Tous les matins du monde naissent et meurent en Corse
Les miens / I mei
Quand la Corse est mille fois plus rassurante que le Continent Samedi 23 Février 2008
Mes trois derniers enfants sont partis à Paris emmenés par leur grand-mère qui vit à Pietrosella. Tour Eiffel, Cité des Sciences, Château de Versailles… Les deux derniers ont été enchantés. Mon aîné particulièrement sensible en est revenu traumatisé. Il ne veut plus quitter la Corse où il se sent en sécurité.
Swann est un petit garçon particulièrement sensible. Il capte tout ce qu'on lui dit, tout ce qu'il entend et relie les informations entre elles pour les analyser. Sa grande crainte et il en parle beaucoup est la mort. Au cours de nos discussions je lui ai fait part de ma foi. Il s'en moque car il est persuadé que Dieu n'existe pas. Du coup, il se demande à quoi sert de vivre si c'est pour que tout disparaisse. Je dois avouer que j'ai été assez effrayé par de telles interrogations d'autant que pèse sur ma mémoire le suicide de mon frère jumeau.
Je tente donc de répondre au mieux à ses questionnements. Parfois je l'emmène sur le bord de la mer. Je lui montre les montagnes enneigées au loin, le maquis, la beauté de notre terre et je lui demande de ne plus penser à rien, de goûter du regard. Ce petit garçon a en lui l'amour de notre Corse et j'en suis très heureux. Mes trois enfants parlent avec un accent à couper au couteau.
Swann avait vu juste avant de partir un reportage sur les annonces d'une islamiste, la Veuve Noire, promettant moultes malheurs à la Corse. Je ne sais trop comment il avait relié cela avec le crash d'un avion kamikaze sur la Tour Eiffel. Et puis voilà que pour parler sa grand mère lui explique qu'il faut faire attention dans le métro car des fous poussent les gens sur les rails. Une nuit alerte incendie dans l'hôtel où ils séjournaient. À quatre heures du matin, tout le monde se retrouve en bas des neuf étages attendant que tout soit réparé. Dans une station de métro, Swann tombe nez à nez avec un ivrogne qui hurlaient des grossieretés. Dans la rame, il s'assied en face d'un drogué en manque.
Au bout de trois nuits il est pris d'angoisses et se met à sangloter. Dans l'avion du retour, il craint que l'appareil ne soit détourné pour aller percuter la Tour Eiffel et ne respire qu'une fois le pied posé sur notre terre sacrée de Corse. Je récupère les enfants à l'aéroport et le soir, bis repetita, Swann pleure toutes les larmes de son corps durant tout le repas répétant qu'il ne sait pas pourquoi mais qu'il n'est rassuré qu'en Corse. Une leçon pour tous ceux qui pensent que chez nous le crime rôde à tous les carrefours.
Voilà donc un petit garçon adorable qui a vécu presque toute sa vie sur la rive sud d'Ajaccio et qui ne se fera vraisemblablement jamais à la jungle de la grande ville. Maintenant il va bien. Il rit, il joue. Mais il éprouve une immense méfiance envers ce continent où tant de choses horribles arrivent sans qu'on puisse les prévoir.
Je tente donc de répondre au mieux à ses questionnements. Parfois je l'emmène sur le bord de la mer. Je lui montre les montagnes enneigées au loin, le maquis, la beauté de notre terre et je lui demande de ne plus penser à rien, de goûter du regard. Ce petit garçon a en lui l'amour de notre Corse et j'en suis très heureux. Mes trois enfants parlent avec un accent à couper au couteau.
Swann avait vu juste avant de partir un reportage sur les annonces d'une islamiste, la Veuve Noire, promettant moultes malheurs à la Corse. Je ne sais trop comment il avait relié cela avec le crash d'un avion kamikaze sur la Tour Eiffel. Et puis voilà que pour parler sa grand mère lui explique qu'il faut faire attention dans le métro car des fous poussent les gens sur les rails. Une nuit alerte incendie dans l'hôtel où ils séjournaient. À quatre heures du matin, tout le monde se retrouve en bas des neuf étages attendant que tout soit réparé. Dans une station de métro, Swann tombe nez à nez avec un ivrogne qui hurlaient des grossieretés. Dans la rame, il s'assied en face d'un drogué en manque.
Au bout de trois nuits il est pris d'angoisses et se met à sangloter. Dans l'avion du retour, il craint que l'appareil ne soit détourné pour aller percuter la Tour Eiffel et ne respire qu'une fois le pied posé sur notre terre sacrée de Corse. Je récupère les enfants à l'aéroport et le soir, bis repetita, Swann pleure toutes les larmes de son corps durant tout le repas répétant qu'il ne sait pas pourquoi mais qu'il n'est rassuré qu'en Corse. Une leçon pour tous ceux qui pensent que chez nous le crime rôde à tous les carrefours.
Voilà donc un petit garçon adorable qui a vécu presque toute sa vie sur la rive sud d'Ajaccio et qui ne se fera vraisemblablement jamais à la jungle de la grande ville. Maintenant il va bien. Il rit, il joue. Mais il éprouve une immense méfiance envers ce continent où tant de choses horribles arrivent sans qu'on puisse les prévoir.
