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La mutation de la Corse : la relève d'une génération Samedi 29 Mars 2008
Le résultat des élections municipales, essentiellement marquées par deux phénomènes paradoxaux : le maintien des féodalités et la poussée nationaliste modérée, pourraient marquer un tournant dans la vie politique insulaire et annoncer une mutation en profondeur de la société corse.
Un article que j'ai fait paraître dans le Journal de la Corse.
Ajaccio, la vie du bonapartisme de gauche
On aurait tort, me semble-t-il, d'accorder aux victoires de Simon Renucci et d'Émile Zuccarelli une origine extérieure à la Corse. Qu'on le veuille ou non, une majorité d'Ajacciens et de Bastiais ont d'abord voulu signifier que la gestion municipale de leurs deux édiles leur convenait. Ajaccio avait la réputation d'être une ville « à droite » vraisemblablement à cause de la longévité bonapartiste. Aujourd'hui force est de constater que cette curiosité politique est définitivement remisée au musée des obsolescences en tous genres. N'était-il d'ailleurs pas prémonitoire que de constater qu'aux derniers meetings de la droite ajaccienne, la foule surexcitée entonnait avec la force du désespoir cette curiosité musicale qu'est le chant bonapartiste annonçant aux incrédules, que dis-je aux incroyants, le retour d'une sainte famille morte et enterrée depuis des lustres. Les Anciens y auraient vu un mauvais signe et ils auraient eu raison. La droite ajaccienne (comme la droite bastiaise d'ailleurs) a été infoutue de se rassembler au second tour laissant Simon Renucci, fondateur d'une sorte de bonapartisme de gauche (au sens marxiste du terme), se faire couronner par des électeurs qui ont ainsi donné la preuve d'un clientélisme en recherche d'un patron (au sens romain du terme) de droite ou de gauche qu'importe le flacon pourvu qu'il y ait l'ivresse. Je ne voudrais certainement pas sous-estimer les mutations sociologiques de ces dernières années qui ont rendu la cité impériale plus populaire qu'elle n'a pu l'être dans le passé. Je ne veux pas non plus surestimer ces paramètres. Le monde va mal. L'état se désengage et Ajaccio l'improductive se donne à celui qui calme ses angoisses. La droite divisée jusqu'au pathétique, n'a plus cette capacité d'autant qu'elle se réclame d'un président de la république en perte de vitesse. Le dynamisme de Simon Renucci a fait le reste. Lui au moins est positif tandis que ses adversaires (à l'exception de José Rossi) se contentent de critiquer. Côté nationaliste, la division a aussi miné le terrain bien qu'ensemble le pourcentage nationaliste soit en progression. Il est À noter que Thierry Casanova, nationaliste modéré, tire modestement sa petite épingle du jeu au détriment de la liste de Lucien Felli soutenue par CNI qui s'écrase au sol avant même d'avoir pris son envol ruinant les espérances locales des indépendantistes. Voilà donc Simon Renucci, un paisanu étranger à la vieille notabilité impériale, qui initie glorieusement une nouvelle dynastie et une nouvelle doctrine : le renuccisme, bonapartisme de gauche.
Quant à Bastia…
Autre monarque républicain, l'indéracinable Émile Zuccarelli qui a remporté un succès d'autant plus éclatant que ses ennemis l'avaient déjà enterré depuis l'échec des municipales. Il faut croire que ses précédents mandats ont satisfait une majorité de Bastiais. Et la surprise se double d'un cauchemar pour la droite qui, partie divisée, se retrouve loin derrière le représentant des nationalistes modérés, Gilles Simeoni, qui au passage, lamine son frère ennemi Jean-Guy Talamoni de 10 points. Le nationalisme modéré s'affirme ainsi comme la force qui monte et qui, alliée aux progressistes pourrait devenir la surprise de demain quand le vieux clan mettra un genou en terre. Et pour ce faire, le nationalisme modéré devra devenir un facteur d'espérance mais surtout un créateur d'emploi. Rude tâche dans une île habituée à survivre grâce au clientélisme et aux subventions.
