Tous les matins du monde naissent et meurent en Corse
Livres et écrits
Msieur Bébert Vendredi 04 Janvier 2008
J'écrivais il y a pas longtemps sur l'avancée du grand banditisme en Corse. Voici une chanson d'avant guerre écrite par Georgius et A.Clamens qui illustre parfaitement cette problématique.
Rue Fontaine
L'autre semaine
Je vois un type élégant
Saluer de manière hautaine
Messieurs les commerçants.
Je m'étonne
Je questionne
C'est votr' député sûrement.
Tu débarques du continent
Me dit un passant.
Refrain:
C'est M'sieur Bebert
Le roi des Gangsters
Qu'a trois revolvers
Il a deux Chrysler
Il a un spider
Qu'est peint en vert.
Ici c'est son bled
Pour qu'on l'dépossède
Faudra s'lever tôt.
Et puis il exerce
Un fameux commerce
Qui rapporte gros.
Il fait de l'opium
Avec du calcium
Et des boul's de gomm'.
Il fait d'la coco
Avec des copeaux
Et du cacao.
Il fabrique un tas de stupéfiants
Qui ne stupéfient personne, pourtant
Il les vend quand même très cher!
C'est le roi des gangsters
Msieur Bébert !
Des familles
S'mettent en vrille
Pour élever leurs enfants.
Des bons emplois qui fourmillent
Dame ! Y'en a pas tant !
V'là un zèbre
Qu'est célèbre
Il s'fait un million par an
Et il n'connait pas l'algèbre
Ni l'grec, ni l'persan.
Refrain:
C'est M'sieur Bébert
Le roi des Gangsters
Qu'a trois revolvers
Au café Wepler.
Quand il prend un verre
Il fauche la cuillèr'.
Ici il est chez lui
Comme il est l'caïd
C'est l'garçon livid'
Qui lui d'mande pardon.
Alors il lui glisse
En douce dans l'veston
Quelques gros biftons.
Il fait d'la morphine
Avec d'la vaseline
Et d'la Quintonine
Avec des bidons d'ether
Avec de l'eau d'mer
Des pilulles Carter.
Il a l'meilleur des commerces en gros
Et pas de patente et pas d'impôts
Ni d'tax' sur le chiffr' d'affair's
C'est le roi des gangsters
Msieur Bébert !
Des pauvr's types
Pleins d'principes
Font tout pour qu'on parle d'eux :
Découvertes scientifiques
Ou des raids audacieux
Lui, pas bête
En manchette
Défraye tous les journaux
Dram' du milieu qu'on lui prête...
Refrain:
C'est M'sieur Bebert
Le roi des Gangsters
Qu'a trois revolvers
Un certain soir d'hiver
On a découvert
Un homm' ventre ouvert.
Alors on l'arrête
On fait une enquête.
Y n'sait rien de rien.
L'erreur judiciaire
S'rait un' sale affaire.
Il rentre chez les siens.
Et illico presto
Y r'fait d'la coco
Avec de la chaux
Et des munitions
Avec des bouts d'plomb
Et des boîtes de thon
Quand il aura ses coffres remplis
Il rentrera dans son p'tit pays
Il s'ra conseiller ou maire
Et l'ennemi des gangsters
Msieur Bébert !
Livres et écrits
La chanson de Carla Vendredi 04 Janvier 2008
Voilà ce qui aurait pu être notre "Carla's song" en hommage à Nico l'pas beau.
J'avais rêvé d'avoir un homme
Un vrai de vrai, bien balancé
Mais je suis chipée pour la pomme
D'un avorton complet'ment j'té
Ce n'est pas un Apollon mon Jules
Il n'est pas taillé comme un Hercule
Malgré qu'il ait bien des défauts
C'est lui que j'ai dans la peau
Tel qu'il est, il me plaît
Il me fait de l'effet
Et je l'aime
C'est un vrai gringalet
Aussi laid qu'un basset
Mais je l'aime
Il est bancal
Du coté cérébral
Mais ça m'est bien égal
Qu'il ait l'air anormal
C'est l'chef des Français
Ses quinquets sont en biais
C'est un fait que tel qu'il est
Il me plaît
Il est carré mais ses épaules
Par du carton, sont rembourrées
Quand il est tout nu ça fait drôle
On n'en voit plus que la moitié
Il ressemble à une drôle de bête
Du poil plein plein les gambettes
Les mains qui partout furettent
Et toujours pour moi le machin en fête.
Tel qu'il est, il me plaît
Il me fait de l'effet
Et je l'aime
C'est un vrai gringalet
Aussi laid qu'un basset
Mais je l'aime
Il est bancal
Du coté cérébral
Mais ça m'est bien égal
Qu'il ait l'air anormal
C'est l'chef des Français
Ses quinquets sont en biais
C'est un fait que tel qu'il est
Il me plaît
Le travail pour lui c'est la chose
La plus sacrée il y touche pas
Pour tenir le coup il se dose
De quintonine à tous les r'pas
Ce qui n'est pas marrant c'est qu'il ronfle
On dirait un pneu qui se dégonfle
Et quand il faut se bagarrer
Il ressemble à un roquet.
Tel qu'il est, il me plaît
Il me fait de l'effet
Et je l'aime
C'est un vrai gringalet
Aussi laid qu'un basset
Mais je l'aime
Il est bancal
Du coté cérébral
Mais ça m'est bien égal
Qu'il ait l'air anormal
C'est l'chef des Français
Ses quinquets sont en biais
C'est un fait que tel qu'il est
Il me plaît.
Un vrai de vrai, bien balancé
Mais je suis chipée pour la pomme
D'un avorton complet'ment j'té
Ce n'est pas un Apollon mon Jules
Il n'est pas taillé comme un Hercule
Malgré qu'il ait bien des défauts
C'est lui que j'ai dans la peau
Tel qu'il est, il me plaît
Il me fait de l'effet
Et je l'aime
C'est un vrai gringalet
Aussi laid qu'un basset
Mais je l'aime
Il est bancal
Du coté cérébral
Mais ça m'est bien égal
Qu'il ait l'air anormal
C'est l'chef des Français
Ses quinquets sont en biais
C'est un fait que tel qu'il est
Il me plaît
Il est carré mais ses épaules
Par du carton, sont rembourrées
Quand il est tout nu ça fait drôle
On n'en voit plus que la moitié
Il ressemble à une drôle de bête
Du poil plein plein les gambettes
Les mains qui partout furettent
Et toujours pour moi le machin en fête.
