Tous les matins du monde naissent et meurent en Corse
Filici ghjorni, happy days, jours heureux
Procès Colonna: la formidable ambiguité des conjurés Lundi 03 Décembre 2007
Alain Ferrandi, condamné à la perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Erignac, a disculpé lundi Yvan Colonna de toute participation au complot, mais en utilisant une phrase à double sens, invoquant le sens de "l'honneur" du berger corse Une ambigutié dont avait déjà fait preuve les compagnes des conjurés.
Le monde d'Yvan Colonna et celui des conjurés Erignac n'est plus le même. Le premier espère sauver sa liberté en niant toute appartenance au groupe qui a décidé et exécuté le funeste projet qui a abouti à l'assassinat du préfet Erignac le 6 février 1998. Les autres sont condamnés et savent qu'ils vont vivre de longues années en prison. La plupart d'entre eux ont vu leur compagne les quitter. Ils sont presque seuls dans un monde atroce. Il ne leur reste plus que le sentiment d'avoir agi avec honneur sinon avec justesse.
Alain Ferrandi a participé à l'assassinat mais c'est un type bien. Il faut comprendre par là un type droit. C'est là le résumé de tous les échos qui me sont parvenus de la part de ceux qui le connaissaient ici en Corse. Il a donc témoigné devant la cour d'assises spéciales. Yvan Colonna l'a interpellé depuis le box de la cour d'assises spéciale en débutant en corse, avant de passer au français : "Alain, je vais te parler franchement. On m'a accusé à tort... Maintenant, il faut dire les choses, dire la vérité, que je n'y étais pas. Il faut dire pourquoi vous n'avez rien dit, pourquoi vous avez tant attendu", a-t-il lancé en essayant de capter son regard.
Mais Alain Ferrandi a gardé le visage fixé sur les juges refusant de regarder Yvan Colonna.
"Je sais que tu es un homme d'honneur et que si tu avais participé à cette action, tu l'aurais revendiquée. Par conséquent, je confirme que tu ne faisais pas partie du groupe", répond Alain Ferrandi qui assume la pleine "responsabilité" de cet acte mais a toujours refusé de détailler les responsabilités de chacun.
Prononcée d'une voix monocorde, sa phrase peut aussi bien résonner comme la disculpation d'un innocent que comme la condamnation morale de la part d'un homme qui a revendiqué son acte à son complice qui persiste dans le démenti.
Alain Ferrandi précise qu'il n'a pas innocenté avant 2003 Yvan Colonna parce qu'il "ne voulait pas rentrer dans le factuel de qui appartient ou non au groupe. Point barre", a-t-il dit.
Pour autant, il confirme que le groupe qui a fomenté l'assassinat du préfet le 6 février 1998 comptait sept membres et que l'un manque donc à l'appel.
Est-ce Yvan Colonna ? lui demande la défense : "M. Colonna n'est pas la personne qui faisait partie du groupe", répond-il. C'est sec comme un coup de trique et ce n'était certainement pas ce qu'attendait la défense du prévenu.
Il n'y a qu'une seule fois, au cours de sa garde à vue, en mai 1999, qu'Alain Ferrandi a confirmé le récit de son épouse, qui avait déclaré aux enquêteurs qu'Yvan Colonna et Pierre Alessandri avaient passé la nuit après l'assassinat du préfet à leur domicile. "Mon épouse a dit la vérité", a-t-il alors déclaré.
Une position qu'il arrive aisément à expliquer lundi par le fait que son épouse était alors en garde à vue avec lui, et par sa faute, et que son seul "souci était que (s)on épouse puisse être libérée et retrouver (leur) enfant".
"Les conséquences (de l'assassinat), on les connaît. Elles sont dramatiques pour beaucoup de monde. D'abord pour Mme Erignac et ses enfants, et pour nous aussi parce que du fait de la force de notre engagement, nous sommes séparés de longues années de nos familles, nos enfants et notre pays", a ajouté, ému, celui qui a écopé en 2003 de la réclusion à perpétuité pour sa participation à l'assassinat.
Ami d'enfance d'Yvan Colonna, Pierre Alessandri est allé plus loin puisqu'il affirme depuis 2004 avoir lui-même abattu le préfet. Il a cependant été à la peine pour expliquer la mise en cause de son ami en garde à vue, sa mise hors de cause, 17 mois plus tard, puis l'auto-accusation une fois qu'il était condamné définitivement à la réclusion à perpétuité.
"Pour moi, il s'agissait d'une mise en cause temporaire", a-t-il expliqué pour justifier ses déclarations très détaillées en garde à vue. "Temporaire qui a duré 17 mois", a rappelé Me Philippe Lemaire, l'avocat de la famille Erignac.
"C'était une porte de sortie car à l'époque j'étais dans l'incapacité de reconnaître toute ma responsabilité", a ajouté cet agriculteur de Cargèse, le village des Colonna, affirmant qu'il "serait revenu sur (s)es déclarations devant le juge d'instruction" si les enquêteurs ne lui avaient pas dit que Colonna était parti en cavale.
"Je ne pouvais pas imaginer qu'il partirait pour quatre ans. S'il avait été arrêté une semaine plus tard, ce procès n'existerait pas", a encore assuré M. Alessandri reconnaissant que son attitude n'avait "pas été très honorable". Que voulait-il dire par là? Qu'il n'avait pas été très honorable de dénoncer Yvan Colonna ou de dénoncer un innocent?
Il est très vraisemblable après l'extraordinaire ambiguité des propos tenus par les conjurés, non pas sur le fond mais sur la forme, que cet assassinat gardera tout son secret. Malheureusement pour la famille du préfet Erignac.
Alain Ferrandi a participé à l'assassinat mais c'est un type bien. Il faut comprendre par là un type droit. C'est là le résumé de tous les échos qui me sont parvenus de la part de ceux qui le connaissaient ici en Corse. Il a donc témoigné devant la cour d'assises spéciales. Yvan Colonna l'a interpellé depuis le box de la cour d'assises spéciale en débutant en corse, avant de passer au français : "Alain, je vais te parler franchement. On m'a accusé à tort... Maintenant, il faut dire les choses, dire la vérité, que je n'y étais pas. Il faut dire pourquoi vous n'avez rien dit, pourquoi vous avez tant attendu", a-t-il lancé en essayant de capter son regard.
Mais Alain Ferrandi a gardé le visage fixé sur les juges refusant de regarder Yvan Colonna.
"Je sais que tu es un homme d'honneur et que si tu avais participé à cette action, tu l'aurais revendiquée. Par conséquent, je confirme que tu ne faisais pas partie du groupe", répond Alain Ferrandi qui assume la pleine "responsabilité" de cet acte mais a toujours refusé de détailler les responsabilités de chacun.
Prononcée d'une voix monocorde, sa phrase peut aussi bien résonner comme la disculpation d'un innocent que comme la condamnation morale de la part d'un homme qui a revendiqué son acte à son complice qui persiste dans le démenti.
Alain Ferrandi précise qu'il n'a pas innocenté avant 2003 Yvan Colonna parce qu'il "ne voulait pas rentrer dans le factuel de qui appartient ou non au groupe. Point barre", a-t-il dit.
Pour autant, il confirme que le groupe qui a fomenté l'assassinat du préfet le 6 février 1998 comptait sept membres et que l'un manque donc à l'appel.
Est-ce Yvan Colonna ? lui demande la défense : "M. Colonna n'est pas la personne qui faisait partie du groupe", répond-il. C'est sec comme un coup de trique et ce n'était certainement pas ce qu'attendait la défense du prévenu.
Il n'y a qu'une seule fois, au cours de sa garde à vue, en mai 1999, qu'Alain Ferrandi a confirmé le récit de son épouse, qui avait déclaré aux enquêteurs qu'Yvan Colonna et Pierre Alessandri avaient passé la nuit après l'assassinat du préfet à leur domicile. "Mon épouse a dit la vérité", a-t-il alors déclaré.
Une position qu'il arrive aisément à expliquer lundi par le fait que son épouse était alors en garde à vue avec lui, et par sa faute, et que son seul "souci était que (s)on épouse puisse être libérée et retrouver (leur) enfant".
"Les conséquences (de l'assassinat), on les connaît. Elles sont dramatiques pour beaucoup de monde. D'abord pour Mme Erignac et ses enfants, et pour nous aussi parce que du fait de la force de notre engagement, nous sommes séparés de longues années de nos familles, nos enfants et notre pays", a ajouté, ému, celui qui a écopé en 2003 de la réclusion à perpétuité pour sa participation à l'assassinat.
Ami d'enfance d'Yvan Colonna, Pierre Alessandri est allé plus loin puisqu'il affirme depuis 2004 avoir lui-même abattu le préfet. Il a cependant été à la peine pour expliquer la mise en cause de son ami en garde à vue, sa mise hors de cause, 17 mois plus tard, puis l'auto-accusation une fois qu'il était condamné définitivement à la réclusion à perpétuité.
"Pour moi, il s'agissait d'une mise en cause temporaire", a-t-il expliqué pour justifier ses déclarations très détaillées en garde à vue. "Temporaire qui a duré 17 mois", a rappelé Me Philippe Lemaire, l'avocat de la famille Erignac.
"C'était une porte de sortie car à l'époque j'étais dans l'incapacité de reconnaître toute ma responsabilité", a ajouté cet agriculteur de Cargèse, le village des Colonna, affirmant qu'il "serait revenu sur (s)es déclarations devant le juge d'instruction" si les enquêteurs ne lui avaient pas dit que Colonna était parti en cavale.
"Je ne pouvais pas imaginer qu'il partirait pour quatre ans. S'il avait été arrêté une semaine plus tard, ce procès n'existerait pas", a encore assuré M. Alessandri reconnaissant que son attitude n'avait "pas été très honorable". Que voulait-il dire par là? Qu'il n'avait pas été très honorable de dénoncer Yvan Colonna ou de dénoncer un innocent?
Il est très vraisemblable après l'extraordinaire ambiguité des propos tenus par les conjurés, non pas sur le fond mais sur la forme, que cet assassinat gardera tout son secret. Malheureusement pour la famille du préfet Erignac.
Filici ghjorni, happy days, jours heureux
Pourchassée par des groupes islamistes,Taslima Nasreen fuit de ville en ville Vendredi 23 Novembre 2007
'écrivain bangladaise Taslima Nasreen, qui vit en exil en Inde, est chassée de ville en ville sous la pression de groupes islamistes qui la pourchassent pour ses blasphèmes supposés envers l'islam. Vendredi 23 novembre, la police a de nouveau dû déplacer la romancière, cette fois hors du Rajasthan, dans le nord-ouest de l'Inde, où elle s'était réfugiée la veille, fuyant Calcutta, théâtre mercredi d'émeutes islamistes. Dans cette ville qui héberge une importante communauté musulmane, environ 5 000 islamistes avaient manifesté contre sa présence. L'Inde compte entre 140 et 150 millions de musulmans, sur 1,1 milliard d'habitants, parmi lesquels certains groupes radicaux exigent l'expulsion de Taslima Nasreen.
En 2005 elle donnait cette interview au Figaro magazine. J'ajouterai que j'ai eu l'honneur d'appartenir à l'équipe qui accueillit Talisma Nasreen en 1999 à l'université Paris 7 Denis Diderot. Elle avait parlé devant un amphi archi comble de ses conditions de vie, alors même qu'une fatwah avait été lancée contre elle. L'écrivain bangladaise a reçu le 16 novembre 2004 le prix Unesco-Singh, doté de 100 000 dollars, pour la promotion de la tolérance et de la non-violence. Dans cette interview elle analyse l'Islam.
Quelle est la condition de la femme dans votre pays ?
Le Bangladesh est un pays de plus de 130 millions d'habitants, l'un des plus peuplés au monde. 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. 40% de femmes n'ont pas d'accès à l'éducation et aux soins et 80% d'entre elles sont toujours analphabètes ! Même si plus de femmes vont à l'école ou travaillent qu'auparavant, elles souffrent toujours du fondamentalisme islamiste. Les intégristes décrètent des fatwas contre elles, les terrorisent et les empêchent d'avoir accès à l'éducation. Les femmes qui travaillent sont menacées de représailles. Pour les fondamentalistes, la place de la femme est à la maison. Pire encore, le gouvernement bangladais soutient ce fondamentalisme. Il utilise l'islam pour obtenir des suffrages et récolter des voix auprès des personnes analphabètes manipulées par la religion.
Vous ne cessez de dénoncer la condition des femmes musulmanes partout dans le monde. En quoi l'islam serait-il une religion nuisible pour les femmes ?
Les femmes sont oppressées par toutes les religions, y compris l'islam. Les traditions culturelles et les coutumes les asservissent aussi. Je m'attaque à l'islam en particulier, parce que je suis née dans une famille musulmane et que j'ai vécu dans un pays qui applique la charia. J'ai donc personnellement vécu cette oppression et j'ai compris très jeune que l'islam était un outil pour faire perdurer un système patriarcal. Dans le Coran, les femmes ne sont pas traitées comme des êtres humains mais comme des êtres inférieurs et des objets sexuels, condamnés à la servilité. Elles sont réduites à l'esclavage dans un texte qui est vieux de 1 400 ans ! Elles n'ont pas les mêmes droits que les hommes : elles doivent porter le voile, peuvent être battues, n'ont aucun droit sur l'héritage ou encore subissent la polygamie et la répudiation. Si les femmes ne suivent pas les ordres de leurs maris, de leurs frères ou de leurs fils, elles peuvent être battues, lapidées ou rejetées par la société. Le Coran est un livre sacré, mais uniquement pour les hommes ! Il est dit, par exemple, que Dieu donne l'autorité aux hommes sur les femmes. Si les femmes n'obéissent pas à leurs maris, ils sont autorisés à les frapper ! Ce texte est une source d'injustice et de discrimination pour toutes les femmes.
Pensez-vous qu'il faille moderniser le Coran afin de donner plus de droits aux femmes ?
Vous ne pouvez pas réécrire un livre établi en l'an 651 de notre ère ! Les versets du Coran ne peuvent être reformulés, c'est ainsi… Par contre, ce livre doit être considéré comme un simple document historique, écrit il y a mille quatre cents ans. Je pense que le Coran, comme toutes les écritures sacrées, est complètement dépassé aujourd'hui. Nous n'en avons plus besoin pour vivre. A l'époque, ce texte servait de guide pour l'organisation de la société. Mais, aujourd'hui, dans une société moderne, c'est à l'Etat et non à l'Eglise de définir l'organisation de la vie en société. Le Coran doit rester du domaine privé et personnel. C'est pourquoi je me bats pour la sécularisation de la société et la séparation entre l'Eglise et l'Etat dans les pays où le Coran régit encore la vie quotidienne et les affaires personnelles. Le Coran est inutile dans le monde moderne.
Ne pensez-vous pas que la majorité des musulmans sont modérés et tolérants alors que les extrémistes ne représentent qu'une minorité ? Et que l'Islam peut être un mode de vie comme un autre ?
Je ne crois pas que les extrémistes soient une minorité. Au contraire, le fondamentalisme est en plein essor dans les pays islamistes. Les guerres menées en Afghanistan et en Irak sont en train de produire de nouveaux intégristes. Des musulmans qui étaient modérés hier basculent aujourd'hui dans le fondamentalisme en réaction à ce qui est perçu comme une guerre entre l'Occident et l'Orient. L'Ouest doit faire très attention dans sa manière de lutter contre le fondamentalisme. Les guerres ne font qu'amplifier les haines et les fondamentalismes. Pour sortir de l'obscurantisme, c'est de civilisation et d'éducation dont nous avons besoin. Le conflit aujourd'hui n'est pas un conflit entre l'Occident et l'Orient, mais entre le laïcisme et le fondamentalisme, entre l'innovation et la tradition, entre un monde moderne et rationnel et un monde de foi aveugle et irrationnel.
Que pensez-vous de la lutte contre le terrorisme conduite par l'actuelle administration américaine ?
Les Etats-Unis pratiquent aujourd'hui un terrorisme d'Etat. Selon moi, le terrorisme d'Etat est toujours la forme la plus dangereuse de terrorisme. La politique étrangère qu'ils mènent en Afghanistan ou en Irak ressemble à celle qu'ils ont pratiquée dans le passé au Nicaragua, au Chili ou encore aux Philippines.
L'avocate iranienne Shirin Ebadi a reçu le prix Nobel de la paix 2003 pour son action en faveur des droits de l'homme. Selon elle, l'islam est compatible avec les droits de l'homme. Que pensez-vous de sa position ?
Je respecte son opinion et son engagement humaniste. Notre objectif est le même : obtenir l'égalité et la justice pour les femmes. Simplement, nos moyens d'y parvenir sont différents. Pour moi, l'islam est incompatible avec les droits de l'homme et de la femme. Ce n'est pas de l'islam dont nous avons besoin pour lutter contre l'ignorance, mais d'un code civil basé sur l'égalité des sexes et d'une éducation laïque pour tous.
Vous prônez la sécularisation et la séparation de l'Eglise et de l'Etat pour sortir les femmes de la servitude. Seriez-vous favorable à une révolution laïque dans les pays musulmans ?
La grande tragédie de l'humanité, c'est le fait que la moralité ait été récupérée par la religion. Avant la création des religions, la moralité existait déjà. Nous n'avons pas besoin des religions pour être moral. Ma conscience est suffisante pour faire de moi une bonne personne. C'est pourquoi je milite pour une révolution laïque dans mon pays. Je me bats aussi pour toutes les femmes qui sont oppressées partout dans le monde.