Les miens / I mei
Un portrait à la plume de ma grand-mère Judith Samedi 26 Janvier 2008
Voici un portrait à la plume de ma grand-mère Judith. C'est ma part scandinave et slave à la fois.
Les miens / I mei
Mon fils aîné m'a fait peur Jeudi 07 Juin 2007
J'avais un grand-oncle Xavier Culioli, qui n'avait jamais voulu d'enfant. Il m'a avoué l'avoir regretté à l'âge de 70 ans. Les accidents de la vie ont fait que j'ai quatre enfants que j'adore. Pourtant, chacun d'entre eux posent des problèmes devant lesquels je me sens parfois impuissant.
Récemment c'est mon aîné qui s'est montré désespéré. Et toute l'angoisse provoquée par la suicide de mon jumeau il y a quarante ans est remontée à la surface.
Swann est un petit être tout en délicatesse. Il vient tout juste d'avoir dix ans. Il est un petit bonhomme qui montre déjà des signes d'adolescence (bien plus précoce qu'à mon époque) mais il garde toute la tendresse de l'enfant.
Phénomène curieux : mes deux garçons sont extraordinairement calins avec moi tandis que mes deux filles sont relativement distantes. J'ai pourtant toujours eu l'impression de me conduire de la même manière avec tous.
Un soir, ma femme m'appelle. Swann est en pleurs dans la salle de bain. Que dis-je? Il sanglote de toutes ses forces. Jamais je ne l'avais vu dans cet état. Touit a commencé par une discussion sur le jeu du foulard, cette pratique terrible qui tue des enfants. Swann a d'abord réagi en provoquant sa mère et faisant mine d'étouffer. Puis il a courru dans la salle de bain et s'est effondré. Il nous explique que la mort lui fait peur mais l'attire en même temps. Un jour, il a pris un couteau et a été tenté de se le planter dans le ventre. Il l'a lâché et s'est enfui.
Moi qui suis très soupe au lait avec les enfants, capables de hurler et dans l'instant de rire, j'ai soudain compris que cette crise n'était pas une plaisanterie. Nous avions souvent eu des discussions avec Swann sur Dieu. J'y crois, lui non. Je n'ai jamais cherché à lui imposer ma foi. J'estime que c'est à lui de faire son chemin ou de ne pas le faire. Je n'accorde pas une importance fondamentale à la croyance. J'ai trop souvent croisé le chemin de croyants qui ne faisaient qu'espérer; ou de croyants qui dissociaient leur attitude au quotidien de leurs prières pour souvent leur préferer un athée.
Mais j'étais bouleversé par un si grand désespoir à l'âge ou théoriquement on vit dans l'insouciance. Et puis ça me rappelait trop les désarrois de mon frère. J'en ai parlé avec Marianne tentant de dissocier mes angoisses personnelles du réel si tant est qu'on puisse parler de réels avec les émotions;
Swann a demandé à dormir avec moi. Plusieurs fois dans la nuit, je me suis réveillé et je l'ai regardé, mon petit bonhomme m'interrogeant sur ce qu'il convenait de faire. Je ne voulais surtout pas agir "adminstrativement". En Corse nous avons eu dans un collège deux tentatives de suicide et un viol sans que jamais les autorités ne s'interrogent sur le pourquoi de cette accumulation de drames.
J'ai prié afin qu'il me soit donné une réponse, une attitude juste à adopter. Depuis je suis partagé entre une certaine peur, le devoir de ne pas m'endormir sur le calme apparent et la nécessité d'agir normalement.
Difficile d'être père ou d'être mère. J'ai surtout l'impression qu'autrefois une certaine discipline ou l'autorité partagée entre la structure familiale et l'école facilitait le travail même si dans mon cas personnel ce n'est pas très probant. Mais je ne veux surtout pas ériger le drame de mon frère en valeur globale.
Nous vivons dans la région ajacienne et nos conditions de vie sont réellement agréables. Nous avons la mer à 200 mètres de la maison. N'en déplaise à la légende noire de la Corse, la vie entre habitants est facile et harmonieuse. Pourtant je ressens toujours la menace du malheur tapi dans l'ombre de cette apparence. Et je ne crois pas qu'on puisse se prémunir contre cela.
Après l'accident de car qui a coûté la vie à ma première compagne Nadine, j'ai longemps eu peur de m'endormir en voiture alors même que je n'étais pas le conducteur. Lorsque j'ai repris conscience sitôt après l'accident j'avais eu l'impression de m'endormir et de me réveiler en plein cauchemar. Puis je me suis raisonné. Je n'allais tout de même pas redouter ma vie durant un drame gâchant ainsi mon existence. Et j'ai fini par maîtriser cette peur. De plus, je suis presque certain qu'une attitude de peur attire le malheur.
