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Tous les matins du monde naissent et meurent en Corse

Histoire et culture de Corse

C'est pas en Corse qu'on verrait ça, sangu ll'a madonaccia…  Jeudi 13 Décembre 2007


Sept radars ont été visés par des explosifs, dont le dernier à Baillet-en-France, dans le Val d'Oise. Selon RTL, un groupe nommé Fraction nationaliste armée révolutionnaire (FNAR) serait à l'origine de ces actions, et réclamerait de l'argent à l'Etat. Selon la radio, l'antiterrorisme française mène l'enquête, et explore une piste politique.

Cristacciu, les pinzuti sont vraiment des sauvages. S'en prendre à des radars qui ne font que leur travail comme d'honnêtes gagneuses pour leur proxo: l'état. Alors oui, c'est vrai que chez nous en Corse, on en a fusillé quelques uns. Mais c'était à la bonne franquette. Un ptit coup de tromblon, ça selle l'amitié. Maintenant, on les a apprivoisés nos radars. On les connaît comme si on les avait faits. Entrée d'Ajaccio, route de Calvi. Du coup, les chtarpones sont obligés d'utiliser des ruses de sioux pour faire rentrer le flouze dans les caisses de Msieur Nicolas: radar volant, voiture banalisée et tutti quanti.

Mais de là à faire sauter des radars, ma diou, y'a que chez les sauvages qu'on voit des trucs comme ça. Ah oui, noun de pas diou, il fait bon vivre dans notre belle île de Corse dans laquelle nous avons su depuis belle lurette chasser la violence à grands coups de balai.

le Jeudi 13 Décembre 2007 à 07:55 | Permalien | Commentaires (0)

Histoire et culture de Corse

Quand le philosophe Jean-Toussaint Desanti dialoguait avec le linguiste Antoine Culioli  Lundi 05 Mars 2007


Mon père est un immense linguiste. Et je ne dirai jamais assez le bonheur que je trouve à nos discussions téléphoniques. Normalien, il a connu dans les années 1944 le philosophe Jean-Tousssaint Desanti qui, corse comme lui devait s'orienter vers la philosophie des mathématiques.

Il revient à Marcel Rodriguez, cinéaste de l'université Paris 7 Denis Diderot créée à l'initiative entre autres personnes de Michel Alliot et de mon père, d'avoir fixé sur pellicule un entretien qu'il organisa entre ces deux hommes de grande intelligence.

Le 20 janvier 2002, Jean-Toussaint Desanti décédait à Paris. Je transcrivais alors le film et le mensuel Corsica le faisait paraître. Le voici.

Quand le philosophe Jean-Toussaint Desanti dialoguait avec le linguiste Antoine Culioli
Discussion entre Jean-Toussaint Desanti, philosophe et Antoine-Louis Culioli, linguiste.
Filmé pour l’université Paris 7-Denis-Diderot par Marcel Rodriguez


Antoine Culioli : J’ai éprouvé, lorsque nous étions à l’Ecole Normale Supérieure, un sentiment d’étrangeté parce que nous manions les mots autrement que les élèves de Paris. Il me semblait que j’avais alors à faire à des gens qui, à l’intérieur d’un code de comportement maniait le langage bien mieux que nous mais que ce langage devenait une sorte d’étiquette sans forcément de correspondance avec la réalité. Dans l’un de tes ouvrages tu parlais des métaphores animales que j’employais aussi parce que ma grand-mère et mes parents les employaient. Nous apparaissions comme un peu rustiques et pourtant cette rusticité nous empêchait d’être trop éloignés de la réalité. Comment as-tu vécu ce décalage ?

JTD : Je dois dire qu’on me prenait pour une sorte de sauvage qu’il fallait manier avec précaution parce qu’on ne savait pas ce qu’il allait faire. On se disait que j’allais soudainement entrer dans une colère noire et qu’on risquait d’en pâtir. J’éprouvais aussi cette difficulté à entrer dans leurs mots. Je me demandais souvent : “  Mais de quoi est-ce qu’il parle ? ”

AC Nous savons qu’une langue n’est pas simplement un moyen de communication mais un ensemble extrêmement complexe qui véhicule des tas d’informations et qu’il y a là dedans tout un travail affectif. Est ce que pour toi le Corse est encore une sorte de langue fantôme c’est-à-dire qui est là à laquelle tu peux avoir recours mais qui, même quand tu n’y as pas recours continue par certains côtés à informer tes pensées, tes formulations.

JTD Il y a ce qu’on pourrait appeler la peau des mots. Hé bien, le Corse se manifeste à moi par sa peau, par la manière dont je l’ai entendu parler par ma mère, par la façon dont je l’ai parlé moi-même, par les histoires dont j’ai entendu parler et auxquelles je croyais plus ou moins. Par conséquent, il y a un fond à la fois la sonorité et leur appartenance à une langue. Il y a du sensoriel là-dedans. Et ce sensoriel te marque. Il n’y a pas de doutes. Lorsqu’on a parlé corse toute son enfance, ce sensoriel te marque. Il t’habite. Seulement ça ne veut pas dire que dans tous les modes d’expression et dans tous les champs d’expression, toi tu habites cette langue. Par exemple, je ne pourrais pas écrire de la philosophie en corse. Est-ce que ça vaudrait lea peine d’écrire de la philosophie en corse  pour pouvoir traduire la phénoménologie de l’esprit en corse. Cela n’aurait pas un grand intérêt. Ce serait seulement un exercice.

AC Tu n’es donc pas favorable à une sorte de corse unifié en ce sens qu’en pareil cas, il risquerait de perdre sa peau ?

JTD Je ne suis pas pour l’uniformisation des langues. Je ne sais pas ce que tu en penses en tant que linguiste. Mais je crois qu’elles doivent toujours être ramenées à leur parler originel.

AC On a parlé pour le corse de polynomie. Le problème est évidemment l’intercompréhension. Toi, est-ce que tu comprends le corse de ma région, de l’extrême-sud ?

JTD Je le comprends très bien.

AC J’ai été très frappé de remarquer que des personnes disaient ne pas comprendre le corse d’une autre région alors qu’en fait elles étaient bloquées par un obstacle mental qui les empêche d’avoir l’intercompréhensibilité avec d’autres. Et que penses-tu de l’enseignement du corse ?

JTD Je suis pour l’enseignement du corse. Mais quand on dit enseignement obligatoire ça a deux sens. Si c’est pour dire qu’il doit y avoir des cours de corse prévus dans toutes écoles et des enseignants c’est une chose. Mais on ne va pas obliger des élèves à étudier le corse s’ils ne sont pas d’accord.

AC Tu veux dire qu’il doit y avoir une certaine dose de volontarisme mais qu’une langue ne s’apprend pas sous la contrainte.

JTD Absolument. Il faut en avoir envie. Il faut leur en donner le désir mais ça c’est une autre affaire. Mais que ça soit une obligation pour les élèves me paraît absurde.