Comment ressentez-vous la menace permanente de la mort et l'exil forcé ?
Je me sens en sécurité aujourd'hui. Je voyage beaucoup, entre Stockholm, Calcutta, New York et l'Europe. Quand je me rends dans l'Etat du Bengale-Occidental, en Inde, je bénéficie d'une protection policière. Cela fait maintenant plus de dix ans que je vis en exil. L'isolement, le déracinement culturel et la séparation familiale sont difficiles à vivre. Avec cet exil, j'ai tout perdu : ma famille, ma culture, ma langue, ma société… Je me sens comme une étrangère en Occident, et comme une étrangère dans mon propre pays. Je voudrais pouvoir m'engager dans mon pays pour faire avancer les choses, mais je suis complètement coupée du Bangladesh. J'ai alors réalisé que je devais continuer à écrire pour ne pas laisser les fondamentalistes me faire taire. Je poursuis aujourd'hui mon oeuvre autobiographique, j'écris des tribunes dans les journaux et je soutiens des mouvements pour les droits des femmes partout dans le monde. Mon prochain roman, qui sortira en octobre 2005 en France, portera justement sur les déchirements de l'exil.
Qu'allez-vous faire de votre prix ?
Ce prix redouble mon engagement et ma détermination. Je compte aider les organisations non gouvernementales qui défendent les droits des femmes en Asie. L'espoir réside dans le combat de ces ONG pour donner une vie meilleure aux femmes et les sortir de la servitude. Seule l'éducation pourra changer la vie des femmes.
Le Bangladesh est un pays de plus de 130 millions d'habitants, l'un des plus peuplés au monde. 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. 40% de femmes n'ont pas d'accès à l'éducation et aux soins et 80% d'entre elles sont toujours analphabètes ! Même si plus de femmes vont à l'école ou travaillent qu'auparavant, elles souffrent toujours du fondamentalisme islamiste. Les intégristes décrètent des fatwas contre elles, les terrorisent et les empêchent d'avoir accès à l'éducation. Les femmes qui travaillent sont menacées de représailles. Pour les fondamentalistes, la place de la femme est à la maison. Pire encore, le gouvernement bangladais soutient ce fondamentalisme. Il utilise l'islam pour obtenir des suffrages et récolter des voix auprès des personnes analphabètes manipulées par la religion.
Vous ne cessez de dénoncer la condition des femmes musulmanes partout dans le monde. En quoi l'islam serait-il une religion nuisible pour les femmes ?
Les femmes sont oppressées par toutes les religions, y compris l'islam. Les traditions culturelles et les coutumes les asservissent aussi. Je m'attaque à l'islam en particulier, parce que je suis née dans une famille musulmane et que j'ai vécu dans un pays qui applique la charia. J'ai donc personnellement vécu cette oppression et j'ai compris très jeune que l'islam était un outil pour faire perdurer un système patriarcal. Dans le Coran, les femmes ne sont pas traitées comme des êtres humains mais comme des êtres inférieurs et des objets sexuels, condamnés à la servilité. Elles sont réduites à l'esclavage dans un texte qui est vieux de 1 400 ans ! Elles n'ont pas les mêmes droits que les hommes : elles doivent porter le voile, peuvent être battues, n'ont aucun droit sur l'héritage ou encore subissent la polygamie et la répudiation. Si les femmes ne suivent pas les ordres de leurs maris, de leurs frères ou de leurs fils, elles peuvent être battues, lapidées ou rejetées par la société. Le Coran est un livre sacré, mais uniquement pour les hommes ! Il est dit, par exemple, que Dieu donne l'autorité aux hommes sur les femmes. Si les femmes n'obéissent pas à leurs maris, ils sont autorisés à les frapper ! Ce texte est une source d'injustice et de discrimination pour toutes les femmes.
Pensez-vous qu'il faille moderniser le Coran afin de donner plus de droits aux femmes ?
Vous ne pouvez pas réécrire un livre établi en l'an 651 de notre ère ! Les versets du Coran ne peuvent être reformulés, c'est ainsi… Par contre, ce livre doit être considéré comme un simple document historique, écrit il y a mille quatre cents ans. Je pense que le Coran, comme toutes les écritures sacrées, est complètement dépassé aujourd'hui. Nous n'en avons plus besoin pour vivre. A l'époque, ce texte servait de guide pour l'organisation de la société. Mais, aujourd'hui, dans une société moderne, c'est à l'Etat et non à l'Eglise de définir l'organisation de la vie en société. Le Coran doit rester du domaine privé et personnel. C'est pourquoi je me bats pour la sécularisation de la société et la séparation entre l'Eglise et l'Etat dans les pays où le Coran régit encore la vie quotidienne et les affaires personnelles. Le Coran est inutile dans le monde moderne.
Ne pensez-vous pas que la majorité des musulmans sont modérés et tolérants alors que les extrémistes ne représentent qu'une minorité ? Et que l'Islam peut être un mode de vie comme un autre ?
Je ne crois pas que les extrémistes soient une minorité. Au contraire, le fondamentalisme est en plein essor dans les pays islamistes. Les guerres menées en Afghanistan et en Irak sont en train de produire de nouveaux intégristes. Des musulmans qui étaient modérés hier basculent aujourd'hui dans le fondamentalisme en réaction à ce qui est perçu comme une guerre entre l'Occident et l'Orient. L'Ouest doit faire très attention dans sa manière de lutter contre le fondamentalisme. Les guerres ne font qu'amplifier les haines et les fondamentalismes. Pour sortir de l'obscurantisme, c'est de civilisation et d'éducation dont nous avons besoin. Le conflit aujourd'hui n'est pas un conflit entre l'Occident et l'Orient, mais entre le laïcisme et le fondamentalisme, entre l'innovation et la tradition, entre un monde moderne et rationnel et un monde de foi aveugle et irrationnel.
Que pensez-vous de la lutte contre le terrorisme conduite par l'actuelle administration américaine ?
Les Etats-Unis pratiquent aujourd'hui un terrorisme d'Etat. Selon moi, le terrorisme d'Etat est toujours la forme la plus dangereuse de terrorisme. La politique étrangère qu'ils mènent en Afghanistan ou en Irak ressemble à celle qu'ils ont pratiquée dans le passé au Nicaragua, au Chili ou encore aux Philippines.
L'avocate iranienne Shirin Ebadi a reçu le prix Nobel de la paix 2003 pour son action en faveur des droits de l'homme. Selon elle, l'islam est compatible avec les droits de l'homme. Que pensez-vous de sa position ?
Je respecte son opinion et son engagement humaniste. Notre objectif est le même : obtenir l'égalité et la justice pour les femmes. Simplement, nos moyens d'y parvenir sont différents. Pour moi, l'islam est incompatible avec les droits de l'homme et de la femme. Ce n'est pas de l'islam dont nous avons besoin pour lutter contre l'ignorance, mais d'un code civil basé sur l'égalité des sexes et d'une éducation laïque pour tous.
Vous prônez la sécularisation et la séparation de l'Eglise et de l'Etat pour sortir les femmes de la servitude. Seriez-vous favorable à une révolution laïque dans les pays musulmans ?
La grande tragédie de l'humanité, c'est le fait que la moralité ait été récupérée par la religion. Avant la création des religions, la moralité existait déjà. Nous n'avons pas besoin des religions pour être moral. Ma conscience est suffisante pour faire de moi une bonne personne. C'est pourquoi je milite pour une révolution laïque dans mon pays. Je me bats aussi pour toutes les femmes qui sont oppressées partout dans le monde.
Comment ressentez-vous la menace permanente de la mort et l'exil forcé ?
Je me sens en sécurité aujourd'hui. Je voyage beaucoup, entre Stockholm, Calcutta, New York et l'Europe. Quand je me rends dans l'Etat du Bengale-Occidental, en Inde, je bénéficie d'une protection policière. Cela fait maintenant plus de dix ans que je vis en exil. L'isolement, le déracinement culturel et la séparation familiale sont difficiles à vivre. Avec cet exil, j'ai tout perdu : ma famille, ma culture, ma langue, ma société… Je me sens comme une étrangère en Occident, et comme une étrangère dans mon propre pays. Je voudrais pouvoir m'engager dans mon pays pour faire avancer les choses, mais je suis complètement coupée du Bangladesh. J'ai alors réalisé que je devais continuer à écrire pour ne pas laisser les fondamentalistes me faire taire. Je poursuis aujourd'hui mon oeuvre autobiographique, j'écris des tribunes dans les journaux et je soutiens des mouvements pour les droits des femmes partout dans le monde. Mon prochain roman, qui sortira en octobre 2005 en France, portera justement sur les déchirements de l'exil.
Qu'allez-vous faire de votre prix ?
Ce prix redouble mon engagement et ma détermination. Je compte aider les organisations non gouvernementales qui défendent les droits des femmes en Asie. L'espoir réside dans le combat de ces ONG pour donner une vie meilleure aux femmes et les sortir de la servitude. Seule l'éducation pourra changer la vie des femmes.
Filici ghjorni, happy days, jours heureux
Une excellente interview de Jean-Louis Murat dans 'Le Monde' Dimanche 18 Novembre 2007
Jean-Louis Murat, auteur-compositeur-interprète, publie " Charle et Léo ", des poèmes mis en musique par Léo Ferré, chansons jamais parues. Il est interviewé par par Véronique Mortaigne dans l'édition du 18.11.07. J'aime bien ses propos qui rappelle que souvent la politique habille faussement les êtres. Murat est de gauche mais adopte un ton maurassien pour parler du progrès et de la beauté. Il cite Brett Easton Ellis qui a écrit : "Depuis la nuit des temps, l'Antéchrist cherche un moyen de prendre le pouvoir sur les consciences de l'homme, enfin il y est arrivé avec Internet."
Et je crois que c'est vrai. Internet, sous le couvert d'une immense ouverture et d'un accès à la culture, est une façon de laminer les particularismes, d'uniformiser les cultures et surtout de vendre l'âme de l'humanité aux marchands du temple entièrement dévoués au culte du Veau d'Or. La gratuité artistique est comme la massification sociale. Elle se prétend égalitaire et en fait favorise les projets des grands groupes capitalistes et la plus grande inégalité sociale qui soit. Cette fausse égalité pourrait ainsi s'énoncer: vous êtes tous égaux en tout. Alors ceux qui ne gagnent pas sont mauvais ou paresseux. La vraie égalité serait d'affirmer: nous sommes tous inégaux parce que différents. L'important est que chacun trouve sa place pour être le meilleur dans son domaine d'élection.
La droite fait le jeu des grands groupes qui dominent le monde au nom du libéralisme dont la finalité monopolistique réalisera un jour le rêve du communisme (un seul dirigeant, une seule société etc.. Quant à la gauche enfermée dans ses poncifs du 19ème siècle, elle ne parvient pas à créer un nouveau mode de raisonnement.
V2, maison de disques indépendante à laquelle vous apparteniez, ferme ses portes fin novembre après son rachat par Universal Music. Qu'en pensez-vous ?
Les gros mangent les petits, c'est le capitalisme. Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France, applique la politique des dirigeants et actionnaires de Vivendi, qui espèrent qu'à la sortie de la crise du disque, ils auront absorbé les meilleurs afin d'alimenter en musique SFR, Canal+...
A chaque rachat ou fermeture d'une maison de disques, des gens brillants sont broyés. Et les internautes crient hourra ! J'affirme que la crise du disque est un leurre, elle n'existe pas : l'offre est intacte, la demande croissante. Mais, chaque nuit, dans les hangars de la musique, la moitié du stock est volé. Imaginez la réaction de Renault face à des délinquants qui forceraient la porte quotidiennement pour dérober les voitures !
Des gamins stockent 10 000 chansons sur l'ordinateur familial, après les avoir piquées sur le Net. La société, des députés, des sénateurs trouvent cela vertueux ! Or, c'est un problème moral : tu ne voleras point, apprend-on à nos enfants. En outre, ces rapines via le Net s'effectuent dans l'anonymat. L'écrivain américain Brett Easton Ellis a dit : "Depuis la nuit des temps, l'Antéchrist cherche un moyen de prendre le pouvoir sur les consciences de l'homme, enfin il y est arrivé avec Internet." Le Web rend les gens hypocrites, il incite à prendre des pseudonymes. C'est un monde de délation, intoxiqué de spams et de pubs.
Pourquoi les musiciens et chanteurs ne prennent-ils pas plus fermement position comme vous le faites ?
Chez les artistes, règne l'omerta. Dès qu'ils dénoncent les pratiques de voyou sur Internet, ils sont attaqués par des petits groupes d'internautes ; ceux-ci s'y mettent à une dizaine, se font un plaisir de mettre la totalité de la discographie de l'impétrant à disposition gratuitement, partout, dernier album compris. Ils sont sans visage. Les Arctic Monkeys, en Grande-Bretagne, ont eu recours à des shérifs du Net après s'être fait connaître sur le Web, et les internautes britanniques sont en train de leur faire la peau, au nom de la liberté. Mais quelle liberté veut-on ? Celle de se goinfrer ? Avec des gens qui ont 20 000 titres sur leur disque dur et ne les écoutent jamais ?
Cette conception ultralibéraliste, qui est au-delà de tout système politique, se résume à peu : la goinfrerie. Internet favorise cela : toujours plus de sensations, toujours plus de voyages, de pénis rallongés, toujours plus de ceci, de cela...
Vous avez été pourtant l'un des premiers artistes français à ouvrir un site Internet en 1998 et à y proposer des chansons, des échanges, des liens, des images. N'est-ce pas contradictoire ?
Baudelaire appelait le progrès le paganisme des imbéciles. Tous les acteurs de la musique sont tombés dans le fantasme de la modernité à ce moment-là. Les patrons de maison de disques ne juraient que par le Net sans pour autant comprendre de quoi il s'agissait. Au début, je mettais environ une chanson inédite par semaine à disposition sur mon site, gratuitement. Puis j'ai arrêté. Ces titres étaient téléchargés sans un merci, sans un bonjour, et éventuellement revendus sous forme de compilations payantes dans des conventions de disques. J'ai fait partie des imbéciles qui ont cru aux mirages de l'Internet, et de ce fait à la bonté naturelle de l'homme, à l'échange communautaire. L'homme a travaillé le fer pas seulement pour les charrues, mais aussi pour les épées, idem avec les atomes et le Net.
La gratuité sur Internet est-elle la seule cause de l'effondrement des ventes de disques ? Le déficit d'image d'une industrie habituée au court terme y est-elle pour quelque chose ?
Evidemment, 90 % de notre métier est fait par des gens formidables, des musiciens, des tourneurs, des ingénieurs du son, des attachés de presse, des artistes, des passionnés ! Mais l'image qui est passée dans le public est celle de ses patrons, arrivés là à cause de l'argent facile, de l'épate, du look. Le triomphe du petit bourgeois snobinard et de la fanfaronnade ! Nicolas Sarkozy ressemble tout à fait à un patron de maison de disques.
J'ai toujours été sidéré de voir comment l'industrie musicale attirait les médiocres à sa tête. Des médiocres qui dirigent des sociétés de taille modeste, sur le plan de l'économie mondiale, mais dont les émoluments s'alignent sur ceux des groupes multinationaux et consomment 80 % de la masse salariale dans les petites structures. Et les parachutes dorés ! Quand on licencie une centaine de salariés dans une maison de disques, comme chez EMI France par exemple, c'est en grande partie pour payer les indemnités du patron, c'est scandaleux.
La gratuité n'est-elle pas le meilleur moyen de démocratiser la culture ?
C'est une blague ! Cela nous tue. La démocratisation, c'est à l'école maternelle qu'elle doit être ancrée. Une fois les bases et l'envie acquises, chacun peut faire son choix. Par ailleurs, je ne suis pas démocrate, je suis happy few. La culture est le fait d'une minorité, d'une élite qui fait des efforts. Attention, pas une élite sociale ! La femme de ménage ou le facteur sont absolument capables de sentiment artistique. Mais la démocratisation, pour moi c'est le concours de l'Eurovision : chaque pays envoie son artiste fétiche. Et là, comme disait Baudelaire, la démocratie, c'est la tyrannie des imbéciles. Sur MySpace, vous allez voir 45 000 nigauds, les 45 000 artistes ratés qui ont ouvert leur page - j'y suis aussi, parce que sinon on me vole mon nom.
Qu'est-ce qu'un artiste raté ?
C'est celui ou celle qui fait la moitié du chemin, sans rien sacrifier. Le monde est plein d'artistes qui ne le sont que six heures par semaine, du samedi matin au dimanche soir. Ils sont d'une arrogance, ils veulent tout arracher ! Alors qu'être artiste, c'est un engagement total, où tous les risques sont pris. C'est une décision à laquelle on se tient. Quitte à dormir dehors, à vivre autrement. Tout le monde a en soi des capacités créatives, cela n'en fait pas un artiste pour autant. Etre artiste, c'est une affaire de vocation et de discipline, une discipline de fer. Etre artiste, c'est du travail, du travail, du travail et encore du travail.
Vous vivez et travaillez dans le Puy-de-Dôme, dans une ancienne ferme des environs de Clermont-Ferrand. Qu'y trouvez-vous ?