Après la mort de Nadine, j'ai un jour compris une leçon qui allait totalement à l'encontre de mon déterminisme militant. Il faut savoir parfois lâcher prise, abandonner, s'abandonner. Le renoncement est la clef du bonheur. Le jour où j'ai été capable d'accepter ce qui m'arrivait, où j'ai cessé de me révolter contre le destin, j'ai ressenti un immense soulagement. Je me suis réveillé un matin épuisé mais heureux. Cela avait pris deux ans. J'avais l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur mais je savais que je pouvais aller de l'avant.
J'essaie donc d'adopter cette attitude avec mes enfants tout en restant très présent. Je tiens à être le bâton qui permet au berger de cheminer à la tête de son troupeau. C'est là le travail d'un père, aide et protection afin que ses enfants un jour parviennent à voler de leurs propres ailes.
Etant donné ma vie, j'en ai pris pour quelques décennies. Et puis un jour, si Dieu le veut, je fermerai les yeux en me disant: "Good job, my friend" ou alors "Bon travaddu, o mi omu". Mais je voudrais tant que mes enfants soient heureux et qui leur soit épargné les accidents de la vie.
Phénomène curieux : mes deux garçons sont extraordinairement calins avec moi tandis que mes deux filles sont relativement distantes. J'ai pourtant toujours eu l'impression de me conduire de la même manière avec tous.
Un soir, ma femme m'appelle. Swann est en pleurs dans la salle de bain. Que dis-je? Il sanglote de toutes ses forces. Jamais je ne l'avais vu dans cet état. Touit a commencé par une discussion sur le jeu du foulard, cette pratique terrible qui tue des enfants. Swann a d'abord réagi en provoquant sa mère et faisant mine d'étouffer. Puis il a courru dans la salle de bain et s'est effondré. Il nous explique que la mort lui fait peur mais l'attire en même temps. Un jour, il a pris un couteau et a été tenté de se le planter dans le ventre. Il l'a lâché et s'est enfui.
Moi qui suis très soupe au lait avec les enfants, capables de hurler et dans l'instant de rire, j'ai soudain compris que cette crise n'était pas une plaisanterie. Nous avions souvent eu des discussions avec Swann sur Dieu. J'y crois, lui non. Je n'ai jamais cherché à lui imposer ma foi. J'estime que c'est à lui de faire son chemin ou de ne pas le faire. Je n'accorde pas une importance fondamentale à la croyance. J'ai trop souvent croisé le chemin de croyants qui ne faisaient qu'espérer; ou de croyants qui dissociaient leur attitude au quotidien de leurs prières pour souvent leur préferer un athée.
Mais j'étais bouleversé par un si grand désespoir à l'âge ou théoriquement on vit dans l'insouciance. Et puis ça me rappelait trop les désarrois de mon frère. J'en ai parlé avec Marianne tentant de dissocier mes angoisses personnelles du réel si tant est qu'on puisse parler de réels avec les émotions;
Swann a demandé à dormir avec moi. Plusieurs fois dans la nuit, je me suis réveillé et je l'ai regardé, mon petit bonhomme m'interrogeant sur ce qu'il convenait de faire. Je ne voulais surtout pas agir "adminstrativement". En Corse nous avons eu dans un collège deux tentatives de suicide et un viol sans que jamais les autorités ne s'interrogent sur le pourquoi de cette accumulation de drames.
J'ai prié afin qu'il me soit donné une réponse, une attitude juste à adopter. Depuis je suis partagé entre une certaine peur, le devoir de ne pas m'endormir sur le calme apparent et la nécessité d'agir normalement.
Difficile d'être père ou d'être mère. J'ai surtout l'impression qu'autrefois une certaine discipline ou l'autorité partagée entre la structure familiale et l'école facilitait le travail même si dans mon cas personnel ce n'est pas très probant. Mais je ne veux surtout pas ériger le drame de mon frère en valeur globale.
Nous vivons dans la région ajacienne et nos conditions de vie sont réellement agréables. Nous avons la mer à 200 mètres de la maison. N'en déplaise à la légende noire de la Corse, la vie entre habitants est facile et harmonieuse. Pourtant je ressens toujours la menace du malheur tapi dans l'ombre de cette apparence. Et je ne crois pas qu'on puisse se prémunir contre cela.
Après l'accident de car qui a coûté la vie à ma première compagne Nadine, j'ai longemps eu peur de m'endormir en voiture alors même que je n'étais pas le conducteur. Lorsque j'ai repris conscience sitôt après l'accident j'avais eu l'impression de m'endormir et de me réveiler en plein cauchemar. Puis je me suis raisonné. Je n'allais tout de même pas redouter ma vie durant un drame gâchant ainsi mon existence. Et j'ai fini par maîtriser cette peur. De plus, je suis presque certain qu'une attitude de peur attire le malheur.
Après la mort de Nadine, j'ai un jour compris une leçon qui allait totalement à l'encontre de mon déterminisme militant. Il faut savoir parfois lâcher prise, abandonner, s'abandonner. Le renoncement est la clef du bonheur. Le jour où j'ai été capable d'accepter ce qui m'arrivait, où j'ai cessé de me révolter contre le destin, j'ai ressenti un immense soulagement. Je me suis réveillé un matin épuisé mais heureux. Cela avait pris deux ans. J'avais l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur mais je savais que je pouvais aller de l'avant.