AC. Tu as dit tout à l’heure que d’avoir cette sorte de distance entre ta langue maternelle et le français t’a permis de te libérer. Le fait d’avoir le contact avec une autre langue, en l’occurrence le corse placée dans une certaine situation puisqu’elle serait étrangère pour certains mais familière à d’autres, a-t-il favorisé pour toi l’accès à d’autres langues romanes ?

JTD Cela me paraît tout à fait juste. J’ai fait moi-même de l’italien. Mon père connaissait très bien le corse, mais aussi l’italien, le provençal qui étaient toutes des langues romanes. Je serai donc évidemment pour un enseignement ouvert sur le monde roman.

AC N’y a-t-il pas un paradoxe à voir que les Corses qui ont été partout dans le monde ont acquis une timidité devant d’autres langues. Cela me laisse penser que les Corses ont pris le travers français qui est une incapacité à comprendre qu’il y a d’autres cultures, d’autres langues qui lui n’est pas lié à un enfermement insulaire quelconque mais qui lui est lié à une manière d’appréhender la culture et la langue française comme universelles. Or si la langue et la culture françaises sont universelles il n’y a plus d’ici pusiqu’il est partout et donc plus d’ailleurs. À ce moment, il n’y a plus d’interelations fécondes. Éprouves-tu cela ?

JFD J’éprouve cela comme un grand malheur. C’est un nivellement qui part du principe que le français étant au moins égale aux autres langues je n’ai pas besoin d’en parler une autre. C’est un nivellement dans l’ici. C’est une contradiction extraordinaire. Tout est capturé là. On s’en contente puis on l’abstrait.

AC Il y a dans notre relation au monde et aux représentations que nous en construisons, et aux représentations méta-linguistiques que allons être amenés à étudier pour étudier ces représentations que nous nous faisons, je vois deux écueils : d’un côté la totalisation et d’un autre côté l’absence totale de cohérence. Or se pose le problème de la multiplicité et d’une multiplicité d’autant plus complexe qu’elle peut se faire de manière à ce que nous ayons des superpositions. Il y a dans le monde francophone une façon de vous sommer d’être ceci et cela sans comprendre qu’on peut être ceci et cela.

JTD C’est un problème tout à fait fondamental mais aussi général. C’est ce qu’on pourrait appeler l’entre-expression. Il y a toujours un champ d’entre-expressions et des déterminations structurales qui sont en œuvre. Or une structure n’est jamais immobile. Le péché contre la rationnalité c’est de la supposer immobile. Par conséquent lorsqu’on a affaire à une multiplicité de structures, d’essayer de les coller bord à bord ça ne marche jamais. Elles se collent selon des morphismes, selon des applications. La question se pose après de déterminer des modes de détermination et de morphismes plus généraux qui nous permettent de saisir la connexion entre la vie locale des structures et la structure dans sa globalité. C’est un problème algébrique. La rigidité qui est une maladie de la rationalité, consiste à susbstituer à la vie des structures le schéme abstrait, étiqueté des structures et à s’en tenir là. Or le français est fait de gens qui parlent. Il n’est pas que le français. Si on n’oublie la vie interne de la structure, on construit un fantôme de la langue, un fantôme abstrait. Et on croit, et c’est là la maladie de la rationalité, on croit qu’on habite le fantôme. Mais le fantôme n’est qu’une abstraction auquel il faut donner sa chair. Et ceux qui croit que le français est immuable, déterminé, achevé, qu’on doit parler partout de la même façon, possède un fantôme de français mais pas le français.

AC Lorsque je te lis, je trouve une assez grande convergence concernant cette relation entre un monde dans lequel on se situe avec ses stimulations sensorielles, avec une manière d’avoir recours à des anecdotes en apparence, à des contes et puis d’un autre côté un recours à des procédures de représentation qui essayent de capter l’idéalité qui nous permet d’appréhender et de parler de ces choses. Est ce qu’il existe une sorte de relation à l’insularité, c’est-à-dire à un territoire bordé par de l’eau ?

JTD Il y a une posture de l’insulaire face à ce qu’il tient pour l’infini. Ou il peut traverser ou il ne peut pas. Dans les îles grecques, on traversait. On allait d’île en île. Le nom de la mer, entre autres noms, était “ pandos ” ce qui désigne le chemin. Pour nous Corses, longtemps la mer n’a pas été un chemin. C’était la menace à la fois celle de la malarie et de l’invasion possible. La mer nous séparait. Nous avions donc à nous expliquer sur la relation de l’ailleurs et de l’ici, du même et de l’autre, de l’enraciné et du dispersé. Or peut-on laisse ce problème indéterminé. La réponse est non. Alors comment apporter de la détermination et du dessin au sens propre, la réprésentation dessinée à ce qui n’a pas de bornes.

AC Concernant à l’ambiguité de l’identification, comment éviter qu’elle ne tourne à l’obsession identitaire ?

JTD Si on cherche le signe de l’identité comme désignant l’identité elle-même, on n’y arrivera jamais. Il n’y a pas d’identité. L’identification est autre chose. Elle se fait toujours dans un rapport de l’ici à l’ailleurs. C’est toujours vis-à-vis de l’autre. C’est une forme de recouvrement symbolique de l’écart qui nous sépare de l’autre. Ce recouvrement peut être le fait du geste, du langage, d’un agir commun, d’un sentiment qui se déploie de l’un à l’autre, d’une communauté à l’autre. Mais ce peut être aussi le fait d’une hostilité même, d’alliance. Quel que soit le contenu, il y a toujours ce “ lieu ” de l’ici et de l’ailleurs, de cette relation qui se tisse d’une façon pas nécessairement prévisible.

AC En linguistique j’ai été amené à rejeter l’identité qui ne saurait fonctionner et à adopter l’identification c’est-à-dire qu’il y a nécessairement une relation entre l’un et l’autre mais lorsque cette identification s’effectue elle change de plan. C’est autre chose. Il faut à nouveau qu’un écart se construise pour envisager les deux termes dans leur identification.
Concernant l’histoire qui est aussi une de nos manières de nous constuire que ce soit l’histoire telle qu’elle est explicitée à un moment donné et souvent un petit peu fabriquée et d’un autre côté cette histoire à laquelle nous faisions allusion, cette histoire telle qu’elle a été vécue par nous-mêmes, par les générations antérieures dont nous n’avons absolument pas conscience. Est ce que ce caractère complexe ne va pas faire, dans certains cas, qu’il va y avoir des individus qui seront plus aptes à appréhender des situations multiples, à avoir une certaine souplesse que l’on ne trouverait pas nécessairement lorsque l’histoire fantasmatique, poétique récrée aurait installé une conception stable. Est-ce qu’il n’y aurait pas un chemin plus long à parcourir, une prise de conscience plus nette pour que la France ne se conçoive pas toujours en perte d’identité, inquiète, pessimiste en se disant que ça risque d’être pire si… et au lieu de se construire une capacité à appréhender les variations et de se persuader que de toutes façons, derrière cela, il y a toujours des facteurs de cohésion qui vont jouer.