J'y ai mon studio d'enregistrement, et des conditions de travail idéales. Je vois très peu de gens... le facteur... Là-haut, la vie est frugale, on finit tout, on n'achète presque rien. Le pain dur est gardé pour la soupe du soir. Dans la nature, l'oubli de soi est plus facile, on va le matin aux champignons, on s'assied pour casser la croûte, on a ramassé un kilo de cèpes, voilà. On refait une clôture, on est dans le présent. Or, être dans le présent est la condition de la paix intérieure. Moi, j'aime aussi les activités qui ne laissent pas de place à la réflexion. Jouer des instruments, faire des prises de son. S'aménager une vie de travail. Car, à part aimer, travailler est la chose la plus belle à faire dans la vie.
Baudelaire parlait beaucoup de l'obligation de productivité du poète. En trois ans, Rimbaud a écrit l'équivalent de quinze disques ! Le mot qui revient le plus souvent dans sa correspondance avec sa mère et sa soeur, c'est "paysan". Il voulait l'être, il avait tous les catalogues de Manufrance, et mettait de l'argent à gauche pour cela.
Vous venez de publier Charles et Léo, des poèmes extraits des Fleurs du Mal, paru il y a cent cinquante ans, sur des ébauches musicales de Léo Ferré. Est-ce toujours d'actualité ?
Tout le monde se moque de la poésie, non ? Moi, je l'ai toujours aimée. Nous avons développé des personnalités a-poétiques. Un penchant poétique, c'est un penchant pour une langue, une métrique, des rimes riches. Là, en ce moment, on nous regarde de travers, parce que la poésie est la langue de la patience. Et dès que l'on pense poésie, le chaos insupportable dans lequel nous sommes plongés nous saute à la figure. Au XIXe siècle, quand Baudelaire écrit, se met en place un monde du progrès collectif, global, pas individuel. Il en ressort un profond sentiment d'étrangeté, d'ennui, car l'individu un peu marginal qu'il est, un beau rentier qui s'ennuie, ne trouve plus sa place.
Un chanteur est-il aussi un poète ?
La chanson est née avant l'écriture. C'est une survivance de la culture classique. Dans le rock, la confusion entre poésie et romantisme a été poussée au maximum - il y a aussi beaucoup cette image : le poète est romantique, qui est fausse. Le monde bourgeois du XIXe siècle a défini le poète comme un excentrique, un romantique, un mec qui se défonce.
Dans le rock, l'imagerie romantique nous colle aux basques. Soit dit en passant, Pete Doherty aujourd'hui ne se défonce pas plus que Baudelaire hier, au vin, à l'opium, à l'absinthe... En comparant des gravures de Victor Hugo, Gérard de Nerval, Alfred de Vigny, avec des posters des rockers des années 1970, c'est frappant. Regardez le chanteur Jeff Buckley avant sa mort en 1997, ou Cliff Richard en 1972 : le look négligé calculé, être entre l'animal et l'ange.
Rimbaud et Baudelaire disaient que la poésie ne servait à rien. Alors, il faut avoir assez de force de caractère pour faire les choses tout en sachant qu'elles ne servent à rien. Il faut une vertu supérieure pour tenir contre l'"à quoi bon ?". Il faut faire, faire. C'est essentiel.
Les gros mangent les petits, c'est le capitalisme. Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France, applique la politique des dirigeants et actionnaires de Vivendi, qui espèrent qu'à la sortie de la crise du disque, ils auront absorbé les meilleurs afin d'alimenter en musique SFR, Canal+...
A chaque rachat ou fermeture d'une maison de disques, des gens brillants sont broyés. Et les internautes crient hourra ! J'affirme que la crise du disque est un leurre, elle n'existe pas : l'offre est intacte, la demande croissante. Mais, chaque nuit, dans les hangars de la musique, la moitié du stock est volé. Imaginez la réaction de Renault face à des délinquants qui forceraient la porte quotidiennement pour dérober les voitures !
Des gamins stockent 10 000 chansons sur l'ordinateur familial, après les avoir piquées sur le Net. La société, des députés, des sénateurs trouvent cela vertueux ! Or, c'est un problème moral : tu ne voleras point, apprend-on à nos enfants. En outre, ces rapines via le Net s'effectuent dans l'anonymat. L'écrivain américain Brett Easton Ellis a dit : "Depuis la nuit des temps, l'Antéchrist cherche un moyen de prendre le pouvoir sur les consciences de l'homme, enfin il y est arrivé avec Internet." Le Web rend les gens hypocrites, il incite à prendre des pseudonymes. C'est un monde de délation, intoxiqué de spams et de pubs.
Pourquoi les musiciens et chanteurs ne prennent-ils pas plus fermement position comme vous le faites ?
Chez les artistes, règne l'omerta. Dès qu'ils dénoncent les pratiques de voyou sur Internet, ils sont attaqués par des petits groupes d'internautes ; ceux-ci s'y mettent à une dizaine, se font un plaisir de mettre la totalité de la discographie de l'impétrant à disposition gratuitement, partout, dernier album compris. Ils sont sans visage. Les Arctic Monkeys, en Grande-Bretagne, ont eu recours à des shérifs du Net après s'être fait connaître sur le Web, et les internautes britanniques sont en train de leur faire la peau, au nom de la liberté. Mais quelle liberté veut-on ? Celle de se goinfrer ? Avec des gens qui ont 20 000 titres sur leur disque dur et ne les écoutent jamais ?
Cette conception ultralibéraliste, qui est au-delà de tout système politique, se résume à peu : la goinfrerie. Internet favorise cela : toujours plus de sensations, toujours plus de voyages, de pénis rallongés, toujours plus de ceci, de cela...
Vous avez été pourtant l'un des premiers artistes français à ouvrir un site Internet en 1998 et à y proposer des chansons, des échanges, des liens, des images. N'est-ce pas contradictoire ?
Baudelaire appelait le progrès le paganisme des imbéciles. Tous les acteurs de la musique sont tombés dans le fantasme de la modernité à ce moment-là. Les patrons de maison de disques ne juraient que par le Net sans pour autant comprendre de quoi il s'agissait. Au début, je mettais environ une chanson inédite par semaine à disposition sur mon site, gratuitement. Puis j'ai arrêté. Ces titres étaient téléchargés sans un merci, sans un bonjour, et éventuellement revendus sous forme de compilations payantes dans des conventions de disques. J'ai fait partie des imbéciles qui ont cru aux mirages de l'Internet, et de ce fait à la bonté naturelle de l'homme, à l'échange communautaire. L'homme a travaillé le fer pas seulement pour les charrues, mais aussi pour les épées, idem avec les atomes et le Net.
La gratuité sur Internet est-elle la seule cause de l'effondrement des ventes de disques ? Le déficit d'image d'une industrie habituée au court terme y est-elle pour quelque chose ?
Evidemment, 90 % de notre métier est fait par des gens formidables, des musiciens, des tourneurs, des ingénieurs du son, des attachés de presse, des artistes, des passionnés ! Mais l'image qui est passée dans le public est celle de ses patrons, arrivés là à cause de l'argent facile, de l'épate, du look. Le triomphe du petit bourgeois snobinard et de la fanfaronnade ! Nicolas Sarkozy ressemble tout à fait à un patron de maison de disques.
J'ai toujours été sidéré de voir comment l'industrie musicale attirait les médiocres à sa tête. Des médiocres qui dirigent des sociétés de taille modeste, sur le plan de l'économie mondiale, mais dont les émoluments s'alignent sur ceux des groupes multinationaux et consomment 80 % de la masse salariale dans les petites structures. Et les parachutes dorés ! Quand on licencie une centaine de salariés dans une maison de disques, comme chez EMI France par exemple, c'est en grande partie pour payer les indemnités du patron, c'est scandaleux.
La gratuité n'est-elle pas le meilleur moyen de démocratiser la culture ?
C'est une blague ! Cela nous tue. La démocratisation, c'est à l'école maternelle qu'elle doit être ancrée. Une fois les bases et l'envie acquises, chacun peut faire son choix. Par ailleurs, je ne suis pas démocrate, je suis happy few. La culture est le fait d'une minorité, d'une élite qui fait des efforts. Attention, pas une élite sociale ! La femme de ménage ou le facteur sont absolument capables de sentiment artistique. Mais la démocratisation, pour moi c'est le concours de l'Eurovision : chaque pays envoie son artiste fétiche. Et là, comme disait Baudelaire, la démocratie, c'est la tyrannie des imbéciles. Sur MySpace, vous allez voir 45 000 nigauds, les 45 000 artistes ratés qui ont ouvert leur page - j'y suis aussi, parce que sinon on me vole mon nom.
Qu'est-ce qu'un artiste raté ?
C'est celui ou celle qui fait la moitié du chemin, sans rien sacrifier. Le monde est plein d'artistes qui ne le sont que six heures par semaine, du samedi matin au dimanche soir. Ils sont d'une arrogance, ils veulent tout arracher ! Alors qu'être artiste, c'est un engagement total, où tous les risques sont pris. C'est une décision à laquelle on se tient. Quitte à dormir dehors, à vivre autrement. Tout le monde a en soi des capacités créatives, cela n'en fait pas un artiste pour autant. Etre artiste, c'est une affaire de vocation et de discipline, une discipline de fer. Etre artiste, c'est du travail, du travail, du travail et encore du travail.
Vous vivez et travaillez dans le Puy-de-Dôme, dans une ancienne ferme des environs de Clermont-Ferrand. Qu'y trouvez-vous ?
J'y ai mon studio d'enregistrement, et des conditions de travail idéales. Je vois très peu de gens... le facteur... Là-haut, la vie est frugale, on finit tout, on n'achète presque rien. Le pain dur est gardé pour la soupe du soir. Dans la nature, l'oubli de soi est plus facile, on va le matin aux champignons, on s'assied pour casser la croûte, on a ramassé un kilo de cèpes, voilà. On refait une clôture, on est dans le présent. Or, être dans le présent est la condition de la paix intérieure. Moi, j'aime aussi les activités qui ne laissent pas de place à la réflexion. Jouer des instruments, faire des prises de son. S'aménager une vie de travail. Car, à part aimer, travailler est la chose la plus belle à faire dans la vie.
Baudelaire parlait beaucoup de l'obligation de productivité du poète. En trois ans, Rimbaud a écrit l'équivalent de quinze disques ! Le mot qui revient le plus souvent dans sa correspondance avec sa mère et sa soeur, c'est "paysan". Il voulait l'être, il avait tous les catalogues de Manufrance, et mettait de l'argent à gauche pour cela.
Vous venez de publier Charles et Léo, des poèmes extraits des Fleurs du Mal, paru il y a cent cinquante ans, sur des ébauches musicales de Léo Ferré. Est-ce toujours d'actualité ?
Tout le monde se moque de la poésie, non ? Moi, je l'ai toujours aimée. Nous avons développé des personnalités a-poétiques. Un penchant poétique, c'est un penchant pour une langue, une métrique, des rimes riches. Là, en ce moment, on nous regarde de travers, parce que la poésie est la langue de la patience. Et dès que l'on pense poésie, le chaos insupportable dans lequel nous sommes plongés nous saute à la figure. Au XIXe siècle, quand Baudelaire écrit, se met en place un monde du progrès collectif, global, pas individuel. Il en ressort un profond sentiment d'étrangeté, d'ennui, car l'individu un peu marginal qu'il est, un beau rentier qui s'ennuie, ne trouve plus sa place.
Un chanteur est-il aussi un poète ?
La chanson est née avant l'écriture. C'est une survivance de la culture classique. Dans le rock, la confusion entre poésie et romantisme a été poussée au maximum - il y a aussi beaucoup cette image : le poète est romantique, qui est fausse. Le monde bourgeois du XIXe siècle a défini le poète comme un excentrique, un romantique, un mec qui se défonce.
Dans le rock, l'imagerie romantique nous colle aux basques. Soit dit en passant, Pete Doherty aujourd'hui ne se défonce pas plus que Baudelaire hier, au vin, à l'opium, à l'absinthe... En comparant des gravures de Victor Hugo, Gérard de Nerval, Alfred de Vigny, avec des posters des rockers des années 1970, c'est frappant. Regardez le chanteur Jeff Buckley avant sa mort en 1997, ou Cliff Richard en 1972 : le look négligé calculé, être entre l'animal et l'ange.
Rimbaud et Baudelaire disaient que la poésie ne servait à rien. Alors, il faut avoir assez de force de caractère pour faire les choses tout en sachant qu'elles ne servent à rien. Il faut une vertu supérieure pour tenir contre l'"à quoi bon ?". Il faut faire, faire. C'est essentiel.
Filici ghjorni, happy days, jours heureux
La planète des singes Mercredi 14 Novembre 2007
New Delhi est secouée depuis quelques jours par des attaques de horde de singes sauvages qui ont déjà provoqué la mort du maire adjoint de la capitale indienne et fait des dizaines de blessés, mais la municipalité es désarmée face à cette offensive simien
Les derniers incidents remontent au début de la semaine. Six personnes ont été mordues lundi dans un quartier défavorisé de New Delhi, tandis qu'en plein centre de la capitale fédérale un singe a réussi à s'introduire dans la résidence de Priyanka Gandhi, la fille de Sonia Gandhi, présidente du parti du Congrès au pouvoir en Inde. En mai, les députés fédéraux ont même demandé à être protégés de ces animaux qui envahissent souvent le parlement, les ministères.
Ces agressions avaient viré au tragique dimanche avec la mort du maire adjoint de New Delhi. S.S. Bajwa, 52 ans, avait été attaqué à son domicile par une horde de ces singes sauvages et avait tenté de leur échapper en se réfugiant sur sa terrasse. Mais il est tombé, et il en est mort : grièvement blessé à la tête dans cette chute, il a succombé quelques heures plus tard.
Ironie du sort, S.S. Bajwa, qui avait été élu maire adjoint début 2007, était membre du principal parti indien d'opposition, le Bharatiya Janata Party (BJP, nationaliste hindou). Et c'est ce parti qui est accusé par des tribunaux de ne pas faire assez pour débarrasser la capitale de la présence des singes sauvages parce qu'ils seraient la réincarnation du dieu Hanuman.
Au cours du week-end dernier, une femme a été grièvement blessée et une vingtaine d'autres personnes ont été soignées dans l'est de Delhi pour des morsures de singes.Les assaillants n'étaient autres que trois ou quatre macaques particulièrement agressifs.
Depuis des décennies, 10.000 à 20.000 singes sauvages se promènent en toute liberté dans les rues de Delhi. Ces simiens envahissent régulièrement les ministères, les tribunaux, les commissariats de police ou les hôpitaux et, en quête de nourriture, sèment parfois la panique dans des quartiers d'habitations.
Depuis, le maire de New Delhi reconnaît que la bataille contre les singes sauvages est perdue d'avance. «Nous n'avons ni l'expertise, ni les infrastructures» pour les capturer et les domestiquer, déplore Aarti Mehra. Mais tuer des singes est interdit pour les hindous qui vénèrent Hanuman un dieu-singe qui symbolise la force. Commandant en chef de l'armée des Singes, allié du roi Râma, héros du Râmâyana, dans sa lutte contre le roi Râvana, qui avait enlevé Sîtâ; modèle du parfait serviteur et dévot, Hanuman fait à son tour l'objet d'une grande dévotion en Inde. Il est fréquemment représenté dans les temples, en particulier au Tamil Nadu. Hanuman, doté d'une force prodigieuse, est le fils du dieu du Vent Vayu.
Le ministère de la Défense a donc introduit une autre race de singes particulièrement féroces, les langurs, qui ont été dressés dans des installations militaires à New Delhi pour qu'ils attaquent les singes sauvages. Mais une question taraude les autorités: et si les deux races de singes s'allaient contre les hommes?
Animaux de tous les pays, unissez-vous contre la tyrannie de l'homme. Vous n'avez que vos chaînes à perdre.
Ces agressions avaient viré au tragique dimanche avec la mort du maire adjoint de New Delhi. S.S. Bajwa, 52 ans, avait été attaqué à son domicile par une horde de ces singes sauvages et avait tenté de leur échapper en se réfugiant sur sa terrasse. Mais il est tombé, et il en est mort : grièvement blessé à la tête dans cette chute, il a succombé quelques heures plus tard.
Ironie du sort, S.S. Bajwa, qui avait été élu maire adjoint début 2007, était membre du principal parti indien d'opposition, le Bharatiya Janata Party (BJP, nationaliste hindou). Et c'est ce parti qui est accusé par des tribunaux de ne pas faire assez pour débarrasser la capitale de la présence des singes sauvages parce qu'ils seraient la réincarnation du dieu Hanuman.
Au cours du week-end dernier, une femme a été grièvement blessée et une vingtaine d'autres personnes ont été soignées dans l'est de Delhi pour des morsures de singes.Les assaillants n'étaient autres que trois ou quatre macaques particulièrement agressifs.
Depuis des décennies, 10.000 à 20.000 singes sauvages se promènent en toute liberté dans les rues de Delhi. Ces simiens envahissent régulièrement les ministères, les tribunaux, les commissariats de police ou les hôpitaux et, en quête de nourriture, sèment parfois la panique dans des quartiers d'habitations.