J'essaie donc d'adopter cette attitude avec mes enfants tout en restant très présent. Je tiens à être le bâton qui permet au berger de cheminer à la tête de son troupeau. C'est là le travail d'un père, aide et protection afin que ses enfants un jour parviennent à voler de leurs propres ailes.
Etant donné ma vie, j'en ai pris pour quelques décennies. Et puis un jour, si Dieu le veut, je fermerai les yeux en me disant: "Good job, my friend" ou alors "Bon travaddu, o mi omu". Mais je voudrais tant que mes enfants soient heureux et qui leur soit épargné les accidents de la vie.
Les miens / I mei
Les yeux de mes quatre enfants sont beaux (comme ceux de tous les autres enfants mais peut-être un peu plus) Samedi 26 Mai 2007
Les miens / I mei
Le regard d'un enfant est toujours beau Samedi 26 Mai 2007
Les miens / I mei
C'était un 26 mars et Dominique n'avait pas voulu aller au lycée Samedi 26 Mai 2007
C'était un 26 mars, un samedi. Dominique n'avait pas voulu aller au lycée afin de suivre un match de rugby des Cinq nations à la télévision. Il avait fini par rester dans sa chambre.
Dominique avait quatorze ans. Ses facultés intellectuelles lui avaient valu des articles dans la presse. Il avait été le premier élève à apprendre le Chinois. Au lycée Henri IV, on ne jurait que par lui.
À dix heures du soir, il n'était toujours pas sorti de sa chambre. Dominique s'était suicidé.
Il était mon frère. J'ai réussi à ouvrir la porte de sa chambre et je l'ai retrouvé pendu le long du placard. J'ai appelé mon père et nous l'avons dépendu et allongé sur le lit.
Il a été enterré à Chera quelques jours plus tard, dans le cimetière du village sous un cyprès. Quarante-trois ans plus tard, nous continuons, chacun dans notre solitude à nous demander les raisons de cet acte qui a ravagé notre famille. Sur la photo Dominique est debout à côté de moi.
À l'époque le suicide des adolescents était tenu secret et l'église condamnait avec virulence cet acte. Aujourd'hui le suicide représente 16 % de la mortalité des 15-24 ans en France. Le risque est trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes .
La Corse, le Centre, la Basse Normandie, la Franche-Comté, le Languedoc-Roussillon et la Lorraine sont des régions où l'on note le plus fort taux d'augmentation de décès par suicide depuis 1980. Enfin au sein de l'Union Européenne, la France se place juste derrière la Finlande et l'Autriche concernant le taux de décès par suicide. La France détient le record d'absorption de tranquilisants dans le monde. Nous avons le meilleur système de santé du monde mais aussi l'une des sociétés les plus anxyogène qui soit.
Dominique avait quatorze ans. Ses facultés intellectuelles lui avaient valu des articles dans la presse. Il avait été le premier élève à apprendre le Chinois. Au lycée Henri IV, on ne jurait que par lui.
À dix heures du soir, il n'était toujours pas sorti de sa chambre. Dominique s'était suicidé.
Il était mon frère. J'ai réussi à ouvrir la porte de sa chambre et je l'ai retrouvé pendu le long du placard. J'ai appelé mon père et nous l'avons dépendu et allongé sur le lit.
Il a été enterré à Chera quelques jours plus tard, dans le cimetière du village sous un cyprès. Quarante-trois ans plus tard, nous continuons, chacun dans notre solitude à nous demander les raisons de cet acte qui a ravagé notre famille. Sur la photo Dominique est debout à côté de moi.
À l'époque le suicide des adolescents était tenu secret et l'église condamnait avec virulence cet acte. Aujourd'hui le suicide représente 16 % de la mortalité des 15-24 ans en France. Le risque est trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes .
La Corse, le Centre, la Basse Normandie, la Franche-Comté, le Languedoc-Roussillon et la Lorraine sont des régions où l'on note le plus fort taux d'augmentation de décès par suicide depuis 1980. Enfin au sein de l'Union Européenne, la France se place juste derrière la Finlande et l'Autriche concernant le taux de décès par suicide. La France détient le record d'absorption de tranquilisants dans le monde. Nous avons le meilleur système de santé du monde mais aussi l'une des sociétés les plus anxyogène qui soit.
Les miens / I mei
Mon petit-fils Yéli Dimanche 20 Mai 2007
L'enfant est chauve comme un genou (chauvitude ici habilement cachée par une casquette de marque étrangère) parce que sa mère a cru, sur les conseils d'une coiffeuse, que sa chevelure tout comme le parti communiste se renforcerait en s'épurant. Le parti communiste est passé sous la barre des 2% et les cheveux de mon petit-fils a atteint le degré zéro, devançant ainsi la progression négative des fils du peuple.
Le pauvre Yéli attend donc depuis deux mois que ses cheveux osent à nouveau pointer le bout de la touffe dans ce monde échevelé. Curaghju, o me bisfiddolu. Crescirani i capiddi. Quandu? Un la sò. Ma un ghjornu, di sicuru. Eppo faci attinzioni à i donni chì iddi vulini sempri avè raghjò. I to capiddi sò i to capiddi micca quiddu di a to mamma.