JTD Nous imaginons l’histoire globale dans la mesure où nous choisissons certaines traces parmi d’autres. Or l’histoire se construit toujours au voisinage, toujours localement. Tu visites un vilage. Tu vois des maisons. Elles n’ont pas toutes le même âge. Mais cet âge n’est pas marqué par un laps de temps bien défini. Il n’est pas daté. Mais chaque maison comporte l’indice de sa provenance. Elle indique son appartenance au temps. C’est là qu’on se construit historiquement dans la mesure où on prend en charge l’indice temporel de la trace. Si je ne le prends pas en charge, je me déploie dans le temps qui se déploie devant moi, le temps linéaire mais je ne m’inscris pas dans l’histoire. Je m’inscris dans l’histoire si la trace m’inquiète en tant qu’elle comporte un indice intrinsèque de temporalisation.

AC Et sur la violence qui paraît un élément récurent de l’histoire corse. Tu dis toi même que tu portais un revolver.

JTD J’ai toujours porté un revolver. C’était un moyen d’exorciser la mort. Un type que je connaissais au village disait qu’avec un revolver il pouvait échapper à la mort. À Vico, des personnes à peine plus âgées que moi étaient persuadés qu’à la Toussaint tous les morts sortaient de l’église avec des tambours et des flambeaux pour défiler dans le village. C’était une façon de s’installer dans leur propre histoire.

Dans une autre interview donnée à Ange Casta, Jean-Toussaint définissait ainsi la place qu'il accordait à son île natale.

Ange Casta : Quelle place la Corse a tenu dans votre vie et dans votre pensée ?

Jean-Toussaint Desanti : C'est le lieu où je suis né, où mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père et ceux qui les ont précédés sont nés. C'est le lieu dans lequel je me sens né. Où j'ai pris racine. Ma profession, ma vocation, c'est d'être philosophe, c'est arrivé assez tôt — vers l'âge de 19 ans — et c'est arrivé en Corse. Simplement parce que c'est là que j'ai commencé à lire des philosophes. Dans quelle mesure le fait de me sentir de cette origine m'a-t-il porté vers une certaine forme de philosophie ... ? Je peux parler de l'insularité, l'insularité qui est l'unité d'un enfermement et d'une ouverture. La mer nous enveloppe et elle est aussi le chemin. Or un chemin qui ouvre et ferme, ça pose problème. D'une part, il faut prendre pied et donc s'y trouver. Et d'autre part, il faut y prendre essor, et s'en aller. A la fois s'en aller et rester. C'est tout le problème de la philosophie qui consiste à prendre en charge l'environnement du monde dans lequel on est, avec ses voisinages, avec ses rapports qui se construisent toujours et qui donnent sens à ce voisinage, qui permettent de le penser, de lui donner un corps. Et d'autre part il faut l'élargir, essayer de comprendre le rapport à un autre monde que ce voisinage qui ne cesse jamais d'être là. Et plus vous vous en irez, plus le voisinage viendra avec vous. Vous êtes obligé, à ce moment-là, de penser ce rapport. L'insularité vous donne à penser.

AC : L'insularité, on peut la vivre ailleurs que dans une île ?

JTD : La peau qui nous enveloppe, c'est notre île, notre insularité. Nous ne pouvons pas en sortir, elle nous accompagne partout. Nous sommes tous insulaires au sens propre. Nous sommes obligés de montrer nos sentiments sur notre peau et de lire, sur la peau des autres, leurs sentiments. Nous sommes toujours dans ce rapport à la fois d'exclusion et d'intériorité. L'intérieur et l'extérieur se tiennent. La notion de frontière doit être pensée entièrement, elle n'est pas une ligne de séparation, mais une relation mobile.

AC : Qu'est-ce qui a construit cet attachement très fort que vous avez à ce pays qui est le vôtre, la Corse, à ces racines, à cette identité ?

JTD : C'est la terre, l'air, la mer. Les gens que j'ai connus. La lumière. Et quelque chose qui concerne la philosophie : la précision des formes. Les formes, chez nous, sauf au grand soleil, sont précises. Chaque fois que j'y pense, j'entends un verset fameux d'Homère qui parle des bergers : c'est la nuit, la lune se lève, les hauts promontoires se dessinent, les collines et aussi les golfes se dessinent et, dit Homère, « le coeur du berger se remplit de joie ». Simplement parce que les choses se dessinent. Or, quand les choses se dessinent, cela veut dire aussi qu'elles se dévoilent, dans cette lumière. C'est cela qui est décisif du point de vue du désir de philosophie. C'est le désir de la forme qui échappe à la brume.


le Lundi 05 Mars 2007 à 12:21 | Permalien | Commentaires (3)

Histoire et culture de Corse

Et si on parlait de la loi du silence  Dimanche 04 Mars 2007

La presse continentale est paresseuse. Depuis quelques années, elle est soumise à la loi de la rapidité (un fait en chasse un autre) et du cliché. Cela est renforcé par le manque de culture de la nouvelle génération pour laquelle le paraître fait souvent fonction de profondeur. Je n'en veux pour preuve que les récents articles redondants produits à l'occasion de la mort de Jean-Jé Colonna. Et s'il est un thème qui m'agace par-dessus tout c'est bien celui de l'omertà corse. Nos petits journaleux, coulés dans le moule d'une classe dirigeante peu curieuse, se sont fait un malin plaisir de raconter les mêmes âneries à propos de la Corse, âneries d'ailleurs répétées à l'envi depuis des décennies voire des siècles. Le Corse est peu causant… C'est ce qui se dit dans les gazettes car pour nous autres Corses, c'est un moulin à paroles. Il s'en dit même tellement qu'on finit par ne plus savoir le vrai du faux.

J'avais écrit il y a quelques années un long texte sur l'omertà corse, texte que je joins à ce coup de gueule. Hélas rien n'a changé. Les journalistes de l'époque ont vieilli mais leurs propos sont restés les mêmes.

Car la Corse, faut-il vraiment le répéter, est peuplée d'êtres humains qui réagissent comme n'importe quel être humain placé dans certaines conditions. Nous vivons sous la pression d'organisations clandestines (peu impressionnantes il faut l'avouer), de policiers et de gendarmes quatre fois plus nombreux que sur le continent. Et pourtant… nous ne dirions rien. Grotesque, ridicule… Nos plumitifs confondent la parole et la preuve judiciaire. Ils confondent la raison publique (qu'eux-mêmes d'ailleurs ne respectent pas toujours) et la puissance de la proximité. À tout propos d'ailleurs, ils usent des termes d'omertà, de mafia. Il est tellement plus facile de produire des textes préformatés, prêts à être digérés par un lectorat lui-même préparés à prendre des images d'Epinal pour des photographies.