L'extrême-sud mute lui aussi…
À Porto-Vecchio (Corse-du-Sud), au cœur du fief de Camille de Rocca-Serra, Jean-Christophe Angelini a réalisé un score inédit dans l'histoire des candidatures nationalistes à des élections dans le département, recueillant 37,7 % des suffrages et talonnant de 9 points le maire sortant, Georges Mela (UMP). Si on y ajoute la victoire de la liste menée à Bonifacio par Jean-Charles Orsucci, la conclusion s'impose d'elle-même : le sud extrême est en pleine mutation. Et tous ceux qui affirmaient que l'implantation d' « allogènes » allait jouer contre le changement en sont pour leurs frais.
Il s'agit bien d'une transition, du passage d'une génération à l'autre mais aussi d'un système à l'autre. Ati Lantieri, le ci-devant maire de Bonifacio, a multiplié des erreurs en privilégiant les pipoles au détriment des Corses. Encore que ces erreurs semblent bien s'inscrire dans un plan personnel puisqu'il a annoncé son retrait de la vie politique et un exil américain afin de profiter de la vie et de ses avantages. La place était donc libre pour une équipe jeune qui a décidé de moraliser la vie citoyenne en défendant notamment les plus modestes des citoyens bonifaciens.
À Porto Vecchio plusieurs facteurs ont joué en faveur de Jean Christophe Angelini. L'absence de Camille de Rocca Serra, fils de Jean-Paul quand bien même il était présent sur la liste menée par Georges Mela. Les difficultés économiques ressenties par les citoyens « normaux » confrontés à des pipoles milliardaires, le sentiment que le sud est désormais entièrement voué à cette forme de colonisation, la proximité avec un président de la république qui justement incarne cette perversité sociale, ont créé un immense rasl'bol. L'incarcération de Jean-Christophe Angelini et l'excellente campagne menée par son équipe ont fait le reste au détriment de la liste indépendantiste qui rassemble un score peu flatteur.
Les nationalistes modérés ont donc remporté une quinzaine de mairies et installé près de 250 conseillers municipaux dans les villes et les villages de l'île. Un tel score est significatif d'un changement essentiel en Corse.
Le monde change
Mais il faut aller plus loin dans l'analyse. En 1992, le mouvement nationaliste déjà divisé, connaissait un succès sans précédent. Un quart des électeurs s'étaient alors prononcés pour les deux listes nationalistes. La guerre entre factions de ce mouvement avait ruiné tous ces espoirs. La génération d'Aleria venait de rater le coche de l'histoire. Aujourd'hui c'est une nouvelle vague qui porte le nationalisme modéré. Elle semble avoir compris que la violence est une impasse. Elle travaille à des projets concrets et n'hésite pas à intégrer des équipes municipales déjà en place sans perdre son identité. Elle a compris que la radicalité amenait en définitive à dépendre de l'état. À force de prétendre que tout dépend des relations avec Paris on finit par devenir justement malade de cette dépendance. La nouvelle génération est centrée sur la Corse et elle sait que dans le monde libéral où nous évoluons, seules nos propres réalisations nous permettront de nous en sortir. L'argent est là quoique prétendent nos éternelles pleureuses. Le tout est d'en faire bon usage et de le faire fructifier. En définitive cette nouvelle génération renoue pleinement avec ce qu'écrivait Santu Casanova dans A Cispra : « La Corse n'est pas un département français. C'est une nation vaincue. La Corse se fera par elle-même. » La Corse évolue et je suis prêt à prendre le pari que d'ici une décennie les Angelini et Simeoni remplaceront s'ils savent comprendre la Corse, les Rocca Serra et les Zuccarelli. Le plus important sera alors de faire avancer nos mentalités en évitant le piège clanique. N'oublions pas qu'en 1871, le républicain Emmanuel Arène remplaça le bonapartiste par un clanisme new look qui ne changea rien en profondeur. Or la Corse doit évoluer si elle ne veut pas sombrer dans un état de mort clinique annoncée. Il n'est que temps de retrousser ses manches comme cela se fait déjà en de nombreux endroits à commencer par l'université de Corte, cet indispensable creuset de l'élite à venir. Si nous mettons bout à bout la lutte des organisations écologiques, les derniers succès électoraux, il est désormais avéré que la lutte pacifique mais déterminée, celle qui met en marche le plus grand nombre peut être efficace. L'Histoire est souvent difficile à ressentir quand on la vie au quotidien. Mais pour le coup, quelque chose s'est mis en marche qui, si nous y prenons garde, peut changer notre avenir et celui de nos enfants.