Le pauvre Yéli attend donc depuis deux mois que ses cheveux osent à nouveau pointer le bout de la touffe dans ce monde échevelé. Curaghju, o me bisfiddolu. Crescirani i capiddi. Quandu? Un la sò. Ma un ghjornu, di sicuru. Eppo faci attinzioni à i donni chì iddi vulini sempri avè raghjò. I to capiddi sò i to capiddi micca quiddu di a to mamma.
Les miens / I mei
Ma fille Loulea Mardi 08 Mai 2007
Elle a un foutu caractère. Elle se lève le matin d'une humeur massacrante, affecte des mimiques d'Ajaccienne. Mais elle est spirituelle, drôle quand elle s'en donne la peine et indépendante. Elle va avoir neuf ans et je l'aime.
Les miens / I mei
Un coup de tristesse en pensant à Babeth, ma plus vieille amie qui nous a quittés il y a quelques mois Dimanche 29 Avril 2007
Hier j'ai reçu par la poste un album de photos composé par Hervé qui fut le compagnon de ma plus vieille, amie, Babeth Safar, disparue dans la nuit du 13 au 14 novembre 2006. Un gros coup de nostalgie et de tristesse. Elle et son compagnon étaient venus plusieurs fois chez nous. La dernière fois, elle avait de la peine à respirer. Le cancer lui rongeait les poumons. Lorsqu'elle est partie, j'ai su que je ne la reverrais plus.
Et j'ai beau croire en la réincarnation, à Dieu et au toutim, ça m'a filé un bon coup de blues. À cinquante cinq ans, on commence à voir partir tous ceux qu'on a aimé et chaque année qui passe on se sent un peu plus orphelin.
Quelques jours auparavant, Valérie, une des meilleures amies de ma femme, m'avait apportée une photo de mon si cher ami, Jean-Jé à 17 ans. Le père de Valérie, François Mariani de Pietrosella, hélas décédé, jouait de la guitare dans les bals corses de Marseille. Il avait connu et apprécié Jean-Jé de suite. Et c'est lui qui lui avait présenté sa première femme qui est morte très peu de temps après Jean-Jé. La photo a été prise le jour de leur mariage sur le vieux port de Marseille.
En voyant mon ami sous l'apparence d'un adolescent, souriant à la vie, je me suis fait la réflexion qu'il me manquait terriblement comme Babeth me manque.
Lorsque cette dernière a été incinérée au Père Lachaise, la famile m'a demandé de dire quelques mots . J'avais donc préparé un petit texte afin de lui rendre hommage. Le voici.
Hervé, son compagnon, lui consacre une expo photo sur le site photoway
J'ai connu Babeth en octobre 1970.
Elle m'avait été présentée par Nadine Richet celle qui fut ma compagne durant vingt années et qui mourut sur une route de Turquie en juillet 1992. Babeth et Nadine étaient inséparables. Ensemble, elles avaient suivi leurs études au lycée Honoré de Balzac.
Ensemble elles avaient adhéré à la Ligue communiste et partagé les mêmes idéaux de justice. Ensemble elles avaient entamé leurs études de médecine.
Jamais elles n'avaient interrompu le fil de cette longue amitié.
Babeth fut de tous les combats humanistes : celui pour l'avortement et la contraception dans le MLAC, la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes à commencer par le peuple vietnamien, la liberté du libre choix philosophique auprès de ses si chères sœurs.
Ainsi nous nous retrouvâmes devant le palais de Justice de Bobigny pour défendre en octobre et novembre 1972 Marie-Claire qui avait été violée et qui refusait de garder le fruit de ce viol. La loi, à l'époque, condamnait celles et ceux qui aidaient à pratiquer un avortement. Nous fûmes de ceux-là et nous manifestâmes ensemble pour obtenir ce droit ainsi que celui à la contraception libre.
Je me souviens de ce premier rendez-vous rue Monsieur le Prince quand Babeth et Nadine, des adolescentes, débouchèrent du Boulevard Saint-Michel.
Je me souviens des week-ends passés avec leur amie Ikbal. Je me souviens de ces discussions sans fin que nous eûmes sur le monde tel qu'il va ou plutôt tel qu'il ne va pas, sur les remèdes que nous espérions apporter aux drames que nous vivions de l'intérieur.
Babeth était un être de lumière. Je veux dire par là qu'elle était habitée de l'intérieur par une lueur irremplaçable qui lui interdisait toute parole négative, tout acte qui pouvait porter atteinte à l'autre, à l'autre parce que disait-elle c'était un autre soi même.
Je n'énonce pas cela parce que j'ai à parler d'elle alors qu'elle vient de nous quitter. Je le dis parce que je le pense depuis longtemps et profondément. À tel point que j'étais parfois étonné de ce qu'elle l'humaniste puisse cohabiter avec nous autres, les militants d'extrême-gauche qui, si souvent, trop souvent, fîmes preuve d'inhumanité dans nos jugements, dans notre approche de la réalité.