Et si on parlait de la loi du silence
À en croire la presse continentale, la société corse serait régie par une seule loi, celle du silence à défaut de l’être par la justice. Évoquer cette loi du silence lorsqu’on relate le moindre événement corse est même devenu une sorte de passage obligé pour les médias continentaux. Or tous ceux qui vivent en Corse savent combien cette société méditerranéenne est au contraire pleine de rumeurs, comment chacun a soif sinon de tout savoir du moins de faire semblant de posséder cette connaissance exhaustive des événements et de leur explication. Il est cependant exact que les microsociétés, dans leur gestion quotidienne, se heurtent à une proximité des individus et des réseaux que méconnaît par définition, un système étatique qui gère grâce à une certaine approximation de ses causes et de ses conséquences la res publica. L’entremêlement des êtres et des passions est alors assurément un obstacle au bon fonctionnement d’une loi et d’une justice prises au sens idéal du terme car il génère une hiérarchie d’affinités et des choix dont ne saurait se satisfaire un fonctionnement qui prétend à l’objectivité des comportements et à l’égalité des uns et des autres devant la loi. Enfin, le pouvoir étatique s’est affirmé en s’implantant d’abord dans les centres urbains pour ensuite étendre son influence aux marges rurales là où perduraient les structures en réseaux les plus archaïques.
(la suite en fichier joint)

loi_du_silence.rtf loi du silence.rtf  (55.9 KB)

le Dimanche 04 Mars 2007 à 16:23 | Permalien | Commentaires (0)

Histoire et culture de Corse

La république paolienne  Dimanche 25 Février 2007

Fidèle à la ligne de conduite que je me suis fixé, je continue la publication de passages du Mémorial des Corses. Celui-ci a trait à la République paoline. Il me paraît important en ce sens qu'il resitue les termes dans leur contexte. Les notions de "peuple", de "république", de "roi" n'avaient pas le même sens en ce 18ème siècle durant lequel la monarchie était comprise comme un arbitrage (divin pour les uns et constitutionnels pour les autres) tandis que l'idée même de républque était associée à l'oligarchie génoise ou au désordre en référence à la révolution anglaise de 1645. Je mets en illustration un tableau représentant la rencontre qui n'eut jamais lieu entre Pasquale Paoli et Napoléon Bonaparte démontrant ainsi que tout peut être dit et écrit sans que cela pour autant vrai.



La république paolienne
Le mot de République ne se rencontre jamais au XVIlle siècle pour désigner le système de gouvernement de la Corse indépendante. Et pour cause ! Son emploi eût semblé une provocation car, dans l'usage commun, la République c'était la République de Gênes et le mot en reste chargé de fâcheuses connotations. Mais, dans la réalité des faits, la Corse vit sous un régime républicain.

Le vieux terme officiel qu'utili¬saient encore les insurgés était Re¬gno di Corsica, ce royaume dont les armes de Corse portaient la couronne. Royaume sans roi et qui ne doit point en avoir. Telle est la signification du trône à baldaquin que le gouvernement fit ériger dans la salle du Conseil. Symbole de la souveraineté nationale, cette cathèdre destinée à rester vide fut saisie en 1769 par les Français qui répandirent la fable, malignement reprise par Pommereul et Rossi, selon laquelle Paoli aurait voulu se faire couronner roi.

Mais un autre mot tend à supplanter Regno, non seulement dans la correspondance de Paoli et de ses collaborateurs, mais aussi dans les actes, proclamations, manifestes ainsi que dans l'usage diplomatique, c'est celui de Nazione. Sans doute le sens originel du vocable est il des plus vagues, en italien comme en français : "génération d'hommes nés dans une même région, province ou cité ", selon le Vocabolario delia Crusca. Au XVIlle siècle, toutefois, l'évolution sémantique est en route qui aboutira au sens moderne du mot. Chez les Corses, par suite des circonstances histori¬ques, elle s'est faite plus vite qu'ailleurs, ainsi qu'on peut s'en convaincre aisément à la lecture de la correspondance de Paoli qui prend toujours le mot dans un sens politique. Et c'est pourquoi nous avons pu, sans anachronisme, intituler "La Nation corse" la période 1755 1769.

Nation républicaine et démocratique ? Sans aucun doute. Les modèles de référence, comme plus tard pour les révolutionnaires américains et français, sont les républiques de l'Antiquité classique. S'ajoute l'exemple si souvent cité des Hollandais et des Suisses, ces vaillants peuples qui ont su, l'un conquérir sa liberté et l'autre la défendre. En 1764, Paoli prie Casabianca de répondre à Cursay qui veut jouer au législateur que la parfaite égalité est l'objectif à atteindre dans un État démocratique, et c'est ce qui rend heureux les Suisses et les Hollandais.


le Dimanche 25 Février 2007 à 14:55 | Permalien | Commentaires (0)

Histoire et culture de Corse

La prise du pouvoir par Pascal Paoli (épisode 6 : la réduction des particularisme locaux, le parti génois)  Vendredi 23 Février 2007



Ainsi s'achève la prise de pouvoir de Pasquale Paoli ou plutôt ce qui paraissait être la prise de pouvoir car tout au long de son généralat il sera en effet confronté à des complots, des soulèvements menés par ses adversaires, souvent anciens alliés, poussés par les puissances européennes.

Je continuerai avec d'autres passages du Mémorial des Corses de manière à saluer dignement ce deux-centième anniversaire lamentablement occultée par la presse continentale.

Le parti génois tient solidement la Rocca. Le 2 mai 1758, une consulte réunie au couvent d'Istria unit seigneurs d'Istria et principali de la Rocca, et interdit l'accès de la province à celui qu'on affecte de ne connaître que sous le nom de "Pasqualino ". Paoli essaye sans succès de gagner les Peretti de Levie. Le 24 décembre 1759, ii nomme commandant de la province le colonel Anton Padivo Peretti, neveu de Lillo (et père du poète Ugo Peretti). Mais Anton Padivo, qui n'a pas dit non à Paoli, n'a rien de plus pressé que de communiquer la lettre de nomination au commissaire de Bonifacio en lui demandant ses ordres. En 1760 encore circule dans la Rocca un texte en faveur de la République signé de 237 principali, dont une quinzaine de curés. Le ralliement n'interviendra qu'en 1763, lorsque la République renonce à la lutte et dissout toutes les compagnies franches.

Abandonnés, les Rocchigiani se tournent alors vers Paoli qui vient en personne, au mois de décembre, présider la consulte de Sartène et organiser le gouvernement de la province. Les 95 signatures qui accompagnent l'acte final de la consulte indiquent que la Rocca a gardé les mêmes chefs pour une politique nouvelle. Rocco Cesari et Orazio Quenza, soutiens obstinés de la République, représenteront désormais le gouvernement national.

le Vendredi 23 Février 2007 à 16:07 | Permalien | Commentaires (0)

Histoire et culture de Corse

La prise du pouvoir par Pascal Paoli (épisode 5 : la réduction des particularisme locaux, le parti français)  Mardi 20 Février 2007

Avant même la fin de la rébellion matriste, Paoli avait songé à rallier le Delà des Monts au gouvernement national. Il crut un peu trop vite la chose faite au congrès de Corte du 23 novembre 1756 auquel participe une délégation pumuntinca. On y décide que Sebastiano Poli, de la Suarella, et Orazio Ferri Pisani, d'Ajaccio, entreront au Conseil d'État et on dessine les grandes lignes d'une organisation pour le Delà. Mais le violent incident qui éclate dans la salle même entre les représentants des deux parties de l'île, met en évidence la susceptibilité des particularismes régionaux ; pour le moment, la belle organisation restera sur le papier.