Tel qu'il est, il me plaît
Il me fait de l'effet
Et je l'aime
C'est un vrai gringalet
Aussi laid qu'un basset
Mais je l'aime
Il est bancal
Du coté cérébral
Mais ça m'est bien égal
Qu'il ait l'air anormal
C'est l'chef des Français
Ses quinquets sont en biais
C'est un fait que tel qu'il est
Il me plaît
Le travail pour lui c'est la chose
La plus sacrée il y touche pas
Pour tenir le coup il se dose
De quintonine à tous les r'pas
Ce qui n'est pas marrant c'est qu'il ronfle
On dirait un pneu qui se dégonfle
Et quand il faut se bagarrer
Il ressemble à un roquet.
Tel qu'il est, il me plaît
Il me fait de l'effet
Et je l'aime
C'est un vrai gringalet
Aussi laid qu'un basset
Mais je l'aime
Il est bancal
Du coté cérébral
Mais ça m'est bien égal
Qu'il ait l'air anormal
C'est l'chef des Français
Ses quinquets sont en biais
C'est un fait que tel qu'il est
Il me plaît.
Livres et écrits
Une chanson tellement française Vendredi 04 Janvier 2008
J'adôôôôre la chanson réaliste qui a notre répertoire national ce que le blues est au répertoire américain. Les paroles sont fatales et fatalistes parfois grotesques. En voilà une qui préfigurait l'attitude de la France envers l'envahisseur allemand. Elle était prémonitoire puisqu'écrite en 1913 par Daniderff et Lemonnier 1913, elle fut chantée par Mistinguet. Pour les ignorants un Allemand est certes un Boche, un Chleu mais aussi un Fritz, un Fridolin ou un Frisé.
Moi quand je danse avec mon grand frisé
Hop je sais pas il a une façon de m'enlacer
J'en perds la tête
Je suis comme une bête
Y'a pas moi je suis sa chose à lui
Je l'ai dans le sang quoi c'est mon chéri
Et moi je l'aime je l'aime mon grand frisé
Il me cogne il me démolit il me crève
Mais que voulez vous moi j'aime ça
Après je m'endort dans un rêve
En me pelotonnant bien dans ses bras
Je me revois lorsque j'étais toute gosse
Et que me câlinait ma maman
J'ai tué le chagrin en faisant la noce
Aussi tout ce qu'il me reste maintenant
C'est lui mon homme
Moi quand je danse avec le grand frisé
Je sais pas il a une façon de m'enlacer
J'en perds la tête
Je suis comme une bête
Y'a pas je suis sa chose à lui
Y'a pas je suis sa chose à lui
Je l'ai dans le sang quoi c'est mon chéri
Et moi je l'aime je l'aime mon grand frisé
Hop je sais pas il a une façon de m'enlacer
J'en perds la tête
Je suis comme une bête
Y'a pas moi je suis sa chose à lui
Je l'ai dans le sang quoi c'est mon chéri
Et moi je l'aime je l'aime mon grand frisé
Il me cogne il me démolit il me crève
Mais que voulez vous moi j'aime ça
Après je m'endort dans un rêve
En me pelotonnant bien dans ses bras
Je me revois lorsque j'étais toute gosse
Et que me câlinait ma maman
J'ai tué le chagrin en faisant la noce
Aussi tout ce qu'il me reste maintenant
C'est lui mon homme
Moi quand je danse avec le grand frisé
Je sais pas il a une façon de m'enlacer
J'en perds la tête
Je suis comme une bête
Y'a pas je suis sa chose à lui
Y'a pas je suis sa chose à lui
Je l'ai dans le sang quoi c'est mon chéri
Et moi je l'aime je l'aime mon grand frisé
Livres et écrits
Le marxisme, ancienne religion au rebut Dimanche 20 Mai 2007
Le marxisme fut le témoignage d'un moment. Et malheureusement, son idéologie messianique fut statufiée par ses épigones.
Je reprends un texte de François Fourquet en le transformant à ma sauce personnelle.
On a souvent comparé le communisme à une religion, mais ce qu'on visait surtout par cette remarque, c'est la forme mystique et même fanatique de la croyance au socialisme, et non cette croyance elle même.
On a cru qu'il s'agissait d'une simple idéologie qui ressemblait à la religion, sans découvrir qu'il s'agit bel et bien, dans sa racine libidinale, d'une religion. Dieu devient la Science : comme lui, elle juge ce qui se passe du point de vue du but final.
Son Royaume devient le socialisme: toute la perfection du Monde réel y est actualisée, et cette perfection n'est autre que l'incarnation historique, c'est à dire la réalisation scientifiquement prévue du mode de production socialiste.
Aujourd'hui, l'incidence pratique de cette religion est double. D'un côté elle est en quelque sorte négative: paradoxalement, bien qu'elle ait conduit les bolcheviks à l'assaut du pouvoir, elle impuissante le prolétariat en le mettant l'arme au pied, il n'a rien d'autre à faire qu'à survivre et à attendre sa propre victoire.
De l'autre, elle est positive: elle stimule les puissances réactives qui l'ont fait naître en leur fournissant le fantasme qui ravive leur ressentiment. En un mot, par l'espoir qu'elle suscite dans une histoire imaginaire, elle maintient la servitude de l'histoire réelle.
Tout le terrible paradoxe du marxisme tient ici : Marx pensait, par sa prophétie de l'issue “nécessaire de la lutte des classes”, susciter les énergies du prolétariat. 100 ans plus tard, on s'aperçoit que jamais croyance n'a plus puissamment stérilisé ces forces, et jamais autant depuis qu'en Union soviétique et en Chine cette espérance semble avoir trouvé sa réalisation !
