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Tous les matins du monde naissent et meurent en Corse
Les miens / I mei
Mon fils aîné m'a fait peur Jeudi 07 Juin 2007
J'avais un grand-oncle Xavier Culioli, qui n'avait jamais voulu d'enfant. Il m'a avoué l'avoir regretté à l'âge de 70 ans. Les accidents de la vie ont fait que j'ai quatre enfants que j'adore. Pourtant, chacun d'entre eux posent des problèmes devant lesquels je me sens parfois impuissant.
Récemment c'est mon aîné qui s'est montré désespéré. Et toute l'angoisse provoquée par la suicide de mon jumeau il y a quarante ans est remontée à la surface.
Swann est un petit être tout en délicatesse. Il vient tout juste d'avoir dix ans. Il est un petit bonhomme qui montre déjà des signes d'adolescence (bien plus précoce qu'à mon époque) mais il garde toute la tendresse de l'enfant.
Phénomène curieux : mes deux garçons sont extraordinairement calins avec moi tandis que mes deux filles sont relativement distantes. J'ai pourtant toujours eu l'impression de me conduire de la même manière avec tous.
Un soir, ma femme m'appelle. Swann est en pleurs dans la salle de bain. Que dis-je? Il sanglote de toutes ses forces. Jamais je ne l'avais vu dans cet état. Touit a commencé par une discussion sur le jeu du foulard, cette pratique terrible qui tue des enfants. Swann a d'abord réagi en provoquant sa mère et faisant mine d'étouffer. Puis il a courru dans la salle de bain et s'est effondré. Il nous explique que la mort lui fait peur mais l'attire en même temps. Un jour, il a pris un couteau et a été tenté de se le planter dans le ventre. Il l'a lâché et s'est enfui.
Moi qui suis très soupe au lait avec les enfants, capables de hurler et dans l'instant de rire, j'ai soudain compris que cette crise n'était pas une plaisanterie. Nous avions souvent eu des discussions avec Swann sur Dieu. J'y crois, lui non. Je n'ai jamais cherché à lui imposer ma foi. J'estime que c'est à lui de faire son chemin ou de ne pas le faire. Je n'accorde pas une importance fondamentale à la croyance. J'ai trop souvent croisé le chemin de croyants qui ne faisaient qu'espérer; ou de croyants qui dissociaient leur attitude au quotidien de leurs prières pour souvent leur préferer un athée.
Mais j'étais bouleversé par un si grand désespoir à l'âge ou théoriquement on vit dans l'insouciance. Et puis ça me rappelait trop les désarrois de mon frère. J'en ai parlé avec Marianne tentant de dissocier mes angoisses personnelles du réel si tant est qu'on puisse parler de réels avec les émotions;
Swann a demandé à dormir avec moi. Plusieurs fois dans la nuit, je me suis réveillé et je l'ai regardé, mon petit bonhomme m'interrogeant sur ce qu'il convenait de faire. Je ne voulais surtout pas agir "adminstrativement". En Corse nous avons eu dans un collège deux tentatives de suicide et un viol sans que jamais les autorités ne s'interrogent sur le pourquoi de cette accumulation de drames.
J'ai prié afin qu'il me soit donné une réponse, une attitude juste à adopter. Depuis je suis partagé entre une certaine peur, le devoir de ne pas m'endormir sur le calme apparent et la nécessité d'agir normalement.
Difficile d'être père ou d'être mère. J'ai surtout l'impression qu'autrefois une certaine discipline ou l'autorité partagée entre la structure familiale et l'école facilitait le travail même si dans mon cas personnel ce n'est pas très probant. Mais je ne veux surtout pas ériger le drame de mon frère en valeur globale.
Nous vivons dans la région ajacienne et nos conditions de vie sont réellement agréables. Nous avons la mer à 200 mètres de la maison. N'en déplaise à la légende noire de la Corse, la vie entre habitants est facile et harmonieuse. Pourtant je ressens toujours la menace du malheur tapi dans l'ombre de cette apparence. Et je ne crois pas qu'on puisse se prémunir contre cela.
Après l'accident de car qui a coûté la vie à ma première compagne Nadine, j'ai longemps eu peur de m'endormir en voiture alors même que je n'étais pas le conducteur. Lorsque j'ai repris conscience sitôt après l'accident j'avais eu l'impression de m'endormir et de me réveiler en plein cauchemar. Puis je me suis raisonné. Je n'allais tout de même pas redouter ma vie durant un drame gâchant ainsi mon existence. Et j'ai fini par maîtriser cette peur. De plus, je suis presque certain qu'une attitude de peur attire le malheur.
Après la mort de Nadine, j'ai un jour compris une leçon qui allait totalement à l'encontre de mon déterminisme militant. Il faut savoir parfois lâcher prise, abandonner, s'abandonner. Le renoncement est la clef du bonheur. Le jour où j'ai été capable d'accepter ce qui m'arrivait, où j'ai cessé de me révolter contre le destin, j'ai ressenti un immense soulagement. Je me suis réveillé un matin épuisé mais heureux. Cela avait pris deux ans. J'avais l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur mais je savais que je pouvais aller de l'avant.