De l'autre côté des monts, Paoli a pu cependant trouver un homme de confiance en la personne de Santo Folacci, d'une famille distinguée d'Eccica. Santuccio, comme on l'appelait, ne savait ni lire ni écrire, mais il était courageux et fidèle. Il fut nommé commissaire général, sans qu'il y eût d'ailleurs ratification populaire, et son autorité ne dépassait guère les limites de sa pieve. Mais il transmettait les circulaires du gouvernement national aux podestats et, aidé par Pietro Maria Cacciaguerra, notaire à Appieto, il constitua une sorte de poste avancé du Général au sein d'un pays douteux.

Le particularisme du Delà des Monts, toujours soucieux de ne point apparaître comme une dépendance du Deçà, se trouvait renforcé et même cultivé par les commissaires génois d'Ajaccio et de Bonifacio, ainsi que par le commandant français d'Ajaccio, à partir de novembre 1756. Aussi peut-on dire, en simplifiant, que Paoli, dans son effort d'unification, se heurta à la résistance d'un parti génois et d'un parti français.

La prise du pouvoir par Pascal Paoli (épisode 5 : la réduction des particularisme locaux, le parti français)
Le parti français: Antonio Colonna

Âgé d'environ 43 ans à l'élection de Paoli, Antonio Colonna (en ilustration son blason) n'était pas un inconnu dans la Révolution corse, puisqu'il était le fils du capitaine Francesco Maria Colonna de Bozzi emprisonné à Gênes en 1730 et le frère de la turbulente Bianca avec laquelle il avait resserré les liens du sang par ceux d'une alliance croisée, ayant épousé Angela Teresa Rossi, tandis que sa sœur épousait le frère de celle ci, Francesco Saverio. Engagé en 1736 derrière le roi Théodore qui l'avait fait comte, il l'avait suivi dans sa retraite à Livourne, avec Costa dont il était parent. En 1740, on le retrouve capitaine au Royal Corse ; mais il démissionne et participe, avec sa sœur, à la tentative austro sarde puis regagne la Terre ferme.

Depuis l’échec de Théodore, il était, semble-t-il, convaincu que la Corse ne pouvait être indépendante et que le seul moyen de la libérer des Génois était de la faire passer sous la souveraineté d'un autre prince. Il alla donc offrir son pays au roi de Prusse, puis à l'ordre de Malte. Mais, au retour des troupes françaises en 1756, son choix est fait : la Corse appartiendra au roi de France. Antonio Colonna était un bel homme, à la stature imposante, éloquent et, dit Ambrogio Rossi, qui était son parent, plus instruit qu'il n'était d’usage chez les seigneurs Cinarchesi. Actif et entreprenant, mais d'une activité un peu brouillonne, le descendant des seigneurs de Boni, hautain et cassant, ne cherchait guère la popularité et la popularité ne venait pas à lui, ce qui fut sans doute une des raisons de son échec.

Dès que la ville d'Ajaccio eut été remise aux troupes françaises, Bianca Rossi y fit une entrée triomphale à la tête d'une centaine de partisans qui arboraient la cocarde blanche fleurdelisée. Sa maison, gardée par une sentinelle française, devint le centre d'intrigues politiques visant à mettre en avant son frère avec les encouragements du commandant français et malgré les protestations des Génois scandalisés.

L'année suivante, Antonio Colonna réunit en consulte au couvent d'Istria, le Talavo, l'Ornano, l'Istria et quelques éléments de la Rocca inférieure. Il s'y proclama en plein accord avec Pascal Paoli pour chasser les Génois de Corse, mais constitua un Conseil d'État séparé dont il était le président. Le 29 octobre, il tenait un congrès similaire au couvent de ta Mezzana pour essayer de réunir sous son autorité la Cinarca et la province de Vico.

Paoli, mécontent de ce qu'il considérait comme une scission, mais dépourvu des moyens d'y mettre fin, dut patienter. Il affecta d'être satisfait, se contentant de faire surveiller Colonna par le fidèle Santuccio. En décembre, il fit même dans le Delà un voyage de vingt jours, escorté de Colonna et de Folacci, et tint consulte le 20 à la Mezzana, le 23 au couvent d'Istria, essayant, pour affaiblir son rival, de créer deux administrations séparées et de le confiner dans celle d'Ornano. Sentant décliner son autorité, Antonio Colonna eut à Bocognano une entrevue avec Paoli, auquel il demande le titre de Commandant du Delà des Monts, en reconnaissant la prééminence du Général de la Nation. Paoli accepte, sous réserve d'élection, ce qui fut fait à une consulte assez maigre tenue à la Mezzana. Mais l'autorité du Commandant continuait à s'affaiblir. La même année, probablement en accord avec Paoli, le neveu de Luca Ornano, Gian Battista, dit Bacchiolo, qui avait toujours été favorable aux nationaux, réunissait une consulte au couvent d'Ornano et se faisait donner le pouvoir. Le coup de grâce vint en avril 1759 avec le départ des troupes françaises dont la présence pesait en faveur du protégé du Roi.

La chute du commandant du Delà des Monts fut l'œuvre conjointe des partisans de la République et des paolistes, conjoncturellement unis contre l'ennemi commun et aidés de tous ceux qu'exaspérait la morgue du seigneur de Bozzi ; on alla même jusqu'à dire que le commissaire d'Ajaccio, Francesco Maria Spinola aurait fourni des armes et des munitions à Santo Folacci. En 1761 se fit une marche générale au cri de : À terra Antonio Colonna. Les Talavesi, conduits par Abbatucci, Rocchigiani et seigneurs d'Istria, partisans de la République, ainsi qu'Ottavio Colonna de Cinarca ; l'Ornano avec Bacchiolo et, bien entendu, Folacci et les siens. On vint même de Vico participer à la curée.

Tout ce monde marcha sur Zigliara d'où Antonio Colonna, qui n'avait presque personne avec lui, dut s'enfuir. Peu de temps après, il tomba gravement malade. Un médecin le soigna dans la maison Frasseto du Borgo, le commissaire Spinola ayant bien voulu fermer les yeux sur sa présence. Bianca, qui avait quitté la ville en même temps que les Français, n'osa pas aller au chevet de son frère, de crainte d'être arrêtée ; elle y dépêcha sa fille et ses deux nièces. Mais tous ces soins n'empêchèrent pas Antonio Colonna de mourir à l'âge de 48 ans. Il fut enseveli dans l'église voisine des capucins.

le Mardi 20 Février 2007 à 10:07 | Permalien | Commentaires (0)

Histoire et culture de Corse

La prise du pouvoir par Pascal Paoli (épisode 4 : la fin de l'aventure matriste)  Lundi 19 Février 2007



Résumé des épisodes précédents: Pasquale Paoli, élu général de la nation à quelques voix près, doit combattre la sécession matriste qui a éclaté dans sa micro région. Suite du Mémorial des Corses.