Étrange énigme . la croyance au socialisme semble avoir endormi la volonté pratique de l'atteindre. C'est qu'elle est en même temps une morale grégaire : en faisant espérer à l'ouvrier le socialisme non pour lui même, mais pour sa classe, elle a certes aiguisé sa haine du monde capitaliste, mais l'a conduit aussi à s'en accomoder au nom de la victoire nécessaire mais future.
Il faut prendre au sérieux la ressemblance de la religion chrétienne et de la croyance révolutionnaire, de la charité chrétienne et du dévouement militant. C'est du nihilisme le plus profond qu'il s'agit dans les deux cas.
Que le socialisme nous soit annoncé comme étant dans ce monde, et non pas au delà ne doit pas nous tromper : car c'est bien au nom de cet autre monde que le prolétariat a fait de sa vie ci une plainte.impuissante.
La théorie du négatif est une théorie du ressentiment : si Marx n'avait pas importé la dialectique hégélienne dans le mouvement ouvrier, il aurait fallu l'inventer.
Dans sa structure même, la dialectique est découpée sur mesure pour la libido réactive. Que dit elle au prolétariat? Que, toujours, le négatif triomphe de ce qu'il nie, que le capitalisme est destiné à être détruit par cette force qui monte en lui et le menace de l'intérieur.
Le dépassement (dialectique) est une loi universelle de la Nature. L'existence présente du capitalisme annonce le futur socialisme aussi sûrement que le germe annonce le fruit. La dialectique donne au prolétariat aujourd'hui vaincu le prestige et la valeur de sa victoire future qui rejaillit sur lui par anticipation. Aujourd'hui il n'est rien, mais déjà il est tout en vertu du schéma qui lui prédit son triomphe. II faut toute la magie de la dialectique pour que le prolétariat réellement serf revendique sans rire le respect dû à sa noblesse imaginaire.
Dans la dialectique, l'exclusivité de la contradiction : oui/non, est l'instrument logique d'une croyance exclusive. je crois tout oui, ou tout non. La foi n'est jamais mitigée, et le ressentiment ne s'alimente que de l'absolu de la négation. L'au delà n'a rien à voir avec ici-¬bas. La coupure épistémologique est “radicale. Ah! ce mot de “radical” , comme il a fair fortune chez les héritiers de Marx, “radical”, c'est prendre les choses à la racine, la critique est « radicale” , la révolution est radicale, c'est la coupure épistémologique en acte dans l'empiricité historique, et s'il reste quelque chose du monde ancien, ce ne sont que des « survivances ».
Le « radical est chargé de toute la croyance sentimentale et toute la violence ressentimentale, de tous les affects de la libido réactive, dont le tonus finit toujours par s'amollir en quelques dizaines d'années, le marxisme devient radical socialiste, si bien qu'il faut encore une nouvelle libido plus radicale que les autres.
On a cru qu'il s'agissait d'une simple idéologie qui ressemblait à la religion, sans découvrir qu'il s'agit bel et bien, dans sa racine libidinale, d'une religion. Dieu devient la Science : comme lui, elle juge ce qui se passe du point de vue du but final.
Son Royaume devient le socialisme: toute la perfection du Monde réel y est actualisée, et cette perfection n'est autre que l'incarnation historique, c'est à dire la réalisation scientifiquement prévue du mode de production socialiste.
Aujourd'hui, l'incidence pratique de cette religion est double. D'un côté elle est en quelque sorte négative: paradoxalement, bien qu'elle ait conduit les bolcheviks à l'assaut du pouvoir, elle impuissante le prolétariat en le mettant l'arme au pied, il n'a rien d'autre à faire qu'à survivre et à attendre sa propre victoire.
De l'autre, elle est positive: elle stimule les puissances réactives qui l'ont fait naître en leur fournissant le fantasme qui ravive leur ressentiment. En un mot, par l'espoir qu'elle suscite dans une histoire imaginaire, elle maintient la servitude de l'histoire réelle.
Tout le terrible paradoxe du marxisme tient ici : Marx pensait, par sa prophétie de l'issue “nécessaire de la lutte des classes”, susciter les énergies du prolétariat. 100 ans plus tard, on s'aperçoit que jamais croyance n'a plus puissamment stérilisé ces forces, et jamais autant depuis qu'en Union soviétique et en Chine cette espérance semble avoir trouvé sa réalisation !
Étrange énigme . la croyance au socialisme semble avoir endormi la volonté pratique de l'atteindre. C'est qu'elle est en même temps une morale grégaire : en faisant espérer à l'ouvrier le socialisme non pour lui même, mais pour sa classe, elle a certes aiguisé sa haine du monde capitaliste, mais l'a conduit aussi à s'en accomoder au nom de la victoire nécessaire mais future.
Il faut prendre au sérieux la ressemblance de la religion chrétienne et de la croyance révolutionnaire, de la charité chrétienne et du dévouement militant. C'est du nihilisme le plus profond qu'il s'agit dans les deux cas.
Que le socialisme nous soit annoncé comme étant dans ce monde, et non pas au delà ne doit pas nous tromper : car c'est bien au nom de cet autre monde que le prolétariat a fait de sa vie ci une plainte.impuissante.
La théorie du négatif est une théorie du ressentiment : si Marx n'avait pas importé la dialectique hégélienne dans le mouvement ouvrier, il aurait fallu l'inventer.
Dans sa structure même, la dialectique est découpée sur mesure pour la libido réactive. Que dit elle au prolétariat? Que, toujours, le négatif triomphe de ce qu'il nie, que le capitalisme est destiné à être détruit par cette force qui monte en lui et le menace de l'intérieur.
Le dépassement (dialectique) est une loi universelle de la Nature. L'existence présente du capitalisme annonce le futur socialisme aussi sûrement que le germe annonce le fruit. La dialectique donne au prolétariat aujourd'hui vaincu le prestige et la valeur de sa victoire future qui rejaillit sur lui par anticipation. Aujourd'hui il n'est rien, mais déjà il est tout en vertu du schéma qui lui prédit son triomphe. II faut toute la magie de la dialectique pour que le prolétariat réellement serf revendique sans rire le respect dû à sa noblesse imaginaire.