Depuis, le maire de New Delhi reconnaît que la bataille contre les singes sauvages est perdue d'avance. «Nous n'avons ni l'expertise, ni les infrastructures» pour les capturer et les domestiquer, déplore Aarti Mehra. Mais tuer des singes est interdit pour les hindous qui vénèrent Hanuman un dieu-singe qui symbolise la force. Commandant en chef de l'armée des Singes, allié du roi Râma, héros du Râmâyana, dans sa lutte contre le roi Râvana, qui avait enlevé Sîtâ; modèle du parfait serviteur et dévot, Hanuman fait à son tour l'objet d'une grande dévotion en Inde. Il est fréquemment représenté dans les temples, en particulier au Tamil Nadu. Hanuman, doté d'une force prodigieuse, est le fils du dieu du Vent Vayu.
Le ministère de la Défense a donc introduit une autre race de singes particulièrement féroces, les langurs, qui ont été dressés dans des installations militaires à New Delhi pour qu'ils attaquent les singes sauvages. Mais une question taraude les autorités: et si les deux races de singes s'allaient contre les hommes?
Animaux de tous les pays, unissez-vous contre la tyrannie de l'homme. Vous n'avez que vos chaînes à perdre.
Filici ghjorni, happy days, jours heureux
Sarkozy, les cons et les Bretons Samedi 10 Novembre 2007
C'est Libé qui révèle le fond de la pensée sarkozyste: "une lutte acharnée contre les cons" les cons étant bien entendu tous les autres. C'est à ce niveau que se rejoigne les deux courants de la pensée française: celle incarnée par Galouzeau de Villepin et celle incarnée par Sarkozy de Nagzy Bocsa. Qu'est-ce qui les différencie profondément si ce n'est la certitude de ne pas être son propre con?
Mardi, lors d'une rencontre avec le pêcheurs du port de pêche du Guilvinec, le président a reçu un accueil difficile et mouvementé, filmé par les caméras de télévision. Sur une autre video:, on voit Nicolas Sarkozy dire à un pêcheur «Je vous amène le beau temps" sentence assez banale ma foi. Ce à quoi le pêcheur lui répond.» «En Bretagne, il pleut que sur les cons !» . Le président hésite puis lance: «il doit pleuvoir souvent alors.» Grosse vexation du pêcheur qui rétorque: «Ça veut dire quoi? Que les Bretons sont des cons ?» «Non, ça veut dire qu'il y en a et que j'en connais», se rattrape Nicolas Sarkozy un peu merdouillant.
Mais à en croire le livre de Yasmina Reza sur la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, «L'aube le soir ou la nuit», le président avait déjà une dent contre la Bretagne. «Je me fous des Bretons. Je vais être au milieu de dix connards en train de regarder une carte», aurait-il déclaré lors d'un déplacement dans un centre radar des côtes bretonnes... Belle considération pour les régions. Au moins chez nous en Corse, il a décrit un peuple corse idéalisé qui n'existe que dans ses rêves. Mais il nous a respecté. Et toc…
Au-delà de ces mots un peu vain, il est tout de même surprenant que le petit grand homme de Neuilly n'ait pas les nerfs assez solide pour masquer son mépris pour des tranches entières du pays qu'il gouverne. Villepin portait en lui la même morgue. Mais il a eu l'intelligence de ne pas devenir le roi des cons. Mais qu'il ne s'inquiète pas: bientôt les cons vont descendre dans la rue.
Mais à en croire le livre de Yasmina Reza sur la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, «L'aube le soir ou la nuit», le président avait déjà une dent contre la Bretagne. «Je me fous des Bretons. Je vais être au milieu de dix connards en train de regarder une carte», aurait-il déclaré lors d'un déplacement dans un centre radar des côtes bretonnes... Belle considération pour les régions. Au moins chez nous en Corse, il a décrit un peuple corse idéalisé qui n'existe que dans ses rêves. Mais il nous a respecté. Et toc…
Au-delà de ces mots un peu vain, il est tout de même surprenant que le petit grand homme de Neuilly n'ait pas les nerfs assez solide pour masquer son mépris pour des tranches entières du pays qu'il gouverne. Villepin portait en lui la même morgue. Mais il a eu l'intelligence de ne pas devenir le roi des cons. Mais qu'il ne s'inquiète pas: bientôt les cons vont descendre dans la rue.
Filici ghjorni, happy days, jours heureux
Sarkozy aborde le conflit social en position de faiblesse Vendredi 09 Novembre 2007
Alors que la grève dans les universités s'étend, la France s'apprête à vivre un blocage dans les transports et une grève reconductible à partir du 14 novembre. Or le président Sarkozy aborde ce conflit en mauvaise posture.
Nicolas Sarkozy doit rêver du 20 novembre et de ses suites rapides. ce jour-là le président vénézuélien Chavez vient à Paris avec vraisemblablement dans ses bagages la preuve qu'Ingrid Betancourt est vivante. Sa libération rapide pourrait l'aider à se sortir d'un mouvement social qui s'annonce rude.
En premier lieu, les déclarations va-t-en guerre d'un premier ministre qui peine à exister dans l'ombre du président a considérablement réduit les marges de discussions avec les syndicats. La stratégie sarkozyste a consisté jusqu'à aujourd'hui à tronçonner le mouvement de protestation, à circonvenir ses éléments les plus faibles et à isoler les plus radicaux. Mais cela demande d'avoir du répondant en matière de propositions. Là, François Fillon vient d'annoncer qu'il n'avait plus rien à proposer. Dans les universités, l'appel de Valérie Pécresse aux étudiants non-grévistes, la déclaration des présidents dénonçant le "noyautage" des AG par l'extrême-gauche (comme si c'était nouveau) sonnent comme un tocsin un peu désespérée.
Les syndicats n'ont plus rien à perdre et se battront le dos au mur. Autant dire que le mouvement risque d'être dur et peut être long. La RATP a décidé d'y aller aussi. Gros problèmes pour les centrales: les coordinations et SUD drainent de plus en plus de mécontents. Pour ne pas rater le train en marche, les confédés doivent apparaître plus royalistes que le roi. Coup de malchance les propositions de Sarkozy en direction des pêcheurs sont retoquées par Bruxelles. Et les exigences de ces derniers ont fait tâche d'huile. Il n'y a donc plus d'autres solutions que de réduire la taxe sur les produits pétroliers contredisant ainsi les propos extrêmement fermes de la ministre des Finances. C'est le bordel…
Selon de multiples indiscrétions concordantes le président est déprimé. Il ne parvient pas à dépasser son divorce et commence à se rendre compte que l'Elysée c'est beaucoup d'ennuis dans tous les sens du terme, alors que lui rêvait d'une chevauchée fantastique avec sa belle. Par conséquent, dès que quelque chose bouge à l'extérieur, il bondit sur le prétexte et s'envole pour le Tchad, Washington et peut-être bientôt le Groenland, Ushuaia… En moins de six mois, Sarkozy s'est non seulement démonaitisé mais il a réussi le coup de force à griller les fusibles de son gouvernement.
Or un conflit social demande d'excellents ministres et des nerfs d'acier. Si à chaque manif il se retrouve casqué et armé à insulter les protestataires, nous voilà mal barrés. D'autant que les mauvais chiffres se multiplient. Derniers en date : le déficit commercial qui se creuse de manière abysssale. La France est en train de quitter les rivages de la production pour se retrouver dans la haute mer de la seule consommation. Un tel périple à une fin: cela s'appelle la faillite. Crise sociale et faillite: tout cela sent le sapin.
En premier lieu, les déclarations va-t-en guerre d'un premier ministre qui peine à exister dans l'ombre du président a considérablement réduit les marges de discussions avec les syndicats. La stratégie sarkozyste a consisté jusqu'à aujourd'hui à tronçonner le mouvement de protestation, à circonvenir ses éléments les plus faibles et à isoler les plus radicaux. Mais cela demande d'avoir du répondant en matière de propositions. Là, François Fillon vient d'annoncer qu'il n'avait plus rien à proposer. Dans les universités, l'appel de Valérie Pécresse aux étudiants non-grévistes, la déclaration des présidents dénonçant le "noyautage" des AG par l'extrême-gauche (comme si c'était nouveau) sonnent comme un tocsin un peu désespérée.
Les syndicats n'ont plus rien à perdre et se battront le dos au mur. Autant dire que le mouvement risque d'être dur et peut être long. La RATP a décidé d'y aller aussi. Gros problèmes pour les centrales: les coordinations et SUD drainent de plus en plus de mécontents. Pour ne pas rater le train en marche, les confédés doivent apparaître plus royalistes que le roi. Coup de malchance les propositions de Sarkozy en direction des pêcheurs sont retoquées par Bruxelles. Et les exigences de ces derniers ont fait tâche d'huile. Il n'y a donc plus d'autres solutions que de réduire la taxe sur les produits pétroliers contredisant ainsi les propos extrêmement fermes de la ministre des Finances. C'est le bordel…
Selon de multiples indiscrétions concordantes le président est déprimé. Il ne parvient pas à dépasser son divorce et commence à se rendre compte que l'Elysée c'est beaucoup d'ennuis dans tous les sens du terme, alors que lui rêvait d'une chevauchée fantastique avec sa belle. Par conséquent, dès que quelque chose bouge à l'extérieur, il bondit sur le prétexte et s'envole pour le Tchad, Washington et peut-être bientôt le Groenland, Ushuaia… En moins de six mois, Sarkozy s'est non seulement démonaitisé mais il a réussi le coup de force à griller les fusibles de son gouvernement.
Or un conflit social demande d'excellents ministres et des nerfs d'acier. Si à chaque manif il se retrouve casqué et armé à insulter les protestataires, nous voilà mal barrés. D'autant que les mauvais chiffres se multiplient. Derniers en date : le déficit commercial qui se creuse de manière abysssale. La France est en train de quitter les rivages de la production pour se retrouver dans la haute mer de la seule consommation. Un tel périple à une fin: cela s'appelle la faillite. Crise sociale et faillite: tout cela sent le sapin.
Filici ghjorni, happy days, jours heureux
Le nouveau numéro un de la mafia, Lo Piccolo, arrêté Mardi 06 Novembre 2007
a police italienne a arrêté lundi 5 novembre deux membres importants de la mafia en cavale dont Salvatore Lo Piccolo, successeur de l'ancien chef suprême de Cosa Nostra, Bernardo Provenzano, incarcéré depuis 2006, ont annoncé les autorités.
Salvatore Lo Piccolo et son fils Sandro ont été arrêtés au petit jour dans un raid de la police près de Palerme en Sicile. Deux autres chefs locaux notoires ont également été interpellés. Lo Piccolo, 65 ans, en fuite depuis 23 ans, est considéré comme le nouveau chef de Cosa Nostra, après avoir réussi à évincer Matteo Messina Denaro, qui était en concurrence avec lui pour succéder à Provenzano.
"C'est au tour des Piccolo"
Une quarantaine de policiers, qui ont tiré plusieurs coups de feu, ont fait irruption dans une maison de campagne à Giardinello, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Palerme, où étaient réunis les quatre mafieux présumés, selon l'Ansa.
Les médias italiens n'ont pas signalé de blessés dans le raid.
Les quatre hommes, tous armés au moment de leur arrestation, figurent sur la liste des 30 personnes les plus recherchées d'Italie.
Outre Salvatore Lo Piccolo, il s'agit de son fils Sandro, en fuite depuis dix ans, d'Andrea Adamo et de Gaspare Pulizzi, selon l'Ansa.
De l'argent et des armes ont été découverts dans la maison où avait lieu la réunion.
"Après Provenzano, c'est au tour des Piccolo", a souligné le chef de la police de Palerme Giuseppe Caruso à l'agence italienne ANSA. "Nous étions à leur recherche depuis longtemps et c'est un excellent résultat".
Provenzano arrêté après 43 ans de cavale
Il s'agit de l'un des coups les plus durs portés à la mafia italienne depuis l'arrestation de l'ex-parrain de la mafia sicilienne Bernardo Provenzano.
La police pense que Lo Piccolo, qui est âgé d'une soixantaine d'années, était pressenti pour devenir après Provenzano le "capo di capi" -le chef de tous les chefs- de Cosa Nostra. Provenzano avait été arrêté en avril 2006 dans une ferme délâbrée de sa ville natale de Corléone en Sicile après 43 ans de cavale. Le chiffre d'affaires des mafias italiennes, dont Cosa Nostra est l'une des plus puissantes, s'élève à 90 milliards d'euros, soit l'équivalent de 7% du produit intérieur brut (PIB) de l'Italie, selon une récente étude publiée par l'association d'entrepreneurs et de commerçants italiens Confesercenti.
Sicile
Les nouvelles règles du racket par Dominique Dunglas publié dans Le Point le 4 octobre 2007
« L'entreprise Guajana existe à Palerme depuis 1875 et elle n'a jamais cédé au racket. En 1955, Cosa Nostra nous a incendié un entrepôt, mais mon père a dénoncé les racketteurs et ils ont été condamnés. Aujourd'hui, l'histoire se répète. » Sous escorte policière vingt-quatre heures sur vingt-quatre, Rodolfo Guajana arpente avec rage les décombres de ce qui fut un dépôt de quincaillerie en gros. Deux mille mètres carrés de bâtiments et 1,5 million d'euros de marchandises ont brûlé le 31 juillet. Seul un miracle a empêché que l'incendie se propage au dépôt de peintures et s'étende à tout le quartier San Lorenzo.
Pourtant, Rodolfo Guajana avait pris des précautions. Jamais il ne répondait au téléphone sans connaître l'identité de son interlocuteur. Un filtre pour empêcher le pizzo -racket en italien - de lui arriver directement. Il y a trois ans, il avait installé des herses devant les grilles de ses dépôts à la suite d'une tentative d'assaut avec un camion-bélier. Mais, récemment, les menaces s'étaient faites plus précises. En décembre 2006, les serrures avaient été scellées par de la colle ultraforte et un bidon d'essence avec un briquet avaient été retrouvés dans l'enceinte de l'entreprise. Deux avertissements sans équivoque possible dans le code de Cosa Nostra.
Rodolfo avait dénoncé ces intimidations. Il en a payé le prix. Et il n'est pas le seul. Depuis quelques mois, les actes de violence se multiplient à Palerme et dans toute la Sicile contre des commerçants et des entrepreneurs qui refusent de payer le pizzo. A Catane, quatre bulldozers de l'entreprise Vecchio ont été dynamités ; deux pompes à essence ont brûlé à Palerme ; le président de la chambre de commerce de Caltanissetta a reçu deux balles de revolver dans une enveloppe, un message à prendre on ne peut plus au sérieux en terre mafieuse ; à Mondello, le géomètre d'une entreprise de travaux publics a été tabassé pour inciter son patron à rentrer dans le rang. Le tam-tam de la rue confirme l'inquiétude des forces de l'ordre : Cosa Nostra a renforcé le racket. Non seulement le montant des « protections » a augmenté, mais la rébellion n'est plus tolérée.
Dans ce camp retranché que constitue le palais de justice de Palerme, le procureur antimafia Maurizio De Lucia suit tous les dossiers concernant les affaires d'extorsion : « Depuis une quinzaine d'années, le racket s'imposait sans violence. Tout a changé il y a quelques mois. Les prétendants à la succession de Bernardo Provenzano [l'ex-patron de Cosa Nostra] ont besoin de s'affirmer au sein de l'organisation et vis-à-vis des commerçants qui seraient tentés de s'affranchir du pizzo. La Mafia repose sur trois piliers : un chef, des règles et le contrôle du territoire. Celui-ci se gagne à travers l'imposition du pizzo. Même quand Cosa Nostra gagnait des sommes folles avec le trafic d'héroïne, elle a continué à imposer le racket, qui rapportait très peu au regard de la drogue. »
Le 21 août 1991 constitue un tournant dans l'histoire contemporaine du racket en Sicile. Ce jour-là, l'entrepreneur Libero Grassi, propriétaire palermitain d'une fabrique de sous-vêtements, est assassiné de plusieurs balles de 357 magnum. Grassi avait refusé d'acquitter le pizzo, mais il avait surtout osé publier une lettre ouverte dans laquelle il engageait ses pairs à l'imiter. Une lettre restée sans réponse. Les organisations patronales et les syndicats de commerçants - qui ont brillé par leur absence le jour de ses obsèques - l'avaient engagé à « s'occuper de ses affaires » et Grassi, abandonné de tous, fut une proie facile pour les sicaires de Cosa Nostra.
« Après la mort de Libero, ç'a été le vide total, le silence, comme si le pizzo avait disparu », se souvient aujourd'hui son épouse, Tina. « Cosa Nostra est violente mais réaliste et parfois élastique, confirme le procureur De Lucia. Elle peut accepter qu'un nombre limité d'entrepreneurs se rebellent, mais pas qu'ils se posent en exemple. C'est parce qu'il a témoigné que Grassi a été assassiné. Ce meurtre a donné quinze ans de "paix" à Cosa Nostra sur le front du racket. Pendant des années, dans la province de Palerme, nous n'avons pas enregistré plus d'une dizaine de plaintes par an, alors que 70 % des commerces ou des entreprises payaient. »
Arrivé au sommet de Cosa Nostra après la stratégie guerrière de Toto Riina, Bernardo Provenzano fut également un stratège du « pizzo soft ». Son slogan était « faire payer moins mais les faire payer tous ». Etrangement, la même phrase a été employée par le ministre de l'Economie pour justifier la lutte contre l'évasion fiscale ! La lecture des pizzini , les billets avec lesquels le maître de Cosa Nostra, qui n'a pas touché un téléphone pendant trente ans, communiquait, démontre à quel point le parrain des parrains était attentif au pizzo. Il n'hésitait pas à prendre la plume pour trancher un litige sur une extorsion de quelques milliers d'euros. « Le système était à ce point réglé , explique Maurizio De Lucia, que les commerçants qui ouvraient une activité anticipaient le plus souvent la requête de Cosa Nostra et cherchaient spontanément "l'ami" susceptible de faire l'intermédiaire pour "se mettre en règle". »
Le rapport s'établissait alors sans terreur, comme un échange de faveurs. L'entreprise mettait un pied dans la zone « grise » où il devient difficile de discerner la coercition de la complicité. Quand le commerçant tardait à se mettre en règle, le simple avertissement de la colle dans la serrure suffisait à le convaincre dans 99 % des cas.