La prise du pouvoir par Pascal Paoli (épisode 4 : la fin de l'aventure matriste)


La guerre civile, dans sa phase aiguë, se termina le 28 mars 1757 par la mort de Matra au cours de la retraite qui suivit l'échec de sa tentative sur le couvent de Bozio où son adversaire s'était enfermé. Les circonstances en sont obscures : blessé en combattant courageusement à l'arrière garde, il fut, selon les uns, tué par des Rustininchi, avides de venger leurs parents victimes des matristes ; d'autres prétendent que, pistolet à la main, il contraignit deux Génois de sa garde à l'achever. Paoli, qui aurait souhaité le prendre vivant, parvint à soustraire son corps aux insultes et le fit ensevelir au couvent, malgré les protestations des moines peu désireux d'accueillir dans leur cimetière un profanateur des lieux saints et un traître à la patrie.

Les séquelles de la guerre durèrent encore un certain temps. Les paolistes se livrèrent à une dure répression. Le village de Valle d'Orezza sans doute parce que son attitude, au milieu du bloc des Cinque Pieve, apparaissait comme une trahison fut le plus durement châtié: 25 maisons y furent incendiées et deux hommes fusillés, mais on ne peut affirmer que l'un d'eux ait été prete Delfino, comme le rapportent certaines sources, tandis que d'autres le donnent pour fugitif. Partout dans les pieve rebelles, des otages choisis parmi les familles principales furent envoyés au château de Corte. Une centaine de partisans de Matra, exténués et affamés, se réfugièrent avec femmes et enfants à la Padulella d'où ils furent dirigés sur Bastia. Le commissaire général leur donna pour vivre 7 sous et 4 deniers par jour. Ils se querellent sans cesse, écrit Doria avec mé¬pris, et prétendent s'être ruinés pour la République. Certains prirent le maquis et constituèrent des bandes, mêlant représailles politiques et brigandage comme ce fut le cas d'Antonuceio dans le Cap. Quelques tentatives matristes vite étouffées se manifestèrent encore à partir du Fiumorbo, l'une en 1757, dirigée par Antonuccio (et arrêtée à Piedicorte par la vaillante résistance du capitaine Corazzini), l'autre en 1761 sous la conduite des colonels Don Filippo Grimaldi et Don Giacomo Martinetti.

Au début de 1762, le retour en Corse d'Alerio Francesco Matra revêt un tout autre caractère. En 1755 Alerio avait hautement désapprouvé son frère. Mais, le régiment corse de Sa Majesté Sarde ayant été dissous, le voici qui passe au service de Gênes avec le grade de maréchal de camp. Cette fois ci, la chose est claire. L'ancien Protettore de la Nation ne peut plus, comme son frère, se réclamer, même à tort, de la cause nationale : c'est en officier de la République qu'il se présente. Aussi le manifeste qu'il publie contre Paoli rencontre t il peu d'échos, comme d'ailleurs la tournée qu'il fait dans les pieve autrefois fidèles, et il doit se réfugier à Aleria. L'année d'après, il prendra le commandement des troupes génoises et des compagnies franches qui tentent de réduire Furiani ; il mourra après son échec. Du roi Théodore au siège de Furiani, la famille Matra a ainsi achevé l'évolution qui la portait vers Gênes. Et c'est bien le souvenir qu'a gardé d'elle la mémoire populaire ainsi que l'atteste l'expression “trà vittoli è matra”, naguère encore en usage.


le Lundi 19 Février 2007 à 09:53 | Permalien | Commentaires (0)

Histoire et culture de Corse

La direction de Géant Casino cherche à éviter l'extension du conflit de Porto Vecchio  Lundi 19 Février 2007

La direction de Géant Casino cherche à éviter l'extension du conflit de Porto Vecchio

La grève du Géant Casino de Porto Vecchio semble devoir se résoudre. Après la journée d’action d’une partie du personnel de Géant Casino à Porti Vechju, samedi dernier, les choses semblent évoluer dans le bon sens. Les grévistes ont réussi à instaurer de premières négociations avec la direction du groupe sur la Corse.

Une concertation se déroulera demain afin de réaliser un cahier des charges qui permettra de garantir le bon fonctionnement de l’établissement « dans la bonne entente et le respect mutuel ». En attendant cette réunion, le personnel gréviste a décidé de reprendre le travail ce matin. Durant tout le week end, la direction du STC aurait été en contact avec celle de Géant Casino et notamment Charles Cappia dont les magasins détiennent la quasi totalité du commerce sur la Corse.

Le conflit des employés du Géant Casino, s'il s'achève de suite, n'aura pas permis de mettre en exergue les conditions de travail souvent difficiles de la période estivale. Mais il existe un autre scandale de taille: les prix pratiqués en Corse par Géant Casino et Carrefour, prix prohibitifs qui contribuent pour beaucoup à la majoration des prix à la consommation de 10 à 20% par rapport au Continent.

le Lundi 19 Février 2007 à 08:58 | Permalien | Commentaires (0)

Histoire et culture de Corse

La prise du pouvoir par Pascal Paoli (épisode 3 : la cunsulta d'Alesani et la guerre civile)  Dimanche 18 Février 2007

La prise du pouvoir par Pascal Paoli (épisode 3 : la cunsulta d'Alesani et la guerre civile)


La consulte d'Alesani

La consulte d'Alesani eut lieu le 10 août 1755, moins d'un mois après celle de la Casabianca. Son artisan le plus actif ou, du moins, le plus apparent fut Tommaso Santucci, de Poggiale di Tarrano d'Alesani. Depuis le début de la seconde insurrection, Santucci avait été membre du gouvernement national. À Saint Antoine de la Casabianca, il semblait s'être rallié à Paoli et l'accompagna dans ses marches jusqu'au 9 août. On ignore si ce ralliement était feint ou s'il y a eu brusque retournement et pour quelles raisons.

Le commissaire Dora, dans une lettre du 18 août, rapporte que Santucci a abandonné Paoli parce que celui ci lui aurait refusé 300 lires. Ragot ou vérité, toujours est il que c'est Santucci qui, le lendemain, au couvent d'Alesani, propose le nom d'Emanuel Matra à une consulte où sont représentées les pieve d'Alesani, de Serra, de Bozio, une partie de celles d'Orezza (Valle), de Campoloro et de Moriani.

On y observa le même cérémonial que le mois précédent: élection, délégation auprès de l'élu qui se laisse convaincre après quelque résistance, arrivée de l'élu sur la place du couvent aux cris de “Evviva il Generale”, avec décharges de mousqueterie; puis Te Deum à l'église et prestation des serments. Pour faire pendant à l'abbé Venturini, un " Président" ecclésiastique fut aussi désigné en la personne de prete Delfino, de Monte d'Olmo (ou de Valle d'Orezza, selon d'autres sources). Par le nombre des pieve présentes, la consulte d'Alesani, réplique hâtive à celle de la Casabianca, était encore moins représentative qu'elle. Les armes seules semblaient pouvoir trancher.