Dans la dialectique, l'exclusivité de la contradiction : oui/non, est l'instrument logique d'une croyance exclusive. je crois tout oui, ou tout non. La foi n'est jamais mitigée, et le ressentiment ne s'alimente que de l'absolu de la négation. L'au delà n'a rien à voir avec ici-¬bas. La coupure épistémologique est “radicale. Ah! ce mot de “radical” , comme il a fair fortune chez les héritiers de Marx, “radical”, c'est prendre les choses à la racine, la critique est « radicale” , la révolution est radicale, c'est la coupure épistémologique en acte dans l'empiricité historique, et s'il reste quelque chose du monde ancien, ce ne sont que des « survivances ».
Le « radical est chargé de toute la croyance sentimentale et toute la violence ressentimentale, de tous les affects de la libido réactive, dont le tonus finit toujours par s'amollir en quelques dizaines d'années, le marxisme devient radical socialiste, si bien qu'il faut encore une nouvelle libido plus radicale que les autres.
Livres et écrits
Un conte cruel d'Emile Bergerat sur le thème de Matteo Falcone : l'enfant corse Mercredi 25 Avril 2007
Émile Bergerat dit Caliban, né le 29 avril 1845 à Paris et mort le 13 octobre 1923 est un poète, auteur dramatique et choniqueur. Il a été chroniqueur du Voltaire et du Le Figaro. Membre de l'Académie Goncourt, il était le gendre de Théophile Gautier et le beau-frère de Théophile Gautier fils. Il est notamment l'auteur de "la chasse au mouflon" remarquable récit d'un voyage en Corse.
En pièce jointe, L'enfant corse, un remake de Matteo Falcone la première nouvelle corse de Prosper Mérimée.
L’enfant corse.rtf
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Livres et écrits
Une autre lettre du chant des Saisons Samedi 21 Avril 2007
J'ai publié la semaine dernière une lettre du livre de photos dont j'ai écrit le texte "Le chant des saisons" (DCL éditions). Voici une autre lettre elle-aussi printanière. La photo a été prise par mon ami Emmanuel Sailler, mort à cinquante ans.
Ivresse et couleur. Couleur et tendresse. Tendresse et bonheur. Le printemps est là et bien là. La Corse le hurle, le chante, le proclame. La vie déborde de tous côtés. Le maquis fond sur la roche qui se perd dans la mer. Au loin, les pics encore enneigés taquinent un ciel éclatant d'un bleu comme léché par une armée de chiens affamés. Et ces odeurs, ma douce amie…
Elles aussi explosent en mille délicatesses qui chatouillent l'âme et le cœur. En bas dans la plaine, le vert recouvre désormais les champs labourés. Je vous ai mille fois raconté le manque que j'éprouvais parfois en Corse à ne pouvoir contempler des paysages vallonnés, des champs étirés jusqu'aux confins de l'horizon que l'on trouve dans la France profonde. L'Île de France que j'ai tant aimée occupe toujours une partie de ma mémoire avec une tendresse que les beautés de mon île ne sauraient gommer. Je voudrais être multiple et goûter aux fulgurances du printemps ici et ailleurs, voyager dans l'espace et dans le temps, vous revoir sans quitter les miens. La Corse est tellement plurielle qu'elle m'autorise à rêver ainsi d'espaces-temps entrecroisés, de vies déchirées enfin reconstituées.
Hier, nous sommes montés à Oronu.
Il y a si longtemps ma grand-mère et sa famille s'y réfugiaient lorsque les chaleurs estivales s'y faisaient sentir. En ce mois d'avril, les sources inondent le sol entre le pied des châtaigniers. Les enfants gambadaient dans l'herbe piquée de pâquerettes tels des cabris insouciants. Leur mère, Marianne, la femme que j'aime, m'a pris la main et, sans un mot, nous avons contemplé ces trois petits hommes qui riaient et criaient en pataugeant dans les flaques.
Nous nous sommes rencontrés un jour de printemps à Paris. Notre premier enfant, Swann, est également né au printemps après que Marianne l'a porté avec cette fierté que vous eûtes vous aussi lorsque vous mettiez en valeur la rotondité de votre ventre. Quand je vous disais que le printemps est une belle période.
En descendant, nous avons croisé deux couples de vieux, des habitants d'un village proche du mien. Voyez-vous, même moi qui ai grandi, bercé par les souvenirs de mes grands parents, je perds cette mémoire des traces familiales. Leurs visages me parlaient mais j'étais incapable de leur donner un nom. Ils sont peut-être des miens. Je n'en sais plus rien. À qui puis-je demander de remailler le filet de nos racines ? Ce savoir est perdu à jamais. Je souffre de cette amnésie et parce qu'elle me fait du mal je cherche à oublier plus encore.
En revenant vers le village, les enfants ont voulu visiter un lieu que je leur avais maintes fois décrit. Il appartenait autrefois à notre branche familiale de Bonifacio. J'ai poussé une lourde porte de bois, toute brisée par le temps et la morsure des insectes. Nous aimions, mon frère et moi que Grand-Père nous amène dans cette plantation d'oliviers située non loin de Bonifacio. Nous grimpions aux arbres dont les pieds cerclés d'un muret calcaire nous offraient un bel appui. Le sol était recouvert de filets rouges dont les fines mailles retiennent les fruits tombés sur le sol.
La couleur pourpre se mélangeait au vert argenté des arbres fruitiers. Grand-Père nous menait ensuite au moulin à huile, “ u fragnu ”. Nous pénétrions dans la cour remplie de grandes jarres dont la forme n'avait pas varié depuis l'antiquité. C'était hier, il n'y a pas si longtemps. J'avais l'âge de mon fils aîné, huit ans à peine et je ne pensais pas à l'avenir. Je n'avais pas peur de la mort si ce n'est celle de mes parents. Mon frère et moi nous nous jetions en riant dans la mer sans craindre le froid. Nous escaladions le plus haut rocher du village en nous riant du vide. Nous étions des enfants et nous aimions la Corse parce qu'elle était le nid de notre enfance.