Lorsqu'il est arrêté, le 11 avril 2006, Bernardo Provenzano lance à Renato Cortese, le policier qui l'a traqué pendant huit ans : « Vous ne savez pas ce que vous venez de faire ! » Cette phrase prend aujourd'hui tout son sens. Privée de chef, Cosa Nostra a repris les armes. Règlements de comptes en plein jour ou lupara bianca (assassinat avec disparition du cadavre) rythment à nouveau la vie de l'île. Pour s'affirmer au sein de l'organisation, prouver qu'ils ont des palle (attributs sexuels), les jeunes loups de Cosa Nostra ont relancé la guerre du pizzo. Ce n'est certainement pas un hasard si c'est dans la zone ouest de Palerme, contrôlée par Salvatore Lo Piccolo, le mieux placé pour prendre la succession de Provenzano, que les épisodes les plus violents ont eu lieu.
Un label Addiopizzo
Mais les barons de la Mafia n'avaient pas prévu l'arrivée sur le terrain de nouveaux acteurs.
Jeans et tee-shirt, 25 ans en moyenne, quelques articles de journaux maladroitement découpés et collés aux murs : la réunion du bureau directeur de l'association Addiopizzo sent bon le militantisme étudiant. Leur credo est simple : lutte contre le racket, comportement républicain, respect de la Constitution, souveraineté de l'Etat sur le territoire sicilien. Ces Bibi Fricotin de l'anti-Mafia ont suffisamment d'énergie pour réveiller un mort. C'est ce qu'ils firent en 2004, alors que personne ne connaissait leur existence, en tapissant les murs de Palerme d'un avis de décès affirmant : « Un peuple qui paie le pizzo est un peuple sans dignité. » Un électrochoc pour une population anesthésiée par trop d'années d'allégeance à Cosa Nostra. Leur stratégie se base sur « la consommation critique ». Ils décernent le label Addiopizzo aux commerçants qui ont dénoncé le racket ou ne l'ont jamais acquitté - après examen par une commission de garantie - et invitent les citoyens fréquenter ces magasins. Et, surtout, à le faire savoir. A ce jour, 9 067 Palermitains ont publiquement déclaré soutenir les 197 magasins arborant le label Addiopizzo.
Une goutte d'eau dans la mer ? « Pas du tout, la solitude est le meilleur allié du racket, affirme Tano Grasso, le premier commerçant sicilien à avoir organisé à Capo d'Orlando une association contre le racket. Addiopizzo joue un rôle agrégateur. Il suffit que dix magasins soient solidaires dans une rue pour que les "picciotti" - les encaisseurs de la Mafia - passent au large. »
Cavalerie légère de la révolte antira-cket, Addiopizzo a été appuyée par l'artillerie lourde. En septembre, après des décennies de silence coupable, la Confindustria sicilienne - le Medef local - a ordonné la radiation de ses listes de tous les entrepreneurs qui paient le pizzo. Imposée par une nouvelle génération de jeunes dirigeants, la décision n'a pas fait l'unanimité et n'est pas rétroactive. Mais elle a déjà provoqué la « démission préventive » d'un vice-président de chambre de commerce et du vice-président de Confindustria de la province de Trapani. Tous deux déjà condamnés dans le passé pour complicité avec Cosa Nostra...
Reste que la bataille sera rude pour ces hussards d'un patronat sicilien propre. On voit mal, en effet, la Confindustria radier d'un trait de plume 70 % de ses adhérents. Et, à dresser la liste des « bons et des méchants », on risque de mettre dans le même sac affairistes véreux et authentiques victimes du chantage mafieux. Ivanhoe Lo Bello, le président de l'association, préfère donc évoquer « un soutien pour aider les entrepreneurs à dénoncer la Mafia », plutôt qu'entrer dans le mécanisme des sanctions. Mais il sait que, sans décisions spectaculaires, l'initiative tournera à la farce. C'est l'enjeu des prochaines semaines.
« La société civile sicilienne a pris conscience que les choses peuvent changer, commente Maurizio De Lucia. Commerçants et entrepreneurs sont de plus en plus nombreux à s'adresser à la police. La Mafia a choisi délibérément la violence, mais elle doit affronter une opposition nouvelle pour elle. C'est un moment crucial pour Cosa Nostra. Sans le racket, l'organisation ne peut pas survivre. En combattant le pizzo, on peut battre la Mafia. »
Soit. Mais l'histoire enseigne que Cosa Nostra n'est jamais plus dangereuse que lorsqu'elle est déstabilisée et menacée
Cosa nostra : la guerre des chefs
Dans ses pizzini (messages), Bernardo Provenzano, l'ex-patron de Cosa Nostra, témoigne d'une grande affection et d'une confiance totale envers Salvatore Lo Piccolo. Une proximité qui semble désigner ce Palermitain de 66 ans, boss de la périphérie ouest de Palerme et recherché depuis vingt-trois ans, comme le meilleur prétendant à la succession du parrain des parrains arrêté en avril 2006.
Mais, durant la guerre qui opposa dans les années 80 les Corléonais de Toto Riina aux Palermitains du clan Inzerillo, Lo Piccolo était du côté des Palermitains. Chauffeur du boss Saro Riccobono, il fut même condamné à mort par Toto Riina lorsque les Corléonais s'emparèrent du pouvoir. Or le nouveau chef de Cosa Nostra ne peut être désigné sans l'assentiment de la vieille garde corléonaise, même si elle est aujourd'hui en prison.
L'autre étoile montante est Matteo Messina Denaro, 45 ans. Né dans la région de Trapani, recherché depuis 1996, il a l'avantage de ne pas avoir participé à la guerre entre Corléonais et Palermitains. Les magistrats le disent plus brillant et plus « moderne » que Lo Piccolo. Il était lui aussi un favori de Provenzano, à qui il écrivait en signe d'allégeance : « Je vous appartiens. »
Les barèmes du pizzo
Trois régions italiennes sont soumises au racket : la Sicile, la Calabre et la Campanie. Pour un montant estimé à 10 milliards d'euros et 160 000 entreprises ou commerces touchés.
Pour la seule Sicile, le pizzo imposé par Cosa Nostra se monte à 2 milliards par an, soit 2,5 % du PIB de l'île. Le pizzo est proportionnel au chiffre d'affaires de l'entreprise racketée et calculé de façon à ne pas ruiner le commerçant. D'un marchand ambulant Cosa Nostra exigera 60 euros par mois, 450 d'un petit commerce de détail, 500 d'un magasin de gros, 580 d'un restaurant. Dans le bâtiment, l'impôt de la Mafia se monte à 2 % du marché et pour les grands travaux - autoroutes, infrastructures - il peut atteindre 17 000 euros par mois.
Pour mémoire: la guerre des chefs ou la situation telle qu'elle se présentait au lendemain de l'arrestation de Bernardo Provenzano
Le parrain aurait déjà un successeur. Mais le possible héritier de Bernardo Provenzano, le chef des chefs de la Mafia sicilienne arrêté le 11 avril dernier dans une bergerie de Corleone, ne ressemble guère à celui du vieux chef.
Matteo Messina Denaro, 46 ans, appartient à une autre génération de mafieux. L'une de ses rares photos montre un jeune homme en col ouvert sur une veste Armani, le regard caché derrière les verres de ses Ray-Ban. Né à Castel Vetrano, près de Trapani, à l'ouest de la Sicile, Matteo Messina Denaro est le fils du parrain local, Don Ciccio. Sa jeunesse dorée se déroule dans le luxe et la violence. Il y a d'un côté les Porsche, les filles et les lourdes montres en or. Et de l'autre, une cinquantaine d'assassinats, le premier commis alors qu'il est à peine âgé de 18 ans. Matteo Messina Denaro fait trés tôt fortune dans le trafic de drogue, et noue des contacts avec les narcotrafiquants colombiens.
Condamné par contumace à la prison à vie
Le jeune mafieux est à l'époque le protégé de Salvatore «Toto» Riina, le chef sanguinaire de Cosa Nostra qui fait assassiner en 1992 les juges Falcone et Borsellino. Lorsque son mentor est finalement capturé, le jeune Messina Denaro continue la lutte contre l'Etat Italien. Il est l'un des maîtres d'oeuvre des attentats à la bombe de l'été 1993, contre les églises Saint-Jean de Latran et San Giorgo al Velabro à Rome, la Galerie des offices de Florence et le Musée d'art contemporain de Milan, qui font une dizaine de morts.
Condamné par contumace à la prison à vie, Matteo Messina Denaro rentre de la clandestinité en laissant quelques mots à ses maîtresses, leur annonçant qu'il va devoir s'éclipser.
«Vos amis sont mes amis»
Devenu l'un des plus importants parrains siciliens à 30 ans à peine, Matteo Messina Denaro dirige sa province de Trapani. Mais il en réfère régulièrement au capo dei capi, au parrain des parrains. Parmi les centaines de pizzini, les petits billets par lesquels les mafieux communiquent, retrouvés par la police dans la cachette de Provenzano, une dizaine sont attribués à Messina Denaro. Ecrits à l'ordinateur et signés «Alessio», les messages comportent toutes les formules de déférence de rigueur quand on s'adresse au parrain. La plupart sont des demandes d'arbitrage avec des familles mafieuses de provinces voisines. «Vos amis sont mes amis», «Quelle que soit votre décision, elle me convient», écrit le jeune play-boy au vieil ermite.
Mais les enquêteurs craignent à présent que le vide créé par la capture de Provenzano ne relance une guerre des chefs à la tête de Cosa Nostra. L'autre prétendant se situe plus dans la lignée de Provenzano, qui avait appliqué à la Mafia sicilienne une stratégie de submersion, consistant à se rendre invisible pour mieux continuer ses affaires. Salvatore «Toto» Lo Piccolo, âgé de 63 ans, appartient à la Mafia de Palerme. Moins flamboyant que Messina Denaro, il pourrait incarner une Mafia plus traditionnelle, et se heurter à son jeune et ambitieux rival.
Italie Matteo Messina Denaro, 46 ans, pourrait succéder à Bernardo Provenzano, arrêté le 11 avril dernier à Corleone.
LE PARRAIN aurait déjà un successeur. Mais le possible héritier de Bernardo Provenzano, le chef des chefs de la Mafia sicilienne arrêté le 11 avril dernier dans une bergerie de Corleone, ne ressemble guère à celui du vieux chef.
Matteo Messina Denaro, 46 ans, appartient à une autre génération de mafieux. L'une de ses rares photos montre un jeune homme en col ouvert sur une veste Armani, le regard caché derrière les verres de ses Ray-Ban. Né à Castel Vetrano, près de Trapani, à l'ouest de la Sicile, Matteo Messina Denaro est le fils du parrain local, Don Ciccio. Sa jeunesse dorée se déroule dans le luxe et la violence. Il y a d'un côté les Porsche, les filles et les lourdes montres en or. Et de l'autre, une cinquantaine d'assassinats, le premier commis alors qu'il est à peine âgé de 18 ans. Matteo Messina Denaro fait trés tôt fortune dans le trafic de drogue, et noue des contacts avec les narcotrafiquants colombiens.
Condamné par contumace à la prison à vie
Le jeune mafieux est à l'époque le protégé de Salvatore «Toto» Riina, le chef sanguinaire de Cosa Nostra qui fait assassiner en 1992 les juges Falcone et Borsellino. Lorsque son mentor est finalement capturé, le jeune Messina Denaro continue la lutte contre l'Etat Italien. Il est l'un des maîtres d'oeuvre des attentats à la bombe de l'été 1993, contre les églises Saint-Jean de Latran et San Giorgo al Velabro à Rome, la Galerie des offices de Florence et le Musée d'art contemporain de Milan, qui font une dizaine de morts.
Condamné par contumace à la prison à vie, Matteo Messina Denaro rentre de la clandestinité en laissant quelques mots à ses maîtresses, leur annonçant qu'il va devoir s'éclipser.
«Vos amis sont mes amis»
Devenu l'un des plus importants parrains siciliens à 30 ans à peine, Matteo Messina Denaro dirige sa province de Trapani. Mais il en réfère régulièrement au capo dei capi, au parrain des parrains. Parmi les centaines de pizzini, les petits billets par lesquels les mafieux communiquent, retrouvés par la police dans la cachette de Provenzano, une dizaine sont attribués à Messina Denaro. Ecrits à l'ordinateur et signés «Alessio», les messages comportent toutes les formules de déférence de rigueur quand on s'adresse au parrain. La plupart sont des demandes d'arbitrage avec des familles mafieuses de provinces voisines. «Vos amis sont mes amis», «Quelle que soit votre décision, elle me convient», écrit le jeune play-boy au vieil ermite.
Mais les enquêteurs craignent à présent que le vide créé par la capture de Provenzano ne relance une guerre des chefs à la tête de Cosa Nostra. L'autre prétendant se situe plus dans la lignée de Provenzano, qui avait appliqué à la Mafia sicilienne une stratégie de submersion, consistant à se rendre invisible pour mieux continuer ses affaires. Salvatore «Toto» Lo Piccolo, âgé de 63 ans, appartient à la Mafia de Palerme. Moins flamboyant que Messina Denaro, il pourrait incarner une Mafia plus traditionnelle, et se heurter à son jeune et ambitieux rival.
Italie Matteo Messina Denaro, 46 ans, pourrait succéder à Bernardo Provenzano, arrêté le 11 avril dernier à Corleone.
LE PARRAIN aurait déjà un successeur. Mais le possible héritier de Bernardo Provenzano, le chef des chefs de la Mafia sicilienne arrêté le 11 avril dernier dans une bergerie de Corleone, ne ressemble guère à celui du vieux chef.
Matteo Messina Denaro, 46 ans, appartient à une autre génération de mafieux. L'une de ses rares photos montre un jeune homme en col ouvert sur une veste Armani, le regard caché derrière les verres de ses Ray-Ban. Né à Castel Vetrano, près de Trapani, à l'ouest de la Sicile, Matteo Messina Denaro est le fils du parrain local, Don Ciccio. Sa jeunesse dorée se déroule dans le luxe et la violence. Il y a d'un côté les Porsche, les filles et les lourdes montres en or. Et de l'autre, une cinquantaine d'assassinats, le premier commis alors qu'il est à peine âgé de 18 ans. Matteo Messina Denaro fait trés tôt fortune dans le trafic de drogue, et noue des contacts avec les narcotrafiquants colombiens.
Condamné par contumace à la prison à vie
Le jeune mafieux est à l'époque le protégé de Salvatore «Toto» Riina, le chef sanguinaire de Cosa Nostra qui fait assassiner en 1992 les juges Falcone et Borsellino. Lorsque son mentor est finalement capturé, le jeune Messina Denaro continue la lutte contre l'Etat Italien. Il est l'un des maîtres d'oeuvre des attentats à la bombe de l'été 1993, contre les églises Saint-Jean de Latran et San Giorgo al Velabro à Rome, la Galerie des offices de Florence et le Musée d'art contemporain de Milan, qui font une dizaine de morts.
Condamné par contumace à la prison à vie, Matteo Messina Denaro rentre de la clandestinité en laissant quelques mots à ses maîtresses, leur annonçant qu'il va devoir s'éclipser.
«Vos amis sont mes amis»
Devenu l'un des plus importants parrains siciliens à 30 ans à peine, Matteo Messina Denaro dirige sa province de Trapani. Mais il en réfère régulièrement au capo dei capi, au parrain des parrains. Parmi les centaines de pizzini, les petits billets par lesquels les mafieux communiquent, retrouvés par la police dans la cachette de Provenzano, une dizaine sont attribués à Messina Denaro. Ecrits à l'ordinateur et signés «Alessio», les messages comportent toutes les formules de déférence de rigueur quand on s'adresse au parrain. La plupart sont des demandes d'arbitrage avec des familles mafieuses de provinces voisines. «Vos amis sont mes amis», «Quelle que soit votre décision, elle me convient», écrit le jeune play-boy au vieil ermite.
Mais les enquêteurs craignent à présent que le vide créé par la capture de Provenzano ne relance une guerre des chefs à la tête de Cosa Nostra. L'autre prétendant se situe plus dans la lignée de Provenzano, qui avait appliqué à la Mafia sicilienne une stratégie de submersion, consistant à se rendre invisible pour mieux continuer ses affaires. Salvatore «Toto» Lo Piccolo, âgé de 63 ans, appartient à la Mafia de Palerme. Moins flamboyant que Messina Denaro, il pourrait incarner une Mafia plus traditionnelle, et se heurter à son jeune et ambitieux rival.