On aurait tort, me semble-t-il, d'accorder aux victoires de Simon Renucci et d'Émile Zuccarelli une origine extérieure à la Corse. Qu'on le veuille ou non, une majorité d'Ajacciens et de Bastiais ont d'abord voulu signifier que la gestion municipale de leurs deux édiles leur convenait. Ajaccio avait la réputation d'être une ville « à droite » vraisemblablement à cause de la longévité bonapartiste. Aujourd'hui force est de constater que cette curiosité politique est définitivement remisée au musée des obsolescences en tous genres. N'était-il d'ailleurs pas prémonitoire que de constater qu'aux derniers meetings de la droite ajaccienne, la foule surexcitée entonnait avec la force du désespoir cette curiosité musicale qu'est le chant bonapartiste annonçant aux incrédules, que dis-je aux incroyants, le retour d'une sainte famille morte et enterrée depuis des lustres. Les Anciens y auraient vu un mauvais signe et ils auraient eu raison. La droite ajaccienne (comme la droite bastiaise d'ailleurs) a été infoutue de se rassembler au second tour laissant Simon Renucci, fondateur d'une sorte de bonapartisme de gauche (au sens marxiste du terme), se faire couronner par des électeurs qui ont ainsi donné la preuve d'un clientélisme en recherche d'un patron (au sens romain du terme) de droite ou de gauche qu'importe le flacon pourvu qu'il y ait l'ivresse. Je ne voudrais certainement pas sous-estimer les mutations sociologiques de ces dernières années qui ont rendu la cité impériale plus populaire qu'elle n'a pu l'être dans le passé. Je ne veux pas non plus surestimer ces paramètres. Le monde va mal. L'état se désengage et Ajaccio l'improductive se donne à celui qui calme ses angoisses. La droite divisée jusqu'au pathétique, n'a plus cette capacité d'autant qu'elle se réclame d'un président de la république en perte de vitesse. Le dynamisme de Simon Renucci a fait le reste. Lui au moins est positif tandis que ses adversaires (à l'exception de José Rossi) se contentent de critiquer. Côté nationaliste, la division a aussi miné le terrain bien qu'ensemble le pourcentage nationaliste soit en progression. Il est À noter que Thierry Casanova, nationaliste modéré, tire modestement sa petite épingle du jeu au détriment de la liste de Lucien Felli soutenue par CNI qui s'écrase au sol avant même d'avoir pris son envol ruinant les espérances locales des indépendantistes. Voilà donc Simon Renucci, un paisanu étranger à la vieille notabilité impériale, qui initie glorieusement une nouvelle dynastie et une nouvelle doctrine : le renuccisme, bonapartisme de gauche.
Quant à Bastia…
Autre monarque républicain, l'indéracinable Émile Zuccarelli qui a remporté un succès d'autant plus éclatant que ses ennemis l'avaient déjà enterré depuis l'échec des municipales. Il faut croire que ses précédents mandats ont satisfait une majorité de Bastiais. Et la surprise se double d'un cauchemar pour la droite qui, partie divisée, se retrouve loin derrière le représentant des nationalistes modérés, Gilles Simeoni, qui au passage, lamine son frère ennemi Jean-Guy Talamoni de 10 points. Le nationalisme modéré s'affirme ainsi comme la force qui monte et qui, alliée aux progressistes pourrait devenir la surprise de demain quand le vieux clan mettra un genou en terre. Et pour ce faire, le nationalisme modéré devra devenir un facteur d'espérance mais surtout un créateur d'emploi. Rude tâche dans une île habituée à survivre grâce au clientélisme et aux subventions.
L'extrême-sud mute lui aussi…
À Porto-Vecchio (Corse-du-Sud), au cœur du fief de Camille de Rocca-Serra, Jean-Christophe Angelini a réalisé un score inédit dans l'histoire des candidatures nationalistes à des élections dans le département, recueillant 37,7 % des suffrages et talonnant de 9 points le maire sortant, Georges Mela (UMP). Si on y ajoute la victoire de la liste menée à Bonifacio par Jean-Charles Orsucci, la conclusion s'impose d'elle-même : le sud extrême est en pleine mutation. Et tous ceux qui affirmaient que l'implantation d' « allogènes » allait jouer contre le changement en sont pour leurs frais.