De toutes les saisons, je préférais le printemps car cette période ressemblait pour moi à la beauté d'un papillon qui s'extrait de sa chrysalide. Il sort d'abord la tête et déploie ses antennes, semble jeter sur le monde un regard étonné puis émerveillé. Il allonge une aile puis l'autre. Elles sont fripées, misérables et pourtant s'étendent de chaque côté. Miracle : les plis disparaissent et le papillon s'étire jusqu'à prendre sa forme définitive. J'ai vraiment aimé le printemps pour être la saison de cette métamorphose.
Mais mon frère est mort un soir de printemps, alors que nous venions à peine de fêter nos quatorze années. Il fut enterré dans le cimetière du village accompagné de milliers de personnes qui venaient de toute l'île pour nous soutenir. Mon grand-oncle était alors puissant et la foule rassemblée ce jour-là témoignait de cette force. J'ai pourtant détesté être happé par cette foule inconnue, être embrassé, repoussé, repris tandis que le corps de Dominique était exposé dans le salon de notre maison. J'ai vu pleurer mon grand-père, et ma mère, et mon père. J'ai vu mon grand-oncle sangloter dans la salle de bain. De ce jour-là, le printemps n'a plus été pour les miens la saison de l'espérance. Maman a gardé dans sa chair le souvenir de cette immense tristesse qui entoura la disparition de l'un de ses jumeaux.
Encore aujourd'hui, pour mes parents et pour moi, le printemps reste une saison douce-amère. Je ne parviens plus à accompagner les processions religieuses comme je le faisais étant enfant.
Je me souviens du corps décharné du Christ trimballé dans les ruelles de Bonifacio lui, la tête baissée par la souffrance tandis que montaient autour de lui les chants de dévotion.
Aujourd'hui j'aime à nouveau le printemps qui porte en lui l'espoir de la renaissance, celui de la naissance de mon fils, celui de la résurrection.
Sais-tu, ma douce amie, que ce fut ma plus grande leçon de vie : mon dernier né a poussé son premier cri le jour anniversaire de la mort de mon frère. Mon frère est allongé sous les cyprès de Chera. Mon fils est né dans cette Corse à la fois tombe et berceau. Ainsi se renouvelle au printemps, l'âme du monde, l'anima mundi, dans la ronde éternelle du temps.
Je regarde la mer, mon amie. Je ne pense plus à rien. Je laisse la chaleur entrer en moi et je me fonds dans le paysage comme le ferait un chat méditatif. Je me sens bien. Derrière moi, au loin, des cris d'enfants percent par instant le silence. Je n'existe plus car à cet instant précis j'appartiens à ce grand tout qui me dépasse : la mer, le ciel, la Corse. Je suis tout simplement heureux.
Elles aussi explosent en mille délicatesses qui chatouillent l'âme et le cœur. En bas dans la plaine, le vert recouvre désormais les champs labourés. Je vous ai mille fois raconté le manque que j'éprouvais parfois en Corse à ne pouvoir contempler des paysages vallonnés, des champs étirés jusqu'aux confins de l'horizon que l'on trouve dans la France profonde. L'Île de France que j'ai tant aimée occupe toujours une partie de ma mémoire avec une tendresse que les beautés de mon île ne sauraient gommer. Je voudrais être multiple et goûter aux fulgurances du printemps ici et ailleurs, voyager dans l'espace et dans le temps, vous revoir sans quitter les miens. La Corse est tellement plurielle qu'elle m'autorise à rêver ainsi d'espaces-temps entrecroisés, de vies déchirées enfin reconstituées.
Hier, nous sommes montés à Oronu.
Il y a si longtemps ma grand-mère et sa famille s'y réfugiaient lorsque les chaleurs estivales s'y faisaient sentir. En ce mois d'avril, les sources inondent le sol entre le pied des châtaigniers. Les enfants gambadaient dans l'herbe piquée de pâquerettes tels des cabris insouciants. Leur mère, Marianne, la femme que j'aime, m'a pris la main et, sans un mot, nous avons contemplé ces trois petits hommes qui riaient et criaient en pataugeant dans les flaques.
Nous nous sommes rencontrés un jour de printemps à Paris. Notre premier enfant, Swann, est également né au printemps après que Marianne l'a porté avec cette fierté que vous eûtes vous aussi lorsque vous mettiez en valeur la rotondité de votre ventre. Quand je vous disais que le printemps est une belle période.
En descendant, nous avons croisé deux couples de vieux, des habitants d'un village proche du mien. Voyez-vous, même moi qui ai grandi, bercé par les souvenirs de mes grands parents, je perds cette mémoire des traces familiales. Leurs visages me parlaient mais j'étais incapable de leur donner un nom. Ils sont peut-être des miens. Je n'en sais plus rien. À qui puis-je demander de remailler le filet de nos racines ? Ce savoir est perdu à jamais. Je souffre de cette amnésie et parce qu'elle me fait du mal je cherche à oublier plus encore.
En revenant vers le village, les enfants ont voulu visiter un lieu que je leur avais maintes fois décrit. Il appartenait autrefois à notre branche familiale de Bonifacio. J'ai poussé une lourde porte de bois, toute brisée par le temps et la morsure des insectes. Nous aimions, mon frère et moi que Grand-Père nous amène dans cette plantation d'oliviers située non loin de Bonifacio. Nous grimpions aux arbres dont les pieds cerclés d'un muret calcaire nous offraient un bel appui. Le sol était recouvert de filets rouges dont les fines mailles retiennent les fruits tombés sur le sol.
La couleur pourpre se mélangeait au vert argenté des arbres fruitiers. Grand-Père nous menait ensuite au moulin à huile, “ u fragnu ”. Nous pénétrions dans la cour remplie de grandes jarres dont la forme n'avait pas varié depuis l'antiquité. C'était hier, il n'y a pas si longtemps. J'avais l'âge de mon fils aîné, huit ans à peine et je ne pensais pas à l'avenir. Je n'avais pas peur de la mort si ce n'est celle de mes parents. Mon frère et moi nous nous jetions en riant dans la mer sans craindre le froid. Nous escaladions le plus haut rocher du village en nous riant du vide. Nous étions des enfants et nous aimions la Corse parce qu'elle était le nid de notre enfance.