J'essaie donc d'adopter cette attitude avec mes enfants tout en restant très présent. Je tiens à être le bâton qui permet au berger de cheminer à la tête de son troupeau. C'est là le travail d'un père, aide et protection afin que ses enfants un jour parviennent à voler de leurs propres ailes.
Etant donné ma vie, j'en ai pris pour quelques décennies. Et puis un jour, si Dieu le veut, je fermerai les yeux en me disant: "Good job, my friend" ou alors "Bon travaddu, o mi omu". Mais je voudrais tant que mes enfants soient heureux et qui leur soit épargné les accidents de la vie.
Phénomène curieux : mes deux garçons sont extraordinairement calins avec moi tandis que mes deux filles sont relativement distantes. J'ai pourtant toujours eu l'impression de me conduire de la même manière avec tous.
Un soir, ma femme m'appelle. Swann est en pleurs dans la salle de bain. Que dis-je? Il sanglote de toutes ses forces. Jamais je ne l'avais vu dans cet état. Touit a commencé par une discussion sur le jeu du foulard, cette pratique terrible qui tue des enfants. Swann a d'abord réagi en provoquant sa mère et faisant mine d'étouffer. Puis il a courru dans la salle de bain et s'est effondré. Il nous explique que la mort lui fait peur mais l'attire en même temps. Un jour, il a pris un couteau et a été tenté de se le planter dans le ventre. Il l'a lâché et s'est enfui.
Moi qui suis très soupe au lait avec les enfants, capables de hurler et dans l'instant de rire, j'ai soudain compris que cette crise n'était pas une plaisanterie. Nous avions souvent eu des discussions avec Swann sur Dieu. J'y crois, lui non. Je n'ai jamais cherché à lui imposer ma foi. J'estime que c'est à lui de faire son chemin ou de ne pas le faire. Je n'accorde pas une importance fondamentale à la croyance. J'ai trop souvent croisé le chemin de croyants qui ne faisaient qu'espérer; ou de croyants qui dissociaient leur attitude au quotidien de leurs prières pour souvent leur préferer un athée.
Mais j'étais bouleversé par un si grand désespoir à l'âge ou théoriquement on vit dans l'insouciance. Et puis ça me rappelait trop les désarrois de mon frère. J'en ai parlé avec Marianne tentant de dissocier mes angoisses personnelles du réel si tant est qu'on puisse parler de réels avec les émotions;
Swann a demandé à dormir avec moi. Plusieurs fois dans la nuit, je me suis réveillé et je l'ai regardé, mon petit bonhomme m'interrogeant sur ce qu'il convenait de faire. Je ne voulais surtout pas agir "adminstrativement". En Corse nous avons eu dans un collège deux tentatives de suicide et un viol sans que jamais les autorités ne s'interrogent sur le pourquoi de cette accumulation de drames.
J'ai prié afin qu'il me soit donné une réponse, une attitude juste à adopter. Depuis je suis partagé entre une certaine peur, le devoir de ne pas m'endormir sur le calme apparent et la nécessité d'agir normalement.
Difficile d'être père ou d'être mère. J'ai surtout l'impression qu'autrefois une certaine discipline ou l'autorité partagée entre la structure familiale et l'école facilitait le travail même si dans mon cas personnel ce n'est pas très probant. Mais je ne veux surtout pas ériger le drame de mon frère en valeur globale.
Nous vivons dans la région ajacienne et nos conditions de vie sont réellement agréables. Nous avons la mer à 200 mètres de la maison. N'en déplaise à la légende noire de la Corse, la vie entre habitants est facile et harmonieuse. Pourtant je ressens toujours la menace du malheur tapi dans l'ombre de cette apparence. Et je ne crois pas qu'on puisse se prémunir contre cela.
Après l'accident de car qui a coûté la vie à ma première compagne Nadine, j'ai longemps eu peur de m'endormir en voiture alors même que je n'étais pas le conducteur. Lorsque j'ai repris conscience sitôt après l'accident j'avais eu l'impression de m'endormir et de me réveiler en plein cauchemar. Puis je me suis raisonné. Je n'allais tout de même pas redouter ma vie durant un drame gâchant ainsi mon existence. Et j'ai fini par maîtriser cette peur. De plus, je suis presque certain qu'une attitude de peur attire le malheur.
Après la mort de Nadine, j'ai un jour compris une leçon qui allait totalement à l'encontre de mon déterminisme militant. Il faut savoir parfois lâcher prise, abandonner, s'abandonner. Le renoncement est la clef du bonheur. Le jour où j'ai été capable d'accepter ce qui m'arrivait, où j'ai cessé de me révolter contre le destin, j'ai ressenti un immense soulagement. Je me suis réveillé un matin épuisé mais heureux. Cela avait pris deux ans. J'avais l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur mais je savais que je pouvais aller de l'avant.
J'essaie donc d'adopter cette attitude avec mes enfants tout en restant très présent. Je tiens à être le bâton qui permet au berger de cheminer à la tête de son troupeau. C'est là le travail d'un père, aide et protection afin que ses enfants un jour parviennent à voler de leurs propres ailes.
Etant donné ma vie, j'en ai pris pour quelques décennies. Et puis un jour, si Dieu le veut, je fermerai les yeux en me disant: "Good job, my friend" ou alors "Bon travaddu, o mi omu". Mais je voudrais tant que mes enfants soient heureux et qui leur soit épargné les accidents de la vie.