Les nouvelles règles du racket par Dominique Dunglas publié dans Le Point le 4 octobre 2007
« L'entreprise Guajana existe à Palerme depuis 1875 et elle n'a jamais cédé au racket. En 1955, Cosa Nostra nous a incendié un entrepôt, mais mon père a dénoncé les racketteurs et ils ont été condamnés. Aujourd'hui, l'histoire se répète. » Sous escorte policière vingt-quatre heures sur vingt-quatre, Rodolfo Guajana arpente avec rage les décombres de ce qui fut un dépôt de quincaillerie en gros. Deux mille mètres carrés de bâtiments et 1,5 million d'euros de marchandises ont brûlé le 31 juillet. Seul un miracle a empêché que l'incendie se propage au dépôt de peintures et s'étende à tout le quartier San Lorenzo.
Pourtant, Rodolfo Guajana avait pris des précautions. Jamais il ne répondait au téléphone sans connaître l'identité de son interlocuteur. Un filtre pour empêcher le pizzo -racket en italien - de lui arriver directement. Il y a trois ans, il avait installé des herses devant les grilles de ses dépôts à la suite d'une tentative d'assaut avec un camion-bélier. Mais, récemment, les menaces s'étaient faites plus précises. En décembre 2006, les serrures avaient été scellées par de la colle ultraforte et un bidon d'essence avec un briquet avaient été retrouvés dans l'enceinte de l'entreprise. Deux avertissements sans équivoque possible dans le code de Cosa Nostra.
Rodolfo avait dénoncé ces intimidations. Il en a payé le prix. Et il n'est pas le seul. Depuis quelques mois, les actes de violence se multiplient à Palerme et dans toute la Sicile contre des commerçants et des entrepreneurs qui refusent de payer le pizzo. A Catane, quatre bulldozers de l'entreprise Vecchio ont été dynamités ; deux pompes à essence ont brûlé à Palerme ; le président de la chambre de commerce de Caltanissetta a reçu deux balles de revolver dans une enveloppe, un message à prendre on ne peut plus au sérieux en terre mafieuse ; à Mondello, le géomètre d'une entreprise de travaux publics a été tabassé pour inciter son patron à rentrer dans le rang. Le tam-tam de la rue confirme l'inquiétude des forces de l'ordre : Cosa Nostra a renforcé le racket. Non seulement le montant des « protections » a augmenté, mais la rébellion n'est plus tolérée.
Dans ce camp retranché que constitue le palais de justice de Palerme, le procureur antimafia Maurizio De Lucia suit tous les dossiers concernant les affaires d'extorsion : « Depuis une quinzaine d'années, le racket s'imposait sans violence. Tout a changé il y a quelques mois. Les prétendants à la succession de Bernardo Provenzano [l'ex-patron de Cosa Nostra] ont besoin de s'affirmer au sein de l'organisation et vis-à-vis des commerçants qui seraient tentés de s'affranchir du pizzo. La Mafia repose sur trois piliers : un chef, des règles et le contrôle du territoire. Celui-ci se gagne à travers l'imposition du pizzo. Même quand Cosa Nostra gagnait des sommes folles avec le trafic d'héroïne, elle a continué à imposer le racket, qui rapportait très peu au regard de la drogue. »
Le 21 août 1991 constitue un tournant dans l'histoire contemporaine du racket en Sicile. Ce jour-là, l'entrepreneur Libero Grassi, propriétaire palermitain d'une fabrique de sous-vêtements, est assassiné de plusieurs balles de 357 magnum. Grassi avait refusé d'acquitter le pizzo, mais il avait surtout osé publier une lettre ouverte dans laquelle il engageait ses pairs à l'imiter. Une lettre restée sans réponse. Les organisations patronales et les syndicats de commerçants - qui ont brillé par leur absence le jour de ses obsèques - l'avaient engagé à « s'occuper de ses affaires » et Grassi, abandonné de tous, fut une proie facile pour les sicaires de Cosa Nostra.
« Après la mort de Libero, ç'a été le vide total, le silence, comme si le pizzo avait disparu », se souvient aujourd'hui son épouse, Tina. « Cosa Nostra est violente mais réaliste et parfois élastique, confirme le procureur De Lucia. Elle peut accepter qu'un nombre limité d'entrepreneurs se rebellent, mais pas qu'ils se posent en exemple. C'est parce qu'il a témoigné que Grassi a été assassiné. Ce meurtre a donné quinze ans de "paix" à Cosa Nostra sur le front du racket. Pendant des années, dans la province de Palerme, nous n'avons pas enregistré plus d'une dizaine de plaintes par an, alors que 70 % des commerces ou des entreprises payaient. »
Arrivé au sommet de Cosa Nostra après la stratégie guerrière de Toto Riina, Bernardo Provenzano fut également un stratège du « pizzo soft ». Son slogan était « faire payer moins mais les faire payer tous ». Etrangement, la même phrase a été employée par le ministre de l'Economie pour justifier la lutte contre l'évasion fiscale ! La lecture des pizzini , les billets avec lesquels le maître de Cosa Nostra, qui n'a pas touché un téléphone pendant trente ans, communiquait, démontre à quel point le parrain des parrains était attentif au pizzo. Il n'hésitait pas à prendre la plume pour trancher un litige sur une extorsion de quelques milliers d'euros. « Le système était à ce point réglé , explique Maurizio De Lucia, que les commerçants qui ouvraient une activité anticipaient le plus souvent la requête de Cosa Nostra et cherchaient spontanément "l'ami" susceptible de faire l'intermédiaire pour "se mettre en règle". »
Le rapport s'établissait alors sans terreur, comme un échange de faveurs. L'entreprise mettait un pied dans la zone « grise » où il devient difficile de discerner la coercition de la complicité. Quand le commerçant tardait à se mettre en règle, le simple avertissement de la colle dans la serrure suffisait à le convaincre dans 99 % des cas.
Lorsqu'il est arrêté, le 11 avril 2006, Bernardo Provenzano lance à Renato Cortese, le policier qui l'a traqué pendant huit ans : « Vous ne savez pas ce que vous venez de faire ! » Cette phrase prend aujourd'hui tout son sens. Privée de chef, Cosa Nostra a repris les armes. Règlements de comptes en plein jour ou lupara bianca (assassinat avec disparition du cadavre) rythment à nouveau la vie de l'île. Pour s'affirmer au sein de l'organisation, prouver qu'ils ont des palle (attributs sexuels), les jeunes loups de Cosa Nostra ont relancé la guerre du pizzo. Ce n'est certainement pas un hasard si c'est dans la zone ouest de Palerme, contrôlée par Salvatore Lo Piccolo, le mieux placé pour prendre la succession de Provenzano, que les épisodes les plus violents ont eu lieu.
Un label Addiopizzo
Mais les barons de la Mafia n'avaient pas prévu l'arrivée sur le terrain de nouveaux acteurs.
Jeans et tee-shirt, 25 ans en moyenne, quelques articles de journaux maladroitement découpés et collés aux murs : la réunion du bureau directeur de l'association Addiopizzo sent bon le militantisme étudiant. Leur credo est simple : lutte contre le racket, comportement républicain, respect de la Constitution, souveraineté de l'Etat sur le territoire sicilien. Ces Bibi Fricotin de l'anti-Mafia ont suffisamment d'énergie pour réveiller un mort. C'est ce qu'ils firent en 2004, alors que personne ne connaissait leur existence, en tapissant les murs de Palerme d'un avis de décès affirmant : « Un peuple qui paie le pizzo est un peuple sans dignité. » Un électrochoc pour une population anesthésiée par trop d'années d'allégeance à Cosa Nostra. Leur stratégie se base sur « la consommation critique ». Ils décernent le label Addiopizzo aux commerçants qui ont dénoncé le racket ou ne l'ont jamais acquitté - après examen par une commission de garantie - et invitent les citoyens fréquenter ces magasins. Et, surtout, à le faire savoir. A ce jour, 9 067 Palermitains ont publiquement déclaré soutenir les 197 magasins arborant le label Addiopizzo.
Une goutte d'eau dans la mer ? « Pas du tout, la solitude est le meilleur allié du racket, affirme Tano Grasso, le premier commerçant sicilien à avoir organisé à Capo d'Orlando une association contre le racket. Addiopizzo joue un rôle agrégateur. Il suffit que dix magasins soient solidaires dans une rue pour que les "picciotti" - les encaisseurs de la Mafia - passent au large. »
Cavalerie légère de la révolte antira-cket, Addiopizzo a été appuyée par l'artillerie lourde. En septembre, après des décennies de silence coupable, la Confindustria sicilienne - le Medef local - a ordonné la radiation de ses listes de tous les entrepreneurs qui paient le pizzo. Imposée par une nouvelle génération de jeunes dirigeants, la décision n'a pas fait l'unanimité et n'est pas rétroactive. Mais elle a déjà provoqué la « démission préventive » d'un vice-président de chambre de commerce et du vice-président de Confindustria de la province de Trapani. Tous deux déjà condamnés dans le passé pour complicité avec Cosa Nostra...
Reste que la bataille sera rude pour ces hussards d'un patronat sicilien propre. On voit mal, en effet, la Confindustria radier d'un trait de plume 70 % de ses adhérents. Et, à dresser la liste des « bons et des méchants », on risque de mettre dans le même sac affairistes véreux et authentiques victimes du chantage mafieux. Ivanhoe Lo Bello, le président de l'association, préfère donc évoquer « un soutien pour aider les entrepreneurs à dénoncer la Mafia », plutôt qu'entrer dans le mécanisme des sanctions. Mais il sait que, sans décisions spectaculaires, l'initiative tournera à la farce. C'est l'enjeu des prochaines semaines.
« La société civile sicilienne a pris conscience que les choses peuvent changer, commente Maurizio De Lucia. Commerçants et entrepreneurs sont de plus en plus nombreux à s'adresser à la police. La Mafia a choisi délibérément la violence, mais elle doit affronter une opposition nouvelle pour elle. C'est un moment crucial pour Cosa Nostra. Sans le racket, l'organisation ne peut pas survivre. En combattant le pizzo, on peut battre la Mafia. »
Soit. Mais l'histoire enseigne que Cosa Nostra n'est jamais plus dangereuse que lorsqu'elle est déstabilisée et menacée
Cosa nostra : la guerre des chefs
Dans ses pizzini (messages), Bernardo Provenzano, l'ex-patron de Cosa Nostra, témoigne d'une grande affection et d'une confiance totale envers Salvatore Lo Piccolo. Une proximité qui semble désigner ce Palermitain de 66 ans, boss de la périphérie ouest de Palerme et recherché depuis vingt-trois ans, comme le meilleur prétendant à la succession du parrain des parrains arrêté en avril 2006.
Mais, durant la guerre qui opposa dans les années 80 les Corléonais de Toto Riina aux Palermitains du clan Inzerillo, Lo Piccolo était du côté des Palermitains. Chauffeur du boss Saro Riccobono, il fut même condamné à mort par Toto Riina lorsque les Corléonais s'emparèrent du pouvoir. Or le nouveau chef de Cosa Nostra ne peut être désigné sans l'assentiment de la vieille garde corléonaise, même si elle est aujourd'hui en prison.
L'autre étoile montante est Matteo Messina Denaro, 45 ans. Né dans la région de Trapani, recherché depuis 1996, il a l'avantage de ne pas avoir participé à la guerre entre Corléonais et Palermitains. Les magistrats le disent plus brillant et plus « moderne » que Lo Piccolo. Il était lui aussi un favori de Provenzano, à qui il écrivait en signe d'allégeance : « Je vous appartiens. »
Les barèmes du pizzo
Trois régions italiennes sont soumises au racket : la Sicile, la Calabre et la Campanie. Pour un montant estimé à 10 milliards d'euros et 160 000 entreprises ou commerces touchés.
Pour la seule Sicile, le pizzo imposé par Cosa Nostra se monte à 2 milliards par an, soit 2,5 % du PIB de l'île. Le pizzo est proportionnel au chiffre d'affaires de l'entreprise racketée et calculé de façon à ne pas ruiner le commerçant. D'un marchand ambulant Cosa Nostra exigera 60 euros par mois, 450 d'un petit commerce de détail, 500 d'un magasin de gros, 580 d'un restaurant. Dans le bâtiment, l'impôt de la Mafia se monte à 2 % du marché et pour les grands travaux - autoroutes, infrastructures - il peut atteindre 17 000 euros par mois.
Pour mémoire: la guerre des chefs ou la situation telle qu'elle se présentait au lendemain de l'arrestation de Bernardo Provenzano
Le parrain aurait déjà un successeur. Mais le possible héritier de Bernardo Provenzano, le chef des chefs de la Mafia sicilienne arrêté le 11 avril dernier dans une bergerie de Corleone, ne ressemble guère à celui du vieux chef.
Matteo Messina Denaro, 46 ans, appartient à une autre génération de mafieux. L'une de ses rares photos montre un jeune homme en col ouvert sur une veste Armani, le regard caché derrière les verres de ses Ray-Ban. Né à Castel Vetrano, près de Trapani, à l'ouest de la Sicile, Matteo Messina Denaro est le fils du parrain local, Don Ciccio. Sa jeunesse dorée se déroule dans le luxe et la violence. Il y a d'un côté les Porsche, les filles et les lourdes montres en or. Et de l'autre, une cinquantaine d'assassinats, le premier commis alors qu'il est à peine âgé de 18 ans. Matteo Messina Denaro fait trés tôt fortune dans le trafic de drogue, et noue des contacts avec les narcotrafiquants colombiens.
Condamné par contumace à la prison à vie
Le jeune mafieux est à l'époque le protégé de Salvatore «Toto» Riina, le chef sanguinaire de Cosa Nostra qui fait assassiner en 1992 les juges Falcone et Borsellino. Lorsque son mentor est finalement capturé, le jeune Messina Denaro continue la lutte contre l'Etat Italien. Il est l'un des maîtres d'oeuvre des attentats à la bombe de l'été 1993, contre les églises Saint-Jean de Latran et San Giorgo al Velabro à Rome, la Galerie des offices de Florence et le Musée d'art contemporain de Milan, qui font une dizaine de morts.
Condamné par contumace à la prison à vie, Matteo Messina Denaro rentre de la clandestinité en laissant quelques mots à ses maîtresses, leur annonçant qu'il va devoir s'éclipser.
«Vos amis sont mes amis»
Devenu l'un des plus importants parrains siciliens à 30 ans à peine, Matteo Messina Denaro dirige sa province de Trapani. Mais il en réfère régulièrement au capo dei capi, au parrain des parrains. Parmi les centaines de pizzini, les petits billets par lesquels les mafieux communiquent, retrouvés par la police dans la cachette de Provenzano, une dizaine sont attribués à Messina Denaro. Ecrits à l'ordinateur et signés «Alessio», les messages comportent toutes les formules de déférence de rigueur quand on s'adresse au parrain. La plupart sont des demandes d'arbitrage avec des familles mafieuses de provinces voisines. «Vos amis sont mes amis», «Quelle que soit votre décision, elle me convient», écrit le jeune play-boy au vieil ermite.
Mais les enquêteurs craignent à présent que le vide créé par la capture de Provenzano ne relance une guerre des chefs à la tête de Cosa Nostra. L'autre prétendant se situe plus dans la lignée de Provenzano, qui avait appliqué à la Mafia sicilienne une stratégie de submersion, consistant à se rendre invisible pour mieux continuer ses affaires. Salvatore «Toto» Lo Piccolo, âgé de 63 ans, appartient à la Mafia de Palerme. Moins flamboyant que Messina Denaro, il pourrait incarner une Mafia plus traditionnelle, et se heurter à son jeune et ambitieux rival.
Italie Matteo Messina Denaro, 46 ans, pourrait succéder à Bernardo Provenzano, arrêté le 11 avril dernier à Corleone.
LE PARRAIN aurait déjà un successeur. Mais le possible héritier de Bernardo Provenzano, le chef des chefs de la Mafia sicilienne arrêté le 11 avril dernier dans une bergerie de Corleone, ne ressemble guère à celui du vieux chef.
Matteo Messina Denaro, 46 ans, appartient à une autre génération de mafieux. L'une de ses rares photos montre un jeune homme en col ouvert sur une veste Armani, le regard caché derrière les verres de ses Ray-Ban. Né à Castel Vetrano, près de Trapani, à l'ouest de la Sicile, Matteo Messina Denaro est le fils du parrain local, Don Ciccio. Sa jeunesse dorée se déroule dans le luxe et la violence. Il y a d'un côté les Porsche, les filles et les lourdes montres en or. Et de l'autre, une cinquantaine d'assassinats, le premier commis alors qu'il est à peine âgé de 18 ans. Matteo Messina Denaro fait trés tôt fortune dans le trafic de drogue, et noue des contacts avec les narcotrafiquants colombiens.
Condamné par contumace à la prison à vie
Le jeune mafieux est à l'époque le protégé de Salvatore «Toto» Riina, le chef sanguinaire de Cosa Nostra qui fait assassiner en 1992 les juges Falcone et Borsellino. Lorsque son mentor est finalement capturé, le jeune Messina Denaro continue la lutte contre l'Etat Italien. Il est l'un des maîtres d'oeuvre des attentats à la bombe de l'été 1993, contre les églises Saint-Jean de Latran et San Giorgo al Velabro à Rome, la Galerie des offices de Florence et le Musée d'art contemporain de Milan, qui font une dizaine de morts.
Condamné par contumace à la prison à vie, Matteo Messina Denaro rentre de la clandestinité en laissant quelques mots à ses maîtresses, leur annonçant qu'il va devoir s'éclipser.