De toutes les saisons, je préférais le printemps car cette période ressemblait pour moi à la beauté d'un papillon qui s'extrait de sa chrysalide. Il sort d'abord la tête et déploie ses antennes, semble jeter sur le monde un regard étonné puis émerveillé. Il allonge une aile puis l'autre. Elles sont fripées, misérables et pourtant s'étendent de chaque côté. Miracle : les plis disparaissent et le papillon s'étire jusqu'à prendre sa forme définitive. J'ai vraiment aimé le printemps pour être la saison de cette métamorphose.
Mais mon frère est mort un soir de printemps, alors que nous venions à peine de fêter nos quatorze années. Il fut enterré dans le cimetière du village accompagné de milliers de personnes qui venaient de toute l'île pour nous soutenir. Mon grand-oncle était alors puissant et la foule rassemblée ce jour-là témoignait de cette force. J'ai pourtant détesté être happé par cette foule inconnue, être embrassé, repoussé, repris tandis que le corps de Dominique était exposé dans le salon de notre maison. J'ai vu pleurer mon grand-père, et ma mère, et mon père. J'ai vu mon grand-oncle sangloter dans la salle de bain. De ce jour-là, le printemps n'a plus été pour les miens la saison de l'espérance. Maman a gardé dans sa chair le souvenir de cette immense tristesse qui entoura la disparition de l'un de ses jumeaux.
Encore aujourd'hui, pour mes parents et pour moi, le printemps reste une saison douce-amère. Je ne parviens plus à accompagner les processions religieuses comme je le faisais étant enfant.
Je me souviens du corps décharné du Christ trimballé dans les ruelles de Bonifacio lui, la tête baissée par la souffrance tandis que montaient autour de lui les chants de dévotion.
Aujourd'hui j'aime à nouveau le printemps qui porte en lui l'espoir de la renaissance, celui de la naissance de mon fils, celui de la résurrection.
Sais-tu, ma douce amie, que ce fut ma plus grande leçon de vie : mon dernier né a poussé son premier cri le jour anniversaire de la mort de mon frère. Mon frère est allongé sous les cyprès de Chera. Mon fils est né dans cette Corse à la fois tombe et berceau. Ainsi se renouvelle au printemps, l'âme du monde, l'anima mundi, dans la ronde éternelle du temps.
Je regarde la mer, mon amie. Je ne pense plus à rien. Je laisse la chaleur entrer en moi et je me fonds dans le paysage comme le ferait un chat méditatif. Je me sens bien. Derrière moi, au loin, des cris d'enfants percent par instant le silence. Je n'existe plus car à cet instant précis j'appartiens à ce grand tout qui me dépasse : la mer, le ciel, la Corse. Je suis tout simplement heureux.
Livres et écrits
Une lettre du 'Chant des saisons' Mardi 17 Avril 2007
Cette année j'ai écrit le texte du Chant des Saisons (éd. DCL) sur les photos de Jean-Christophe Attard. L'ouvrage est composée de lettres écrites à ma défunte compagne. J'y raconte la Corse telle que je la vis au quotidien entre présence et nostalgie. Voici la première des missive écrite à celle qui figure sur la photo.
20 mars 2006-03-06
Ma tendre amie,
Ce matin, le maquis proclame timidement le sacre du printemps. Malgré une brève pluie accompagnée d'un léger vent froid, quelque chose a frémi dans la nature. Les premières brumes envolées, les odeurs d'humus, ces odeurs intimes de la terre, montent du sol. Comme le bon vin, elles exhalent des senteurs de fruits rouges, de champignons, de nobles pourritures.
Je me suis levé tôt pour avoir le bonheur de regarder la mer alors que l'agitation humaine ne remplit pas encore l'air de ses rumeurs parasites. Des nuages accourent en volée depuis le couchant, tout vêtus de sombre. Ils flottent tels des haillons hivernaux qui se déchireraient sous les morsures du temps qui passe. Pourtant, dans l'ombre défunte de l'hiver, les frimas s'effacent devant les transparentes fraîcheurs du renouveau. Tout en moi s'éveille jusqu'au jeune homme assoupi qui s'étire et baille pour déchirer l'enveloppe de l'homme vieillissant. J'ai longtemps marché dans la lande qui borde les flots. Les griffes de sorcières ont envahi le sable et la terre, rampant jusqu'à l'extrême limite de l'eau. Dans le ciel, quelques goélands planent en silence. Là-bas, au loin, un voilier borde un écueil pour dépasser, tel un rêve, le cap de la tour génoise.
J'ai cinquante-quatre ans, mon amie, cinquante-quatre printemps qui passèrent comme un songe. J'ai conservé deux photos qui nous montrent mon frère et moi dans les bras de mon grand-oncle Xavier, de mon grand-père et de ma grand-mère. Les clichés sont de petits formats et de mauvaise qualité. Et, néanmoins, ils contiennent une charge émotionnelle immense. Depuis, ma belle amie, j'ai tant de fois ouvert les yeux sur la vie. Je les ai parfois fermés, découvrant à chaque nouveau regard sur le monde, des paysages différents. Votre si longue absence, mes nouvelles amours, les quatre naissances de mes enfants, à commencer par celui de notre fille… Le passé m'aspire parfois puis je reprends pied dans le présent cherchant à croquer l'instant à pleines dents. Néanmoins, cet étrange sentiment de parcourir un rêve m'habite en permanence, un long rêve au sein duquel la certitude du déjà vécu, autrefois dans une autre vie côtoie l'émerveillement de chaque matin nouveau.
Le printemps ne s'est pas encore imposé mais s'installe déjà dans la discrétion. Quelques bourgeons précoces, des fourmis qui parcourent leurs sentes, le chant des oiseaux aux premières lueurs du jour…
Renaissance, joie, nostalgie… Rien de ce que je vis en Corse ne me laisse indifférent si ce n'est parfois la médiocre répétition des tâches domestiques ou les propos gratuits que me livrent sans vergogne certains de mes contemporains. La bêtise me fatigue ou m'indigne, c'est selon.
Bientôt les crocus vont jaillir du sol en même temps que les sources. Ici, nous les appelons des yeux, l'ochji, car elles sont les yeux de la terre, notre mère. Leurs larmes indiquent la joie d'une nature en éveil.