Il s'agit bien d'une transition, du passage d'une génération à l'autre mais aussi d'un système à l'autre. Ati Lantieri, le ci-devant maire de Bonifacio, a multiplié des erreurs en privilégiant les pipoles au détriment des Corses. Encore que ces erreurs semblent bien s'inscrire dans un plan personnel puisqu'il a annoncé son retrait de la vie politique et un exil américain afin de profiter de la vie et de ses avantages. La place était donc libre pour une équipe jeune qui a décidé de moraliser la vie citoyenne en défendant notamment les plus modestes des citoyens bonifaciens.
À Porto Vecchio plusieurs facteurs ont joué en faveur de Jean Christophe Angelini. L'absence de Camille de Rocca Serra, fils de Jean-Paul quand bien même il était présent sur la liste menée par Georges Mela. Les difficultés économiques ressenties par les citoyens « normaux » confrontés à des pipoles milliardaires, le sentiment que le sud est désormais entièrement voué à cette forme de colonisation, la proximité avec un président de la république qui justement incarne cette perversité sociale, ont créé un immense rasl'bol. L'incarcération de Jean-Christophe Angelini et l'excellente campagne menée par son équipe ont fait le reste au détriment de la liste indépendantiste qui rassemble un score peu flatteur.
Les nationalistes modérés ont donc remporté une quinzaine de mairies et installé près de 250 conseillers municipaux dans les villes et les villages de l'île. Un tel score est significatif d'un changement essentiel en Corse.
Le monde change
Mais il faut aller plus loin dans l'analyse. En 1992, le mouvement nationaliste déjà divisé, connaissait un succès sans précédent. Un quart des électeurs s'étaient alors prononcés pour les deux listes nationalistes. La guerre entre factions de ce mouvement avait ruiné tous ces espoirs. La génération d'Aleria venait de rater le coche de l'histoire. Aujourd'hui c'est une nouvelle vague qui porte le nationalisme modéré. Elle semble avoir compris que la violence est une impasse. Elle travaille à des projets concrets et n'hésite pas à intégrer des équipes municipales déjà en place sans perdre son identité. Elle a compris que la radicalité amenait en définitive à dépendre de l'état. À force de prétendre que tout dépend des relations avec Paris on finit par devenir justement malade de cette dépendance. La nouvelle génération est centrée sur la Corse et elle sait que dans le monde libéral où nous évoluons, seules nos propres réalisations nous permettront de nous en sortir. L'argent est là quoique prétendent nos éternelles pleureuses. Le tout est d'en faire bon usage et de le faire fructifier. En définitive cette nouvelle génération renoue pleinement avec ce qu'écrivait Santu Casanova dans A Cispra : « La Corse n'est pas un département français. C'est une nation vaincue. La Corse se fera par elle-même. » La Corse évolue et je suis prêt à prendre le pari que d'ici une décennie les Angelini et Simeoni remplaceront s'ils savent comprendre la Corse, les Rocca Serra et les Zuccarelli. Le plus important sera alors de faire avancer nos mentalités en évitant le piège clanique. N'oublions pas qu'en 1871, le républicain Emmanuel Arène remplaça le bonapartiste par un clanisme new look qui ne changea rien en profondeur. Or la Corse doit évoluer si elle ne veut pas sombrer dans un état de mort clinique annoncée. Il n'est que temps de retrousser ses manches comme cela se fait déjà en de nombreux endroits à commencer par l'université de Corte, cet indispensable creuset de l'élite à venir. Si nous mettons bout à bout la lutte des organisations écologiques, les derniers succès électoraux, il est désormais avéré que la lutte pacifique mais déterminée, celle qui met en marche le plus grand nombre peut être efficace. L'Histoire est souvent difficile à ressentir quand on la vie au quotidien. Mais pour le coup, quelque chose s'est mis en marche qui, si nous y prenons garde, peut changer notre avenir et celui de nos enfants.