La vie est difficile à comprendre si on la considère du seul point de vue matérialiste. Babeth qui fut une Juste, eut à affronter à maintes reprises le malheur et la maladie.
L'atroce malheur quand elle, qui avait voué son existence à la Vie, accoucha de son bébé sans vie. Elle en parlait encore des années plus tard avec une tristesse infinie dans la voix et dans le regard.
Le malheur encore quand deux des femmes qu'elle avait accouchées moururent dans un accident de la route en Turquie : Anne et Nadine. Dans les bras de Anne se trouvait Jordi le bébé que Babeth avait aidé à voir le jour.
Pour en avoir parlé avec elle des dizaines de fois, je sais la peine qu'elle éprouva alors. Nous évoquions souvent le souvenir de Nadine avec un amour jamais démenti.
La maladie était omniprésente ces dernières années sans donner l'impression d'entamer son capital d'optimisme. Elle avait eu à affonter le cancer à trois reprises avant que celui-ci ne l'emporte.
Entouré de l'amour de son fils, de ses amis et de sa famille, elle pouvait être heureuse de possèder celui de Hervé son compagnon qui, jusqu'au dernier jour, je puis en témoigner, se battait pied à pied avec elle contre la maladie.
Hervé avait apporté dans la vie de Babeth une sorte de confiance qui transcendait le quotidien. Il n'avait pas partagé notre passé militant. Il n'avait pas la passion qu'avait Babeth pour l'écrit, pour la mémoire. Il avait tout simplement pour elle un amour qui dépassait les différences et les différends.
Quand Nadine est morte, il y a maintenant quatorze ans, j'ai eu à choisir entre deux chemins. Le premier était celui de la tristesse inconsolable, celui de la nostalgie et du renoncement. Le second était celui de l'espérance, espérance en la vie, la vie présente mais aussi peut-être la vie future et en tous les cas espérance en cette énergie incomparable qu'est la transmission de la lumière pour ceux qui viennent et qui en auront besoin.
J'avais eu la chance de connaître Nadine, une femme remarquable, d'avoir croisé des êtres humains dont les qualités m'avaient apporté plus qu'on ne le pense. Babeth était de ceux-là. Hé bien je crois encore aujourd'hui qu'il vaut mieux connaître vingt ans durant quelqu'un pour qui on continue d'éprouver estime, respect et amour que d'avoir cotoyé des personnes vite connus vite oubliés.
Babeth appartient à ces êtres que vous avez croisés et qui restent en vous jusqu'au bout, dont la renconre vous transforme et vous bonifie.
Aux parents de Babeth, je voudrais dire combien je comprends leur douleur. Et pourtant il est indispensable qu'ils la dépassent et qu'ils vivent avec en eux la présence de leur fille adorée. Ainsi, si j'ose dire ils seront à la hauteur de ce qu'elle fut et de ce qu'elle continue d'être. Avec Brigitte, sa sœur, Françoise, sa presque sœur je ne peux que communier dans la peine et l'espérance.
À Gaby, son fils, son trésor, sa raison d'être je dis : « Pense simplement à ta mère avec l'amour qu'elle te portait. Elle était tellement fière de toi.
À Hervé, je ne peux que réitérer mon invitation. Tu es en Corse, chez toi. Tu viens quand tu veux sans même prévenir. Nos portes te sont à jamais grandes ouvertes.Tu vas ressentir dans les semaines qui vont venir une immense solitude. Chacun autour de toi va vivre son deuil à sa façon. Marianne, Sandra et moi serons là pour t'écouter, pour nous souvenir ensemble, pour t'aider à laisser ta peine s'écouler à son propre rythme.
Adieu Babeth. Tu vas voir : tout ce dont nous discutions sur la vie après la mort. C'est vrai. J'en suis certain. Tu ne savais si tu croyais mais lorsque Nadine est morte, tu l'as vue en rêve. Tu ne voulais pas imposer tes points-de-vue mais tu espérais tout au moins qu'il existait quelque chose, une intelligence globale susceptible de nous indiquer la voie à suivre. Tu croyais en la fraternité, cette autre manière de désigner l'amour nécessaire aux grandes œuvres de la Vie.
Tu le sais, Babeth, pour moi le mot d'adieu est à prendre au sens littéral du terme. Je te charge de toute mon affection pour mes chers disparus. Embrasse les pour moi. Et à un de ces jours. Rien n'est jamais fini pour ceux qui s'aiment.
Elle m'avait été présentée par Nadine Richet celle qui fut ma compagne durant vingt années et qui mourut sur une route de Turquie en juillet 1992. Babeth et Nadine étaient inséparables. Ensemble, elles avaient suivi leurs études au lycée Honoré de Balzac.
Ensemble elles avaient adhéré à la Ligue communiste et partagé les mêmes idéaux de justice. Ensemble elles avaient entamé leurs études de médecine.
Jamais elles n'avaient interrompu le fil de cette longue amitié.
Babeth fut de tous les combats humanistes : celui pour l'avortement et la contraception dans le MLAC, la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes à commencer par le peuple vietnamien, la liberté du libre choix philosophique auprès de ses si chères sœurs.