J'ai aperçu hier Don Jacques qui partait pour les jardins d'A Vigna. Il est le dernier du village à pratiquer l'horticulture qui, il y a à peine cinquante ans, occupait les nôtres, habillait les alentours des villages, obligeait au partage fut-ce celui de l'eau pour le lavoir et l'arrosage. Aujourd'hui les friches ont envahi A Vigna, la Presa. Elles reprennent leurs droits en attendant la victoire du maquis. Cinquante ans et plus, mon amie, que je foule cette terre qui m'émeut toujours autant. Avant-hier je me suis rendu à Sartène. Là aussi, les vieilles pierres donnent le sentiment de se réveiller du rêve hivernal. Sartène presque inchangée malgré les siècles. La pierre y est peut-être un peu plus moussue. Au loin, les terrasses en escalier, les “ ricciati ”, prennent des allures de vestiges archéologiques. Il n'en reste plus que l'esquisse, le fantôme recouvert de terre et d'une herbe vert tendre. Hier, des hommes et des femmes s'escrimaient à cultiver cette terre pauvre. Aujourd'hui, rendue à la nature, elle efface jusqu'au souvenir de ce labeur désespéré tout entier tourné vers la survie.
Trois personnes sont mortes cet hiver au village. Trois membres de notre famille. Les morts hantent nos cimetières et nos mémoires comme les témoins effacés de ce que nous ne connaîtrons plus. Les petites silhouettes courbées des vivants apparaissent parfois aux portes des vieilles maisons de granite comme les ultimes témoins d'une civilisation disparue. De vieilles femmes accrochent du linge devant les maisons et ces étendards d'une éphémère présence battent au vent léger du printemps naissant. Hier, enfants, nous courrions dans les champs voisins, nous remplissions l'air de nos cris. Aujourd'hui… Allez j'arrête, mon amie. Cette propension à la nostalgie me terrifie. Deviendrai-je à mon tour comme ces hommes persuadés qu'autrefois tout allait mieux qu'aujourd'hui. Je ne serais alors plus que le vestige pathétique de ma jeunesse. À trop s'enfermer dans ses souvenirs, on finit par devenir soi-même poussiéreux. Le printemps débutant exige de l'optimisme parce qu'il est résurrection et donc espérance
Le linge tendu à l'extérieur des maisons disais-je, cette douce impudeur d'une intimité dévoilée, contribue à renforcer le sentiment d'une renaissance.
Les odeurs ont envahi le village. Te souviens-tu de l'émotion qui s'emparait de nous à chaque descente de l'avion ? Les senteurs du maquis flottaient dans l'air repoussant celle du kérosène. Le myrte, l'immortelle s'imposaient à nous avec la douceur d'une impérative caresse.
Pour celle ou celui qui sait écouter, qui sait sentir, qui sait vibrer, la Corse n'est qu'émotions. Des émotions parfois ténues, dans ces paysages tout en lignes brisées, en pentes et en ruptures. Les villes elles-même ne sont que des nids éphémères posés au creux d'un golfe ou perchés au sommet d'une falaise.
Rupture. J'ai dormi une heure en début d'après midi avec mon dernier né. C'est le seul de mes enfants qui soit né à Ajaccio. C'était il y a très précisément trois ans. Je l'ai regardé et un sentiment d'amour immense m'a envahi, un amour sans crainte, un amour sans barrière. J'aimais. Cet enfant m'apprenait qu'il existait une forme intransitive au verbe “ aimer ” qui transcendait tout sujet d'amour. Quelle belle leçon de bonheur !
Voilà, ma douce amie, ce que je voulais vous écrire depuis cette Corse qui s'offre à la vie.
Ma tendre amie,
Ce matin, le maquis proclame timidement le sacre du printemps. Malgré une brève pluie accompagnée d'un léger vent froid, quelque chose a frémi dans la nature. Les premières brumes envolées, les odeurs d'humus, ces odeurs intimes de la terre, montent du sol. Comme le bon vin, elles exhalent des senteurs de fruits rouges, de champignons, de nobles pourritures.
Je me suis levé tôt pour avoir le bonheur de regarder la mer alors que l'agitation humaine ne remplit pas encore l'air de ses rumeurs parasites. Des nuages accourent en volée depuis le couchant, tout vêtus de sombre. Ils flottent tels des haillons hivernaux qui se déchireraient sous les morsures du temps qui passe. Pourtant, dans l'ombre défunte de l'hiver, les frimas s'effacent devant les transparentes fraîcheurs du renouveau. Tout en moi s'éveille jusqu'au jeune homme assoupi qui s'étire et baille pour déchirer l'enveloppe de l'homme vieillissant. J'ai longtemps marché dans la lande qui borde les flots. Les griffes de sorcières ont envahi le sable et la terre, rampant jusqu'à l'extrême limite de l'eau. Dans le ciel, quelques goélands planent en silence. Là-bas, au loin, un voilier borde un écueil pour dépasser, tel un rêve, le cap de la tour génoise.
J'ai cinquante-quatre ans, mon amie, cinquante-quatre printemps qui passèrent comme un songe. J'ai conservé deux photos qui nous montrent mon frère et moi dans les bras de mon grand-oncle Xavier, de mon grand-père et de ma grand-mère. Les clichés sont de petits formats et de mauvaise qualité. Et, néanmoins, ils contiennent une charge émotionnelle immense. Depuis, ma belle amie, j'ai tant de fois ouvert les yeux sur la vie. Je les ai parfois fermés, découvrant à chaque nouveau regard sur le monde, des paysages différents. Votre si longue absence, mes nouvelles amours, les quatre naissances de mes enfants, à commencer par celui de notre fille… Le passé m'aspire parfois puis je reprends pied dans le présent cherchant à croquer l'instant à pleines dents. Néanmoins, cet étrange sentiment de parcourir un rêve m'habite en permanence, un long rêve au sein duquel la certitude du déjà vécu, autrefois dans une autre vie côtoie l'émerveillement de chaque matin nouveau.