«Vos amis sont mes amis»
Devenu l'un des plus importants parrains siciliens à 30 ans à peine, Matteo Messina Denaro dirige sa province de Trapani. Mais il en réfère régulièrement au capo dei capi, au parrain des parrains. Parmi les centaines de pizzini, les petits billets par lesquels les mafieux communiquent, retrouvés par la police dans la cachette de Provenzano, une dizaine sont attribués à Messina Denaro. Ecrits à l'ordinateur et signés «Alessio», les messages comportent toutes les formules de déférence de rigueur quand on s'adresse au parrain. La plupart sont des demandes d'arbitrage avec des familles mafieuses de provinces voisines. «Vos amis sont mes amis», «Quelle que soit votre décision, elle me convient», écrit le jeune play-boy au vieil ermite.
Mais les enquêteurs craignent à présent que le vide créé par la capture de Provenzano ne relance une guerre des chefs à la tête de Cosa Nostra. L'autre prétendant se situe plus dans la lignée de Provenzano, qui avait appliqué à la Mafia sicilienne une stratégie de submersion, consistant à se rendre invisible pour mieux continuer ses affaires. Salvatore «Toto» Lo Piccolo, âgé de 63 ans, appartient à la Mafia de Palerme. Moins flamboyant que Messina Denaro, il pourrait incarner une Mafia plus traditionnelle, et se heurter à son jeune et ambitieux rival.
Italie Matteo Messina Denaro, 46 ans, pourrait succéder à Bernardo Provenzano, arrêté le 11 avril dernier à Corleone.
LE PARRAIN aurait déjà un successeur. Mais le possible héritier de Bernardo Provenzano, le chef des chefs de la Mafia sicilienne arrêté le 11 avril dernier dans une bergerie de Corleone, ne ressemble guère à celui du vieux chef.
Matteo Messina Denaro, 46 ans, appartient à une autre génération de mafieux. L'une de ses rares photos montre un jeune homme en col ouvert sur une veste Armani, le regard caché derrière les verres de ses Ray-Ban. Né à Castel Vetrano, près de Trapani, à l'ouest de la Sicile, Matteo Messina Denaro est le fils du parrain local, Don Ciccio. Sa jeunesse dorée se déroule dans le luxe et la violence. Il y a d'un côté les Porsche, les filles et les lourdes montres en or. Et de l'autre, une cinquantaine d'assassinats, le premier commis alors qu'il est à peine âgé de 18 ans. Matteo Messina Denaro fait trés tôt fortune dans le trafic de drogue, et noue des contacts avec les narcotrafiquants colombiens.
Condamné par contumace à la prison à vie
Le jeune mafieux est à l'époque le protégé de Salvatore «Toto» Riina, le chef sanguinaire de Cosa Nostra qui fait assassiner en 1992 les juges Falcone et Borsellino. Lorsque son mentor est finalement capturé, le jeune Messina Denaro continue la lutte contre l'Etat Italien. Il est l'un des maîtres d'oeuvre des attentats à la bombe de l'été 1993, contre les églises Saint-Jean de Latran et San Giorgo al Velabro à Rome, la Galerie des offices de Florence et le Musée d'art contemporain de Milan, qui font une dizaine de morts.
Condamné par contumace à la prison à vie, Matteo Messina Denaro rentre de la clandestinité en laissant quelques mots à ses maîtresses, leur annonçant qu'il va devoir s'éclipser.
«Vos amis sont mes amis»
Devenu l'un des plus importants parrains siciliens à 30 ans à peine, Matteo Messina Denaro dirige sa province de Trapani. Mais il en réfère régulièrement au capo dei capi, au parrain des parrains. Parmi les centaines de pizzini, les petits billets par lesquels les mafieux communiquent, retrouvés par la police dans la cachette de Provenzano, une dizaine sont attribués à Messina Denaro. Ecrits à l'ordinateur et signés «Alessio», les messages comportent toutes les formules de déférence de rigueur quand on s'adresse au parrain. La plupart sont des demandes d'arbitrage avec des familles mafieuses de provinces voisines. «Vos amis sont mes amis», «Quelle que soit votre décision, elle me convient», écrit le jeune play-boy au vieil ermite.
Mais les enquêteurs craignent à présent que le vide créé par la capture de Provenzano ne relance une guerre des chefs à la tête de Cosa Nostra. L'autre prétendant se situe plus dans la lignée de Provenzano, qui avait appliqué à la Mafia sicilienne une stratégie de submersion, consistant à se rendre invisible pour mieux continuer ses affaires. Salvatore «Toto» Lo Piccolo, âgé de 63 ans, appartient à la Mafia de Palerme. Moins flamboyant que Messina Denaro, il pourrait incarner une Mafia plus traditionnelle, et se heurter à son jeune et ambitieux rival.
Filici ghjorni, happy days, jours heureux
Le caractère aveyronais pire que le caractère corse Vendredi 02 Novembre 2007
Où va la France? Voilà que les amateurs de l'Aubrac se trucident pire que des Corses! La direction de la "Maison de l'Aubrac" située à Paris et dans les beaux quartiers s'il vous plaît avait demandé à des clients hargneux de s'expliquer dehors. La victime s'est fait tirer dessus à bout portant, l'auteur a pris la fuite.
ne altercation entre deux tables d'un restaurant du 8e arrondissement de Paris a dégénéré dans la nuit du jeudi 1er au vendredi 2 novembre en fusillade se soldant par la mort d'un homme, ont indiqué des sources proches de l'enquête. Un autre homme a été blessé.
Selon les premiers éléments de l'enquête, le drame s'est déroulé rue Marboeuf dans le restaurant "la Maison de l'Aubrac". Vers 03h00 du matin, une simple anicroche entre deux tablées, sans doute égayées par des libations, et qui apparemment ne se connaissaient pas, déclenche les hostilités.
Fusillade
Le ton monte et les clients indélicats sont priés de s'expliquer dehors par la direction de l'établissement, a expliqué une source proche de l'enquête.
Sur le trottoir, la discussion vire à la fusillade : un homme de 27 ans, qui était connu des services de police, est tué par balle à bout portant. Un autre, âgé de 25 ans, est blessé à l'épaule. L'auteur des coups de feu a pris la fuite, a précisé une autre source.
La brigade criminelle a été saisie. L'autopsie de la personne décédée se dérouler vendredi. Mais soudain la peur me saisit: et si le tueur était un Corse. La normalité médiatique serait sauve mais ma démonstration tomberait à l'eau. Quelle est le but de ma démonstration? Démontrer que dans l'Aubrac se cache l'épicentre de la mafia aveyronnaise qui, à coups de tontine, a pris le pouvoir dans les brasseries parisiennes. Alors qu'on glose sur la solidarité corse (une vaste fumisterie) la solidarité aveyronaise est une réalité indéniable. Vive l'Aubrac et vive l'Aveyron fouchtra!
Selon les premiers éléments de l'enquête, le drame s'est déroulé rue Marboeuf dans le restaurant "la Maison de l'Aubrac". Vers 03h00 du matin, une simple anicroche entre deux tablées, sans doute égayées par des libations, et qui apparemment ne se connaissaient pas, déclenche les hostilités.
Fusillade
Le ton monte et les clients indélicats sont priés de s'expliquer dehors par la direction de l'établissement, a expliqué une source proche de l'enquête.
Sur le trottoir, la discussion vire à la fusillade : un homme de 27 ans, qui était connu des services de police, est tué par balle à bout portant. Un autre, âgé de 25 ans, est blessé à l'épaule. L'auteur des coups de feu a pris la fuite, a précisé une autre source.
La brigade criminelle a été saisie. L'autopsie de la personne décédée se dérouler vendredi. Mais soudain la peur me saisit: et si le tueur était un Corse. La normalité médiatique serait sauve mais ma démonstration tomberait à l'eau. Quelle est le but de ma démonstration? Démontrer que dans l'Aubrac se cache l'épicentre de la mafia aveyronnaise qui, à coups de tontine, a pris le pouvoir dans les brasseries parisiennes. Alors qu'on glose sur la solidarité corse (une vaste fumisterie) la solidarité aveyronaise est une réalité indéniable. Vive l'Aubrac et vive l'Aveyron fouchtra!
Filici ghjorni, happy days, jours heureux
La Mazarinade portant au pinacle le triomphe du roi républicain Nicolas Zéro ou le chant glorieux 'Avance Hercule' Jeudi 18 Octobre 2007
Quelques maximes portées par la première des Mazarinades. À méditer.
« - Qu'est-ce que Paris ? Le paradis des femmes, le purgatoire des hommes et l'enfer des chevaux.
- Qu'est-ce que le mariage ? Le martyrologe des vivants.
- Qu'est-ce qu'un procureur ? Un homme qui, avec sa langue, sait vider la bourse de sa partie sans y toucher.
- Qu'est-ce qu'un prince ? Un criminel que l'on n'ose punir.
- Qu'est ce qu'un jésuite ? Un sage politique qui se sert adroitement de la religion
Il arrive souvent que l'Air se charge de nuages, et que la Terre et la Mer envoyent une si grande quantité de vapeurs, qu'elles nous empêchent de voir la beauté de cette grande voûte céleste, qui semble avoir été peinte d'azur, et parsemée de diamants, pour servir de couverture à la Terre, et comme de dais au Monarque de l'Univers.
Ainsi les grands Etats sont sujets à voir parfois leur tranquillité altérée, et leur sérénité couverte de brouillards, par les factions des malcontents, et par les intrigues des mauvais sujets. Mais comme la venue du Soleil chasse les mauvais esprits, écarte les nuages, et ramène le beau temps ; ainsi la présence du Roi Nicolas éloigne tous les méchants, dissipe leurs conseils, et ruine leurs pratiques.
Cela se voit maintenant dans le beau pays de France, où sa Majesté n'a pas plutôt été intronisée que comme l'Astre du jour, elle remplit les esprits de joie et d'espérance, console les affligés, soutient les chancelants, et affermit ceux qui sont debout. Elle calme l'orage qui semblait menacer ce pays. Elle écarte incontinent toutes les apparences de brouillerie, et dissipe en un moment tout ce qui semblait se préparer au trouble ou à la désobéissance, de sorte que par le seul aspect de son visage, elle a remis le calme et la tranquillité partout son Etat.
Si les Anciens ont admiré Hercule pour avoir dès le berceau étouffé les Serpents de Iunon, pour avoir combattu le Géant Anthée, surmonté Gerion à trois corps, dompté le fleuve Achelous, coupé les têtes renaissantes à l'Hydre de Lerne, tué le Sanglier d'Erimanthe, triomphé du Lion de Nemée, terrassé Cerbere dans les Enfers, et fait les belles actions qui portèrent l'Antiquité à l'adoration de sa Vertu et à la vénération de son mérite.
Combien plus le peuple Français doit-il admirer aujourd'hui les triomphes de son Roi Nicolas, et louer les vertus héroïques de son Prince qui dans les premières années de son âge, non seulement a imité les actions valeureuses de ce grand Héros, mais qui les a autant surpassées, qu'il y a d'éloignement entre l'ombre et le corps, et de distance entre la Fable et l'Histoire, la figure et la Vérité. Notre roi Nicolas en vérité mérite le surnom d'Avance Hercule.
Quelle comparaison y a-t-il des actions singulières de cet Hercule fabuleux, à celles de notre vrai Hercule Français ? Il n'est pas si tôt sur le Trône, qu'il triomphe du Lion de Lybie, qu'il amadoue le redoutable Géant d'Amériqeu, qu'il surmonte l'Ours de Moscou, qu'il coupe les têtes de l'Hydre des révoltes, qu'il vient à bout du Gerion à trois corps, enfin obtient tant de victoires sur ses Ennemis partout dans le mondequ'il est aussi difficile de dépeindre le nombre des trophées qu'il en a recueillis, qu'il est malaisé de raconter les batailles que les Prédécesseurs ont gagnées, et les palmes dont ils ont été couronnés.
Le Soleil n'éclaire pas seulement l'étendue des airs, il ne fait pas seulement sentir la chaleur de ses rayons à la superficie de notre Globe, pour faire produire les Plantes, et réjouir les animaux. Mais il fait aussi paraître ses influences dans les entrailles de la terre, et il fait connaître sa vertu dans la génération des métaux, des minéraux et pierres précieuses, dont la production est autant admirable, que les moyens nous en sont inconnus et secrets.
La Corse n'est pas seule où le Monarque de la France fait paraître son autorité, fait connaître sa puissance, et fait admirer sa bonté. Elle ne se peut pas vanter d'avoir produit toute seule des fruits d'obéissance envers son Prince, et d'avoir montré des témoignages de respect envers son Roi. Les autres Provinces bien qu'elles n'aient pas eu l'honneur de jouir de sa présence, lui ont non seulement rendu leurs devoirs accoutumés, mais dans cette conjoncture se sont comme efforcées de lui montrer de nouvelles preuves de leur fidélité, et de lui faire voir de nouveaux effets de leurs soumissions respectueuses.
Tous les bons Français doivent souhaiter que la vile opposition et les pleutres syndicats rentrent en leur devoir, et prier Dieu qu'il leur touche le cœur. De sorte qu'en venant se soumettre au Roi, ils puissent recevoir de Sa Majesté les grâces qu'ils doivent raisonnablement attendre de sa bonté, et les emplois légitimes qu'ils peuvent espérer de sa libéralité, afin que tous ensemble s'acquittant de ce qu'ils doivent à leur Prince, ils travaillent également pour la gloire de sa Couronne, et pour l'augmentation de leur propre fortune.
C'est maintenant que nos voisins sont jaloux de notre bonheur, qu'ils envient notre félicité, et qu'ils regardent avec déplaisir le calme qui suit l'orage, et la tranquillité qui succède à la tempête. Les ennemis crèvent de dépit de voir toutes les espérances qu'ils avaient de profiter de nos désordres, mourir dans le moment de leur naissance, et ils enragent maintenant de reconnaître que tous leurs artifices sont inutiles pour ébranler cet Etat, et que leurs machines sont trop faibles pour en faire crouler les fondements.
Ils ont fait ce qu'ils ont pu pour débaucher les sujets du Roi, mais toutes leurs pratiques ont été inutiles, ils sont demeurés dans l'obéissance. Ils ont fomentés nos troubles, et taché de mettre la guerre dans l'Etat : mais ç'a été en vain, car toutes nos Provinces se sont remises comme d'elles-mêmes dans le devoir, et enfin la Paix qui se voit par tout le Royaume, manifeste clairement, que la même Providence qui a conservé la France depuis tant de siècles, la garantira toujours de tous les efforts que la jalousie ou la malice de ses ennemis pourraient faire, pour en traverser le bonheur ou en renverser la félicité.
C'est donc maintenant qu'il faut que tous les bons Français se réjouissent de voir le calme remis dans l'Etat, c'est maintenant qu'il faut qu'ils fassent retentir les Temples de vœux et de louanges, pour remercier Dieu, des grâces qu'il leur fait, et pour reconnaissance des faveurs qu'il leur distribue. L'Orage n'est pas si tôt levé, qu'il est apaisé. Leurs appréhensions ne sont pas si tôt formées dans leurs Ames, qu'elles s'évanouissent, et toutes leurs craintes se perdent à l'arrivée de leur Roi, qui remplit leurs coeurs de joie, et leurs esprits de consolation.
Rejouis-toi, Paris, et te console, maintenant que voici ton Roi Nicolas te vient t'habier. Son absence t'avait rempli de tristesse, et couvert de deuil. Sa présence te remplira de joie, et t'enrichira de magnificences et de gloire : l'Abondance qui marche à sa suite, fournira plus que jamais la matière de tes délices, la Justice qui l'accompagne, te rendra les biens qui t'appartiennent. Et la force qui l'environne, affermira plus que jamais les Colonnes de ta paix. Et enfin sa présence te donnera l'accomplissement de tes souhaits les plus attendus et la jouissance de tes désirs les plus passionnés.
Abrite donc un si grand Monarque, revêts-toi d'habits pompeux et magnifiques, que l'éclat de ta suite soit sortable à la grandeur de ta condition, et à la Majesté de celui qui vient chez toi. Qu'il n'y ait rien de bas ni de vulgaire, mais que tout ton appareil soit si riche, et si éclatant, qu'il fasse voir également les transports de ton affection, et la gloire de ta magnificence.
C'est ici qu'il faut que tu déplies tes Trésors, que tu étales tes pierreries et que tu saches montre de ton or et de ton argent. Que les tapisseries bordent tes rues, et que les Arcs triomphaux couvrent tes portes et tes cantons. Que tes meilleurs Architectes dressent cent belles décorations. Que tes plus excellents Peintres représentent les Trophées partout, et que tes plus beaux esprits composent cent mille Eloges à ce glorieux Triomphant.
Que l'air retentisse des acclamations de tes peuples, et que leurs voix mêlées avec les tons de ces machines branlantes qui sont suspendues dans nos clochers, fassent un concert si puissant, et forment une mélodie si éclatante, qu'elle porte les témoignages de ta joie jusque dedans les Cieux. Et enfin montre aux yeux d'un chacun, que comme ton Roi est le plus glorieux Monarque du monde, tu es aussi la plus riche et la plus belle ville de l'Univers.