Ainsi nous nous retrouvâmes devant le palais de Justice de Bobigny pour défendre en octobre et novembre 1972 Marie-Claire qui avait été violée et qui refusait de garder le fruit de ce viol. La loi, à l'époque, condamnait celles et ceux qui aidaient à pratiquer un avortement. Nous fûmes de ceux-là et nous manifestâmes ensemble pour obtenir ce droit ainsi que celui à la contraception libre.
Je me souviens de ce premier rendez-vous rue Monsieur le Prince quand Babeth et Nadine, des adolescentes, débouchèrent du Boulevard Saint-Michel.
Je me souviens des week-ends passés avec leur amie Ikbal. Je me souviens de ces discussions sans fin que nous eûmes sur le monde tel qu'il va ou plutôt tel qu'il ne va pas, sur les remèdes que nous espérions apporter aux drames que nous vivions de l'intérieur.
Babeth était un être de lumière. Je veux dire par là qu'elle était habitée de l'intérieur par une lueur irremplaçable qui lui interdisait toute parole négative, tout acte qui pouvait porter atteinte à l'autre, à l'autre parce que disait-elle c'était un autre soi même.
Je n'énonce pas cela parce que j'ai à parler d'elle alors qu'elle vient de nous quitter. Je le dis parce que je le pense depuis longtemps et profondément. À tel point que j'étais parfois étonné de ce qu'elle l'humaniste puisse cohabiter avec nous autres, les militants d'extrême-gauche qui, si souvent, trop souvent, fîmes preuve d'inhumanité dans nos jugements, dans notre approche de la réalité.
La vie est difficile à comprendre si on la considère du seul point de vue matérialiste. Babeth qui fut une Juste, eut à affronter à maintes reprises le malheur et la maladie.
L'atroce malheur quand elle, qui avait voué son existence à la Vie, accoucha de son bébé sans vie. Elle en parlait encore des années plus tard avec une tristesse infinie dans la voix et dans le regard.
Le malheur encore quand deux des femmes qu'elle avait accouchées moururent dans un accident de la route en Turquie : Anne et Nadine. Dans les bras de Anne se trouvait Jordi le bébé que Babeth avait aidé à voir le jour.
Pour en avoir parlé avec elle des dizaines de fois, je sais la peine qu'elle éprouva alors. Nous évoquions souvent le souvenir de Nadine avec un amour jamais démenti.
La maladie était omniprésente ces dernières années sans donner l'impression d'entamer son capital d'optimisme. Elle avait eu à affonter le cancer à trois reprises avant que celui-ci ne l'emporte.
Entouré de l'amour de son fils, de ses amis et de sa famille, elle pouvait être heureuse de possèder celui de Hervé son compagnon qui, jusqu'au dernier jour, je puis en témoigner, se battait pied à pied avec elle contre la maladie.
Hervé avait apporté dans la vie de Babeth une sorte de confiance qui transcendait le quotidien. Il n'avait pas partagé notre passé militant. Il n'avait pas la passion qu'avait Babeth pour l'écrit, pour la mémoire. Il avait tout simplement pour elle un amour qui dépassait les différences et les différends.
Quand Nadine est morte, il y a maintenant quatorze ans, j'ai eu à choisir entre deux chemins. Le premier était celui de la tristesse inconsolable, celui de la nostalgie et du renoncement. Le second était celui de l'espérance, espérance en la vie, la vie présente mais aussi peut-être la vie future et en tous les cas espérance en cette énergie incomparable qu'est la transmission de la lumière pour ceux qui viennent et qui en auront besoin.
J'avais eu la chance de connaître Nadine, une femme remarquable, d'avoir croisé des êtres humains dont les qualités m'avaient apporté plus qu'on ne le pense. Babeth était de ceux-là. Hé bien je crois encore aujourd'hui qu'il vaut mieux connaître vingt ans durant quelqu'un pour qui on continue d'éprouver estime, respect et amour que d'avoir cotoyé des personnes vite connus vite oubliés.
Babeth appartient à ces êtres que vous avez croisés et qui restent en vous jusqu'au bout, dont la renconre vous transforme et vous bonifie.
Aux parents de Babeth, je voudrais dire combien je comprends leur douleur. Et pourtant il est indispensable qu'ils la dépassent et qu'ils vivent avec en eux la présence de leur fille adorée. Ainsi, si j'ose dire ils seront à la hauteur de ce qu'elle fut et de ce qu'elle continue d'être. Avec Brigitte, sa sœur, Françoise, sa presque sœur je ne peux que communier dans la peine et l'espérance.
À Gaby, son fils, son trésor, sa raison d'être je dis : « Pense simplement à ta mère avec l'amour qu'elle te portait. Elle était tellement fière de toi.
À Hervé, je ne peux que réitérer mon invitation. Tu es en Corse, chez toi. Tu viens quand tu veux sans même prévenir. Nos portes te sont à jamais grandes ouvertes.Tu vas ressentir dans les semaines qui vont venir une immense solitude. Chacun autour de toi va vivre son deuil à sa façon. Marianne, Sandra et moi serons là pour t'écouter, pour nous souvenir ensemble, pour t'aider à laisser ta peine s'écouler à son propre rythme.
