce n'était certainement pas ce qu'attendait la défense du prévenu.

Il n'y a qu'une seule fois, au cours de sa garde à vue, en mai 1999, qu'Alain Ferrandi a confirmé le récit de son épouse, qui avait déclaré aux enquêteurs qu'Yvan Colonna et Pierre Alessandri avaient passé la nuit après l'assassinat du préfet à leur domicile. "Mon épouse a dit la vérité", a-t-il alors déclaré.

Une position qu'il arrive aisément à expliquer lundi par le fait que son épouse était alors en garde à vue avec lui, et par sa faute, et que son seul "souci était que (s)on épouse puisse être libérée et retrouver (leur) enfant".

"Les conséquences (de l'assassinat), on les connaît. Elles sont dramatiques pour beaucoup de monde. D'abord pour Mme Erignac et ses enfants, et pour nous aussi parce que du fait de la force de notre engagement, nous sommes séparés de longues années de nos familles, nos enfants et notre pays", a ajouté, ému, celui qui a écopé en 2003 de la réclusion à perpétuité pour sa participation à l'assassinat.

Ami d'enfance d'Yvan Colonna, Pierre Alessandri est allé plus loin puisqu'il affirme depuis 2004 avoir lui-même abattu le préfet. Il a cependant été à la peine pour expliquer la mise en cause de son ami en garde à vue, sa mise hors de cause, 17 mois plus tard, puis l'auto-accusation une fois qu'il était condamné définitivement à la réclusion à perpétuité.

"Pour moi, il s'agissait d'une mise en cause temporaire", a-t-il expliqué pour justifier ses déclarations très détaillées en garde à vue. "Temporaire qui a duré 17 mois", a rappelé Me Philippe Lemaire, l'avocat de la famille Erignac.

"C'était une porte de sortie car à l'époque j'étais dans l'incapacité de reconnaître toute ma responsabilité", a ajouté cet agriculteur de Cargèse, le village des Colonna, affirmant qu'il "serait revenu sur (s)es déclarations devant le juge d'instruction" si les enquêteurs ne lui avaient pas dit que Colonna était parti en cavale.

"Je ne pouvais pas imaginer qu'il partirait pour quatre ans. S'il avait été arrêté une semaine plus tard, ce procès n'existerait pas", a encore assuré M. Alessandri reconnaissant que son attitude n'avait "pas été très honorable". Que voulait-il dire par là? Qu'il n'avait pas été très honorable de dénoncer Yvan Colonna ou de dénoncer un innocent?

Il est très vraisemblable après l'extraordinaire ambiguité des propos tenus par les conjurés, non pas sur le fond mais sur la forme, que cet assassinat gardera tout son secret. Malheureusement pour la famille du préfet Erignac.

le Lundi 03 Décembre 2007 à 12:44 | Permalien | Commentaires (0)


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Gabriel Xavier Culioli



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