Le printemps ne s'est pas encore imposé mais s'installe déjà dans la discrétion. Quelques bourgeons précoces, des fourmis qui parcourent leurs sentes, le chant des oiseaux aux premières lueurs du jour…
Renaissance, joie, nostalgie… Rien de ce que je vis en Corse ne me laisse indifférent si ce n'est parfois la médiocre répétition des tâches domestiques ou les propos gratuits que me livrent sans vergogne certains de mes contemporains. La bêtise me fatigue ou m'indigne, c'est selon.
Bientôt les crocus vont jaillir du sol en même temps que les sources. Ici, nous les appelons des yeux, l'ochji, car elles sont les yeux de la terre, notre mère. Leurs larmes indiquent la joie d'une nature en éveil.
J'ai aperçu hier Don Jacques qui partait pour les jardins d'A Vigna. Il est le dernier du village à pratiquer l'horticulture qui, il y a à peine cinquante ans, occupait les nôtres, habillait les alentours des villages, obligeait au partage fut-ce celui de l'eau pour le lavoir et l'arrosage. Aujourd'hui les friches ont envahi A Vigna, la Presa. Elles reprennent leurs droits en attendant la victoire du maquis. Cinquante ans et plus, mon amie, que je foule cette terre qui m'émeut toujours autant. Avant-hier je me suis rendu à Sartène. Là aussi, les vieilles pierres donnent le sentiment de se réveiller du rêve hivernal. Sartène presque inchangée malgré les siècles. La pierre y est peut-être un peu plus moussue. Au loin, les terrasses en escalier, les “ ricciati ”, prennent des allures de vestiges archéologiques. Il n'en reste plus que l'esquisse, le fantôme recouvert de terre et d'une herbe vert tendre. Hier, des hommes et des femmes s'escrimaient à cultiver cette terre pauvre. Aujourd'hui, rendue à la nature, elle efface jusqu'au souvenir de ce labeur désespéré tout entier tourné vers la survie.
Trois personnes sont mortes cet hiver au village. Trois membres de notre famille. Les morts hantent nos cimetières et nos mémoires comme les témoins effacés de ce que nous ne connaîtrons plus. Les petites silhouettes courbées des vivants apparaissent parfois aux portes des vieilles maisons de granite comme les ultimes témoins d'une civilisation disparue. De vieilles femmes accrochent du linge devant les maisons et ces étendards d'une éphémère présence battent au vent léger du printemps naissant. Hier, enfants, nous courrions dans les champs voisins, nous remplissions l'air de nos cris. Aujourd'hui… Allez j'arrête, mon amie. Cette propension à la nostalgie me terrifie. Deviendrai-je à mon tour comme ces hommes persuadés qu'autrefois tout allait mieux qu'aujourd'hui. Je ne serais alors plus que le vestige pathétique de ma jeunesse. À trop s'enfermer dans ses souvenirs, on finit par devenir soi-même poussiéreux. Le printemps débutant exige de l'optimisme parce qu'il est résurrection et donc espérance
Le linge tendu à l'extérieur des maisons disais-je, cette douce impudeur d'une intimité dévoilée, contribue à renforcer le sentiment d'une renaissance.
Les odeurs ont envahi le village. Te souviens-tu de l'émotion qui s'emparait de nous à chaque descente de l'avion ? Les senteurs du maquis flottaient dans l'air repoussant celle du kérosène. Le myrte, l'immortelle s'imposaient à nous avec la douceur d'une impérative caresse.
Pour celle ou celui qui sait écouter, qui sait sentir, qui sait vibrer, la Corse n'est qu'émotions. Des émotions parfois ténues, dans ces paysages tout en lignes brisées, en pentes et en ruptures. Les villes elles-même ne sont que des nids éphémères posés au creux d'un golfe ou perchés au sommet d'une falaise.
Rupture. J'ai dormi une heure en début d'après midi avec mon dernier né. C'est le seul de mes enfants qui soit né à Ajaccio. C'était il y a très précisément trois ans. Je l'ai regardé et un sentiment d'amour immense m'a envahi, un amour sans crainte, un amour sans barrière. J'aimais. Cet enfant m'apprenait qu'il existait une forme intransitive au verbe “ aimer ” qui transcendait tout sujet d'amour. Quelle belle leçon de bonheur !
Voilà, ma douce amie, ce que je voulais vous écrire depuis cette Corse qui s'offre à la vie.
Livres et écrits
Aux origines colonisatrices de l'anti-colonialisme nationaliste corse Lundi 19 Mars 2007
Il s'agit là d'un texte que j'avais écrit pour le colloque traitant de la Corse et des colonies en septembre 2002.
Si, à l'extérieur de leur île, les Corses formèrent les bataillons avancés de la colonisation française, et, à ce titre, participèrent à la formation de l'ensemble national, ils furent aussi, à l'intérieur de leur propre terre, les victimes d'une marginalisation économique au sein de ce même ensemble. Ce double phénomène fut dénoncé dans les années 1960 par les plus radicaux des contestataires insulaires dont l'une des branches allait créer en 1976 u Fronte di Liberazione Naziunale di a Corsica (FLNC), sous le concept de “ colonisation intérieure ” puis “ colonisation ” tout court.
La suite du texte se trouve dans le fichier word joint.
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anti colonialisme nationaliste.rtf
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Livres et écrits
Les Pierres de l'Apocalypse Dimanche 04 Février 2007
Ce livre est l'histoire d'une partie de ma vie, de mes rêves et de mes chagrins. Nous l'avions entamé avec mon ami d'enfance et photographe Raphaël Salzedo. Il photographiait ces pierres étonnantes que l'on désigne par le nom de "paesines". Puis ma compagne, Nadine, est morte en juillet 1992. Je devais écrire le texte qui accompagnerait les photos de pierres. Je n'ai plus rien écrit durant des années. Raphaël et moi, nous nous étions disputés. Puis nous nous sommes retrouvés et nous avons achevé ce livre. C'était l'un de ceux auquel je tenais le plus. Il s'est médiocrement vendu : 1500 exemplaires sur la Corse. Son destin était de ne pas être distribué sur le continent. Les exemplaires restants vont être pilonnés. Voici son contenu en PDF.
txt_pierres.pdf
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