Adieu Babeth. Tu vas voir : tout ce dont nous discutions sur la vie après la mort. C'est vrai. J'en suis certain. Tu ne savais si tu croyais mais lorsque Nadine est morte, tu l'as vue en rêve. Tu ne voulais pas imposer tes points-de-vue mais tu espérais tout au moins qu'il existait quelque chose, une intelligence globale susceptible de nous indiquer la voie à suivre. Tu croyais en la fraternité, cette autre manière de désigner l'amour nécessaire aux grandes œuvres de la Vie.
Tu le sais, Babeth, pour moi le mot d'adieu est à prendre au sens littéral du terme. Je te charge de toute mon affection pour mes chers disparus. Embrasse les pour moi. Et à un de ces jours. Rien n'est jamais fini pour ceux qui s'aiment.
Les miens / I mei
Le temps s'enfuit si vite… Samedi 14 Avril 2007
Un peu d'insomnie et je me plonge dans les photos contenues par mon ordinateur. C'est toujours un moment de nostalgie. J'ai retrouvé des traces de mon ami Emmanuel Sailler mais aussi celles des enfants, de mes parents. Le numérique permet de tout stocké, de tout parcourir sans s'encombrer d'albums physiques.
Ce sont mes deux garçons: Swann (le plus grand) et Aloys. J'ai du prendre cette photo il y a à peine plus d'un an. Et déjà, les deux enfants ont changé. Swann a désormais des allures de petit grand garçon. Il répond comme un pré pré ado. Il se vexe (il a toujours eu tendance), il râle et gueule et se rebelle. Aloys mène sa petite vie. Il a abandonné sa totote il n'y a pas longtemps. Nous avons cru que cela allait être douloureux. Durant deux jours, il s'est montré d'humeur chagrine puis il a oublié. Tout lasse, tout passe.
Je sais bien que c'est un lieu commun que d'énoncer le passage du temps mais, dans la vie c'est ce qui m'aura le plus étonné. Lors de l'accident qui a coûté la vie à ma première femme, j'ai le souvenir de la discussion que je tenais avec Anne qui est morte elle aussi avec son bébé dans les bras. Nous parlions de Philippe Auguste et du Moyen Âge. Puis j'ai ouvert les yeux. J'entendais des bruits épouvantables. J'ai parlé. On m'a pris par le bras et on m'a aidé à descendre d'un véhicule. J'ai vu tous les cadavres dont celui de Nadine, allongés sur le sol. Longtemps après, j'ai eu peur de fermer les yeux me disant qu'à chaque seconde tout pouvait basculer.
Puis mon côté optimiste a repris le dessus. Mais j'ai ce sentiment de rapidité du temps quand je prends garde de goûter à l'odeur du temps. Nadine est morte depuis seize ans. Je connais Marianne depuis quatorze ans. Je suis grand-père et je n'aurais pas vu le temps passer. Souvent, j'aborde le sentiment avec mon ami d'enfance Raphaël. Lui pense que l'action permet de vivre l'instant passionément. Pour ma part, je ne sais pas. Ou plutôt je sais qu'à mon dernier instant, je ne me serais pas ennuyé une seule seconde.
Être un vieux père est souvent fatiguant mais apporte une joie sans pareille: on connaît le prix de la vie et on n'y prend garde. Je regarde cette photo et je tente de me rappeler sans y parvenir des petits détails d'alors. C'était il y a un an et demi autant dire un siècle.
Je sais bien que c'est un lieu commun que d'énoncer le passage du temps mais, dans la vie c'est ce qui m'aura le plus étonné. Lors de l'accident qui a coûté la vie à ma première femme, j'ai le souvenir de la discussion que je tenais avec Anne qui est morte elle aussi avec son bébé dans les bras. Nous parlions de Philippe Auguste et du Moyen Âge. Puis j'ai ouvert les yeux. J'entendais des bruits épouvantables. J'ai parlé. On m'a pris par le bras et on m'a aidé à descendre d'un véhicule. J'ai vu tous les cadavres dont celui de Nadine, allongés sur le sol. Longtemps après, j'ai eu peur de fermer les yeux me disant qu'à chaque seconde tout pouvait basculer.
Puis mon côté optimiste a repris le dessus. Mais j'ai ce sentiment de rapidité du temps quand je prends garde de goûter à l'odeur du temps. Nadine est morte depuis seize ans. Je connais Marianne depuis quatorze ans. Je suis grand-père et je n'aurais pas vu le temps passer. Souvent, j'aborde le sentiment avec mon ami d'enfance Raphaël. Lui pense que l'action permet de vivre l'instant passionément. Pour ma part, je ne sais pas. Ou plutôt je sais qu'à mon dernier instant, je ne me serais pas ennuyé une seule seconde.
Être un vieux père est souvent fatiguant mais apporte une joie sans pareille: on connaît le prix de la vie et on n'y prend garde. Je regarde cette photo et je tente de me rappeler sans y parvenir des petits détails d'alors. C'était il y a un an et demi autant dire un siècle.