La guerre civile

Paoli crut pouvoir étouffer dans l'œuf la rébellion matriste par une riposte rapide. Il marche sur Alesani avec les 200 hommes qu'il avait avec lui. Mais il a sous estimé son adversaire. Battu, il doit se retirer à Campoloro en laissant entre les mains de l'ennemi de nombreux prisonniers dont le colonel Fabiani, Marc Antonio Vittini et une trentaine de ses compatriotes du Rostino. Il faut donc s'installer dans la guerre. Elle durera 18 mois, du 11 août 1755 au 28 mars 1757, avec deux pointes, août octobre 1755 et février mars 1757 séparées par une longue période où Matra, vaincu, est passé en terre ferme avant de revenir, le 7 février 1757, pour la lutte finale. Coupée aussi par d'infructueuses tentatives d'accommodement, conduites par l’abbé Giafferi et le pievan Viterbi, où il est même envisagé de sceller la réconciliation par le mariage du jeune Francesco Gaffori, neveu de Matra avec la non moins jeune Dionisia, fille de Clément Paoli.

Matra a pour base l'inexpugnable fort d'Aleria où il se réfugie après chaque échec et repart ensuite pour de nouveaux raids dans la montagne. De violentes et meurtrières escarmouches opposent les deux partis. Guerre "a l'uso corso" où, dès le moindre succès, on licencie des volontaires pressés d'aller retrouver leurs travaux et dont la subsistance fait problème, quitte à les rappeler quelques jours après. Guerre dévastatrice maisons incendiées et démantelées, vignes coupées, châtaigniers accintolati (incision circulaire sur le tronc provoquant la mort de l'arbre par dessèchement).

Prises d'otages: Matra offre aux Génois les 29 hommes de Rostino qu'il tient prisonniers ; Paoli fait arrêter le pievan de Bozio et même Faustina Gaffori, malgré les remontrances du P. Luiggi, de l'ordre des missionnaires, qui lui écrit que les Spartiates, dévastant toute la Béotie, pardonnèrent à Thé bes, patrie de Pindare, en souvenir de ce fameux poète.

Si, au début du moins, Matra semble avoir disposé de troupes plus aguerries, la supériorité numérique était pour Paoli (3 000 hommes contre 500, selon un rapport génois contemporain) qui pouvait compter sur une force permanente et soldée de 2 à 300 hommes, "l'escadron volant", et de quelques ressources financières. En août 1755, une felouque napolitaine aborde à l'embouchure du Gob et le curé de Vescovato apporte au couvent d'Orezza un paquet de lettres, de la poudre et 12 000 lires.

Il semble que les Corses de Naples aient soutenu de leurs collectes le nouveau Général, comme ceux de Livourne avaient soutenu la deuxième insurrection ; mais il est difficile d'estimer l'importance de ces envois que la propagande nationale exagérait à dessein. Enfin, il faut reconnaître que la grosse majorité des chefs historiques de la Révolution suivaient Paoli.

Le Général avait pour lui l'appui sans faille du président Venturini que sa qualité d'ecclésiastique n'empêchait point de marcher vaillamment à la tête du contingent des Vallerustie ; la Casinca était représentée par Giovan Quilico Casabianca, fidèle second de Gaffori et son frère Luzio, Gian Battista Buttafoco, frère d'Antonio, de Vescovato, et Paolo Luigi Vinciguerra, de Loreto; Carlo Ciavaldini, de Carcheto, rallie la pieve d'Orezza (hormis les dissidents de Valle) ; le colonel Fabiani, prisonnier dès les premiers jours, avait réussi à s'enfuir et à reprendre la tête des halanins ; et, bien entendu, le Rostino, conduit par Clément et son cousin Gian Felice. Valentini, continuait à combattre au premier rang, à côté de Paoletti qui commandait ceux du Casaccone.

Du côté Matra, une fois Santucci mort à Lugo di Nazza, le 26 septembre 1755, le nombre est plus limité et la coloration plus étroitement partisane : Angeluccio Colombani, gendre de Santucci, Durilio Mosca, de Lugo di Nazza, Natale Pantalacci, de Vivario, Chiarelli, gérant des Matra à Aleria. S'y ajoutent, pour des raisons obscures, deux prêtres, le "président" Delfino et l'abbé Padovani, de Valle d'Orezza. Les grands notables pro génois ne se déclarèrent pas ouvertement, sauf les Cotoni, de Campoloro et six d'entre eux furent envoyés prisonniers au château de Corte.

L'appel à Gênes

L'erreur la plus grave de Mario Emanuele Matra fut sans doute d'avoir fait appel à Gênes sans oser l'avouer et même en démentant hautement les accusations des paolistes. Mais les documents de l'Archivio di Stato ne laissent aucun doute à ce sujet. Dès les premiers jours d'août, avant son élection, il envoya Durilio Mosca trouver Pietro Casale et le pria d'intervenir en sa faveur auprès du commissaire Doria. Quelque temps après, il confia à Chiarelli la même mission. Enfin, lors de son exil en Italie, il fut reçu à Gênes en grand mystère par le Doge et, à son retour à Bastia, il vit secrètement le commissaire général. Matra demandait de l'argent pour payer 500 hommes, de la poudre et de la farine.

En échange, il s'engageait à ramener la Corse sous la souveraineté génoise. Doria était d'avis de lui donner satisfaction et supplia les Collèges de bien vouloir risquer 15 ou 20 000 lires dans une affaire qui permettait de maintenir la division parmi les Corses et d'empêcher le triomphe de Paoli. Mais il ne reçut pas de réponse satisfaisante. Les Collèges suivaient une stricte politique d'économie à laquelle ils n'entendaient pas déroger et n'avaient aucune confiance dans ces chefs corses qui se disaient amis de la République, qui multipliaient promesses et supplications dans l'adversité, mais qui, quand ils étaient vainqueurs, "se révélaient aussi arrogants que les autres "
Après son séjour à Gênes, on fit en sa faveur un effort limité et tardif.

le Dimanche 18 Février 2007 à 20:28 | Permalien | Commentaires (0)

Histoire et culture de Corse

La prise du pouvoir par Pascal Paoli (épisode 2 : l'union mais pas à n'importe quel prix)  Samedi 17 Février 2007


Suite de la prise de pouvoir par Pascal Paoli, un récit tiré du Mémorial des Corses.

La prise du pouvoir par Pascal Paoli (épisode 2 : l'union mais pas à n'importe quel prix)


Réconciliation ou châtiment

La vieille formule de 1730 exprime parfaitement les objectifs du nouveau Général après son élection : affirmer son autorité et rassembler autour de soi le plus grand nombre de pieve possible. Un tel rassemblement suppose un exercice plein et entier de la justice.

À la manière de Ceccaldi et de Qiafferi, Paoli, toujours soucieux de références historiques, inaugure son généralat par des exécutions capitales qui doivent témoigner aux yeux de tous que la justice de l'État est rigoureuse et impartiale : à la Volpajola est passé par les armes un homme qui avait tué sa femme et le notaire qui le lui avait conseillé ; à Pastoreccia, le Général n'hésite pas malgré, dit on, les représentations de Clément à faire fusiller un sien neveu au troisième degré, meurtrier, lui aussi de sa femme.

Après ces exemples et conformément à son programme, il entreprend une marche générale pour réconcilier et châtier. Au couvent de Rostino où il s'est installé le 15 juillet, il reçoit et réconcilie le colonel et le capitaine Fabiani ; le 18, il accueille des délégations de Croce et de La Porta et parvient à mettre fin, provisoirement, aux différends de ces communautés.

Puis il passe en Tavagna où il ordonne l'embarquement des chefs de deux factions rivales ; de là, en Casinca où l'on rase la maison d'un neveu du président Venturini (ici encore, témoignage d'impartialité), coupable d'homicide et on en fait de même à la Venzolasca chez le capitaine Giacinto Petrignani, l'un des meurtriers de Simon Fabiani en 1736. La 10 août, Paoli, suivi du colonel Fabiani et de Venturini, est à Campoloro quand un moine lui apporte une lettre de Matra qui lui annonce qu'il a été élu général et l'invite à se joindre à lui pour gouverner la Nation. Il déchire la lettre et renvoie le moine sans lui donner de réponse.

De ce geste il résultera dix-huit mois de guerre civile avant que Pascal Paoli parvienne à abattre son adversaire. Le second général n'était en effet un concurrent négligeable ni par les titres ni par les moyens.

L'écrasement des matristes

La famille Matra était issue des caporaux de ce nom. Son arbre généalogique ne se dessine que vers la fin du XVC siècle, même si la vanité nobiliaire à l'instar de tant d'autres maisons a prolongé ses racines jusqu'au 8ème siècle, sous la forme de deux grands d'Espagne venus de Barcelone et qui, bien entendu, s'appelaient l'un Alerius et l'autre Marius.

L'arrière grand père de Mario Emanuele, Angelo Luiso, avait obtenu en 1698 la ferme duprocoio d'Aleria pour la somme de 1 300 lires, ce qui supposait déjà d'assez importants moyens, et la famille depuis l'avait toujours gardée. A partir de 1730, le fermier, arguant des troubles, cesse de payer la redevance annuelle à la Camera; il fait cultiver à son profit une partie des terres, laisse pacager le reste à peu près gratuitement par les bergers de la montagne et se constitue ainsi une importante clientèle dans les pieve de Serra (canton de Moita, où se trouve le village de Matra), Rogna (Piedicorte), Castello (Vezzani, Ghisoni), Venaco, Fiumorbo, Verde. Par les parentés et les alliances (Limperani, Massei, Rivarola, Sansonetti, Gaffori), le parti Matra étend ses ramifications jusqu'à Bastia, Corte, le Nebbio, la Casinca, le Cap, sans compter le Bozio dont un Matra est pievan..

Pendant plusieurs années, les Matra n'ont point participé à la Révolution corse. C'est un peu par hasard que Francesco Saverio Matra, descendu au rivage où il croyait rencontrer Ceccaldi, s'est trouyé en présence de Théodore et s'est laissé aller à entrer dans son cortège. Son fils Antonio, dit Antonuccio, n'a que 19 ans en 1755; il suivra ses cousins.

À partir de 1745, en effet, l'initiative politique passe à l'autre branche, c'est-à-dire aux enfants de Giulio Francesco, frère de Saverio, qui furent aussi entreprenants que leur père avait été effacé. L'aîné, Alerio Francesco, en 1720, entre le premier dans l'arène politique, entraîné sans doute par Gaffori qui a épousé sa sour Faustina. À cette date, un rapport de source génoise le présente comme un jeune homme bien né et populaire, mais gâté par les mauvaises fréquentations politiques (entendez celle de Gaffori). Quand en 1748 Alerio Francesco choisit de succéder à son beau-père Domenico Rivarola comme colonel du régiment corse au service de Sa Majesté Sarde, c'est son cadet, Mario Emanuele, né en 1726, qui entre au Magistrat Suprême. Sa qualité essentielle semble avoir été le courage conformément à sa devise: in proelio semper leo, " toujours lion au combat ".

Très orgueilleux, ce n'était, pas plus que son frère, une tête politique et il subit l'influence de sa sour Faustina, courageuse et orgueilleuse comme lui. Dans sa rivalité avec Paoli, il ne semble pas avoir dépassé le niveau de la puntiglia, celui d'une affaire personnelle entre deux hommes.

Des prétentions inconciliables

Entre Paoli et Matra, le choc était inévitable. Leurs conceptions politiques se révélaient impossibles à concilier, à partir du moment où le Général, en bon machiavélien et conformément au voeu d'une bonne partie de l'opinion, se refusait à partager le pouvoir. Selon Ambrogio Rossi, Matra, immédiatement après rélection de la Casabianca, aurait fait des avances à son rival et suggéré qu'il était prêt à prendre sa part du pouvoir.

La réponse qu'il reçut ne lui laissa aucune illusion: "C'est tout ou rien; plusieurs cuisiniers gâtent la cuisine ". Vraie ou fausse, l’anecdote traduit bien l'état d'esprit du nouvel élu. Cette prétention d'être général unique apparaissait à certains comme exorbitante et contraire à la tradition collégiale de la Révolution corse : même Gaffori ne s'était finalement trouvé seul à la tête de l'Etat que par la disparition de ses collègues : état de fait, non de droit. En outre, cet ambitieux sans mesure était un homme de l'extérieur, peu au fait, disaient les matristes, du terrain corse sur lequel Mario Emanuele luttait depuis deux ans.

À ces oppositions s'en ajoutaient bien d'autres heurt de deux légitimité le fils de Giacinto Paoli contre le beau frère de Gaffori antipathies entre deux ensembles géographiques et historiques, le groupe des Gin que Pieve Orezza (divisée), Ampugnani, Casacconi, Rostino, Vallerustie et les usagers de la plaine oriciitale. Ajoutons encore et ce point de vue n'est pas négligeable à l'époque que les Matra tentaient d'écraser de leur mépris aristocratique rhomme du Rostino, un parvenu sorti de rien, ce qui ne laissait pas Paoli insensible puisqu'il répondait avec agacement que les aïeux des Matra sont comme ceux de tout le monde, dans tobscurité. Enfin, on n'a pas suffisamment remarqué que le duel Paoli Matra est celui de deux juvénilités : Paoli avait 30 ans, Matra 29. C'est la première fois, depuis le début du soulèvement, qu'apparaissent des chefs jeunes, signe que la Révolution corse tend à se radicaliser.

le Samedi 17 Février 2007 à 11:42 | Permalien | Commentaires (1)


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Gabriel Xavier Culioli



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