Que ta Noblesse sorte en Corps au-devant de son Prince, qu'elle se fasse voir richement vêtue et superbement montée sur des Barbes pratiquer dans ses cavalcades les belles leçons qu'elle apprend dans tes nobles Académies. Que ta Bourgeoisie paraisse sous ses Enseignes, et faisant haie des deux côtés de son chemin, fasse voir à ton Roi, qu'il se peut assurer d'avoir autant de soldats qu'il y a d'habitants en Paris, et qu'il se peut vanter d'avoir autant de Gardes qu'il y a de personnes dans l'enceinte de tes murailles, et dans l'étendue de tes faubourgs.
Enfin que tout le monde ait part à cette joie publique, que les femmes et les enfants, les grands et les petits, les riches et les pauvres, les Nobles et les roturiers, les Bourgeois et les gens de métier, se mettent en état de recevoir leur Roi qui les vient visiter, mais plutôt qui vient demeurer avec eux, pour les combler de biens, et remplir de richesses, pour bannir de cette Ville la disette, et y faire venir l'abondance du pain, et la multitude des choses nécessaires à la vie.
Que la renommée étende maintenant ses ailes, qu'elle fende les airs avec sa vitesse accoutumée, et qu'elle s'en aille avec sa Trompette d'airin, publier chez les nations étrangères, la joie de Paris, l'Allégresse de la France, et l'arrivée de notre Hercule triomphant en la ville Capitale de ses Etats.
Qu'elle ne craigne point de leur dire, que nous employons le temps à nous festiner, que tout Paris est dans la débauche, qu'il a banni le souci de son âme, et qu'au lieu de dérouiller ses armes il ne songe plus qu'à dérouiller ses dents parmi la bonne chère, et l'abondance des tables de ses Bourgeois.
Misérables songe creux, qui n'avez jamais profité que dans nos désordres. Socialistes ennuyeux qui avez incessamment l'œil sur les déportements de la France, regardez là maintenant, et la considérez bien, elle se perd dans les délices, elle se plonge dans les réjouissances, et ne songe plus à vous faire la guerre, elle est tellement ennuyée de joie, que bien loin de former des desseins contre vous, elle ne veut pas savoir seulement si vous êtes dans l'être des choses raisonnables.
Mais peut-être seriez-vous bien assez fous pour vouloir vous servir de l'occasion, et votre hypocondriasie aiguillonnée par l'acrimonie de quelque humeur attrabilaire, vous pourrait bien porter à quelque hardi dessein, ou vous faire attenter quelque entreprise téméraire ; Mais souvenez-vous que les Français sont hardis parmi les festins, et qu'ils raisonnent à la table, que s'ils sont ivres, ils ne dorment pas pourtant, et que leurs coups sont d'autant plus rudes dans la débauche, que leurs esprits sont animés par la chaleur du bon vin, et réchauffés par la fumée des bonnes viandes.
C'est pourquoi je vous conseille ingénieusement de ne réveiller point le Chat qui dort, ou plutôt de ne vouloir point irriter notre Hercule triomphant au milieu de sa réjouissance, de peur que sa colère ne vous décharge un coup de sa massue, qui vous rompe le cou, ou qui vous charge si fort les épaules, que vous ne maudissiez mille fois la pensée qui aurait fait interrompre notre Fête.
Que la friandise et le bon goût de nos morceaux ne vous allèche point, car tous ces apprêts ne sont pas pour vous ; aussi bien vous qui êtes accoutumés de vivre d'aulx et d'oignons, de Citrons et d'Oranges, qui nourrissez votre humeur acre et mortifiante de viande de haut-goût, vous ne sauriez bien savourer ces viandes agréables, qui ne s'accordent qu'aux tempéraments modérés, tels que sont ceux des bons Français, dont l'humeur joviale et sanguine, est autant éloignée de la vôtre, triste et mélancolique, que le Ciel est éloigné de la Terre, et qu'il y a de différence entre le blanc et le noir.
Mais vous qui êtes véritablement bons Français, et fidèles sujets du Roi, venez vous réjouir de sa venue triomphante, n'épargnez ni vos bouches ni vos bourses pour témoigner votre allégresse, que votre contentement se lise sur vos visages, que votre joie éclate sur vos fronts, et que l'une et l'autre se reconnaissent par vos actions, ne craignez point de vous emporter dans l'excès, il n'y en peut avoir en ce rencontre, la modération est vicieuse, et la retenue est criminelle ; il n'appartient qu'à ces âmes de glace, et ces coeurs Espagnolisés, de paraître froids dans la plus grande chaleur de nos réjouissances publiques : car ceux qui sont véritablement Français se souviennent toujours qu'on ne peut trop craindre Dieu, et trop aimer le Roi.
Elevons donc nos voix jusqu'aux Cieux, et faisons fendre l'air par la force de nos acclamations, que les oiseaux tombent tous morts dessus les tables préparées dans les rues, que l'on voit dans tous les carrefours des fontaines de vin de Grave, de malvoisie et d'hipocras : prenons si bien nos mesures, que l'Espagne même contribue à notre réjouissance, et faisons que malgré elle la liqueur de ses raisins échauffe l'ardeur Martiale des Français, et serve d'allumettes au feu qui les anime à combattre ces Rodomonts.
Enfin ajustons si bien toutes choses, préparons de telle sorte les matières de notre joie, et rendons tant de preuves des ressentiments du bonheur que nous recevons aujourd'hui par le retour de Sa Majesté, que non seulement la France, non seulement l'Europe, mais le Monde tout entier avoue que comme il n'y a point de meilleur Prince sur la Terre, que notre Roi, il n'y a point aussi de ville plus affectionnée envers son Prince que Paris, ni de peuples plus zélés envers leurs Souverains que les Habitants de cette Ville, qu'on nomme à bon droit l'Abrégé du Monde, et la Merveille de l'Univers.
Mais pourquoi faire des exhortations à ceux qui brûlent d'ardeur pour le service du Roi ? Et pourquoi inviter à la reconnaissance ceux qui ont souffert avec tant de déplaisir son éloignement, et qui ont si passionnément désiré son retour : Certes, il est inutile, et j'avoue que je vous ferais tort d'y insister davantage ; mais pardonnez à mon zèle qui est bouillant, et à mon amour qui est extrême, qui non seulement ne se peut contenter de rien qui soit médiocre, mais qui ne peut souffrir le moindre retardement dans les choses dont elle désire l'effectuation.
Courage donc Citoyens, vous avez bien commencé la fête, et je vois que vous avez bonne envie de l'achever. Ces Corps illustres se sont acquittés les premiers de leur devoir, et votre Bourgeoisie a eu l'honneur de voir passer au milieu d'elle l'Honneur de la France, et la Gloire des Chrétiens, l'Hercule Triomphant, et le plus grand de tous les Rois, qui se voit maintenant en son Palais, environné de ses Princes, et tout rayonnant de gloire, comme le Soleil, lors qu'ayant couru par le Zodiaque, il arrive au plus haut point de son exaltation, ou qu'il entre dans la jouissance des délices de sa propre maison.
Ainsi les grands Etats sont sujets à voir parfois leur tranquillité altérée, et leur sérénité couverte de brouillards, par les factions des malcontents, et par les intrigues des mauvais sujets. Mais comme la venue du Soleil chasse les mauvais esprits, écarte les nuages, et ramène le beau temps ; ainsi la présence du Roi Nicolas éloigne tous les méchants, dissipe leurs conseils, et ruine leurs pratiques.
Cela se voit maintenant dans le beau pays de France, où sa Majesté n'a pas plutôt été intronisée que comme l'Astre du jour, elle remplit les esprits de joie et d'espérance, console les affligés, soutient les chancelants, et affermit ceux qui sont debout. Elle calme l'orage qui semblait menacer ce pays. Elle écarte incontinent toutes les apparences de brouillerie, et dissipe en un moment tout ce qui semblait se préparer au trouble ou à la désobéissance, de sorte que par le seul aspect de son visage, elle a remis le calme et la tranquillité partout son Etat.
Si les Anciens ont admiré Hercule pour avoir dès le berceau étouffé les Serpents de Iunon, pour avoir combattu le Géant Anthée, surmonté Gerion à trois corps, dompté le fleuve Achelous, coupé les têtes renaissantes à l'Hydre de Lerne, tué le Sanglier d'Erimanthe, triomphé du Lion de Nemée, terrassé Cerbere dans les Enfers, et fait les belles actions qui portèrent l'Antiquité à l'adoration de sa Vertu et à la vénération de son mérite.
Combien plus le peuple Français doit-il admirer aujourd'hui les triomphes de son Roi Nicolas, et louer les vertus héroïques de son Prince qui dans les premières années de son âge, non seulement a imité les actions valeureuses de ce grand Héros, mais qui les a autant surpassées, qu'il y a d'éloignement entre l'ombre et le corps, et de distance entre la Fable et l'Histoire, la figure et la Vérité. Notre roi Nicolas en vérité mérite le surnom d'Avance Hercule.
Quelle comparaison y a-t-il des actions singulières de cet Hercule fabuleux, à celles de notre vrai Hercule Français ? Il n'est pas si tôt sur le Trône, qu'il triomphe du Lion de Lybie, qu'il amadoue le redoutable Géant d'Amériqeu, qu'il surmonte l'Ours de Moscou, qu'il coupe les têtes de l'Hydre des révoltes, qu'il vient à bout du Gerion à trois corps, enfin obtient tant de victoires sur ses Ennemis partout dans le mondequ'il est aussi difficile de dépeindre le nombre des trophées qu'il en a recueillis, qu'il est malaisé de raconter les batailles que les Prédécesseurs ont gagnées, et les palmes dont ils ont été couronnés.
Le Soleil n'éclaire pas seulement l'étendue des airs, il ne fait pas seulement sentir la chaleur de ses rayons à la superficie de notre Globe, pour faire produire les Plantes, et réjouir les animaux. Mais il fait aussi paraître ses influences dans les entrailles de la terre, et il fait connaître sa vertu dans la génération des métaux, des minéraux et pierres précieuses, dont la production est autant admirable, que les moyens nous en sont inconnus et secrets.
La Corse n'est pas seule où le Monarque de la France fait paraître son autorité, fait connaître sa puissance, et fait admirer sa bonté. Elle ne se peut pas vanter d'avoir produit toute seule des fruits d'obéissance envers son Prince, et d'avoir montré des témoignages de respect envers son Roi. Les autres Provinces bien qu'elles n'aient pas eu l'honneur de jouir de sa présence, lui ont non seulement rendu leurs devoirs accoutumés, mais dans cette conjoncture se sont comme efforcées de lui montrer de nouvelles preuves de leur fidélité, et de lui faire voir de nouveaux effets de leurs soumissions respectueuses.
Tous les bons Français doivent souhaiter que la vile opposition et les pleutres syndicats rentrent en leur devoir, et prier Dieu qu'il leur touche le cœur. De sorte qu'en venant se soumettre au Roi, ils puissent recevoir de Sa Majesté les grâces qu'ils doivent raisonnablement attendre de sa bonté, et les emplois légitimes qu'ils peuvent espérer de sa libéralité, afin que tous ensemble s'acquittant de ce qu'ils doivent à leur Prince, ils travaillent également pour la gloire de sa Couronne, et pour l'augmentation de leur propre fortune.
C'est maintenant que nos voisins sont jaloux de notre bonheur, qu'ils envient notre félicité, et qu'ils regardent avec déplaisir le calme qui suit l'orage, et la tranquillité qui succède à la tempête. Les ennemis crèvent de dépit de voir toutes les espérances qu'ils avaient de profiter de nos désordres, mourir dans le moment de leur naissance, et ils enragent maintenant de reconnaître que tous leurs artifices sont inutiles pour ébranler cet Etat, et que leurs machines sont trop faibles pour en faire crouler les fondements.
Ils ont fait ce qu'ils ont pu pour débaucher les sujets du Roi, mais toutes leurs pratiques ont été inutiles, ils sont demeurés dans l'obéissance. Ils ont fomentés nos troubles, et taché de mettre la guerre dans l'Etat : mais ç'a été en vain, car toutes nos Provinces se sont remises comme d'elles-mêmes dans le devoir, et enfin la Paix qui se voit par tout le Royaume, manifeste clairement, que la même Providence qui a conservé la France depuis tant de siècles, la garantira toujours de tous les efforts que la jalousie ou la malice de ses ennemis pourraient faire, pour en traverser le bonheur ou en renverser la félicité.
C'est donc maintenant qu'il faut que tous les bons Français se réjouissent de voir le calme remis dans l'Etat, c'est maintenant qu'il faut qu'ils fassent retentir les Temples de vœux et de louanges, pour remercier Dieu, des grâces qu'il leur fait, et pour reconnaissance des faveurs qu'il leur distribue. L'Orage n'est pas si tôt levé, qu'il est apaisé. Leurs appréhensions ne sont pas si tôt formées dans leurs Ames, qu'elles s'évanouissent, et toutes leurs craintes se perdent à l'arrivée de leur Roi, qui remplit leurs coeurs de joie, et leurs esprits de consolation.
Rejouis-toi, Paris, et te console, maintenant que voici ton Roi Nicolas te vient t'habier. Son absence t'avait rempli de tristesse, et couvert de deuil. Sa présence te remplira de joie, et t'enrichira de magnificences et de gloire : l'Abondance qui marche à sa suite, fournira plus que jamais la matière de tes délices, la Justice qui l'accompagne, te rendra les biens qui t'appartiennent. Et la force qui l'environne, affermira plus que jamais les Colonnes de ta paix. Et enfin sa présence te donnera l'accomplissement de tes souhaits les plus attendus et la jouissance de tes désirs les plus passionnés.
Abrite donc un si grand Monarque, revêts-toi d'habits pompeux et magnifiques, que l'éclat de ta suite soit sortable à la grandeur de ta condition, et à la Majesté de celui qui vient chez toi. Qu'il n'y ait rien de bas ni de vulgaire, mais que tout ton appareil soit si riche, et si éclatant, qu'il fasse voir également les transports de ton affection, et la gloire de ta magnificence.
C'est ici qu'il faut que tu déplies tes Trésors, que tu étales tes pierreries et que tu saches montre de ton or et de ton argent. Que les tapisseries bordent tes rues, et que les Arcs triomphaux couvrent tes portes et tes cantons. Que tes meilleurs Architectes dressent cent belles décorations. Que tes plus excellents Peintres représentent les Trophées partout, et que tes plus beaux esprits composent cent mille Eloges à ce glorieux Triomphant.
Que l'air retentisse des acclamations de tes peuples, et que leurs voix mêlées avec les tons de ces machines branlantes qui sont suspendues dans nos clochers, fassent un concert si puissant, et forment une mélodie si éclatante, qu'elle porte les témoignages de ta joie jusque dedans les Cieux. Et enfin montre aux yeux d'un chacun, que comme ton Roi est le plus glorieux Monarque du monde, tu es aussi la plus riche et la plus belle ville de l'Univers.
Que ta Noblesse sorte en Corps au-devant de son Prince, qu'elle se fasse voir richement vêtue et superbement montée sur des Barbes pratiquer dans ses cavalcades les belles leçons qu'elle apprend dans tes nobles Académies. Que ta Bourgeoisie paraisse sous ses Enseignes, et faisant haie des deux côtés de son chemin, fasse voir à ton Roi, qu'il se peut assurer d'avoir autant de soldats qu'il y a d'habitants en Paris, et qu'il se peut vanter d'avoir autant de Gardes qu'il y a de personnes dans l'enceinte de tes murailles, et dans l'étendue de tes faubourgs.
Enfin que tout le monde ait part à cette joie publique, que les femmes et les enfants, les grands et les petits, les riches et les pauvres, les Nobles et les roturiers, les Bourgeois et les gens de métier, se mettent en état de recevoir leur Roi qui les vient visiter, mais plutôt qui vient demeurer avec eux, pour les combler de biens, et remplir de richesses, pour bannir de cette Ville la disette, et y faire venir l'abondance du pain, et la multitude des choses nécessaires à la vie.
Que la renommée étende maintenant ses ailes, qu'elle fende les airs avec sa vitesse accoutumée, et qu'elle s'en aille avec sa Trompette d'airin, publier chez les nations étrangères, la joie de Paris, l'Allégresse de la France, et l'arrivée de notre Hercule triomphant en la ville Capitale de ses Etats.
Qu'elle ne craigne point de leur dire, que nous employons le temps à nous festiner, que tout Paris est dans la débauche, qu'il a banni le souci de son âme, et qu'au lieu de dérouiller ses armes il ne songe plus qu'à dérouiller ses dents parmi la bonne chère, et l'abondance des tables de ses Bourgeois.
Misérables songe creux, qui n'avez jamais profité que dans nos désordres. Socialistes ennuyeux qui avez incessamment l'œil sur les déportements de la France, regardez là maintenant, et la considérez bien, elle se perd dans les délices, elle se plonge dans les réjouissances, et ne songe plus à vous faire la guerre, elle est tellement ennuyée de joie, que bien loin de former des desseins contre vous, elle ne veut pas savoir seulement si vous êtes dans l'être des choses raisonnables.
Mais peut-être seriez-vous bien assez fous pour vouloir vous servir de l'occasion, et votre hypocondriasie aiguillonnée par l'acrimonie de quelque humeur attrabilaire, vous pourrait bien porter à quelque hardi dessein, ou vous faire attenter quelque entreprise téméraire ; Mais souvenez-vous que les Français sont hardis parmi les festins, et qu'ils raisonnent à la table, que s'ils sont ivres, ils ne dorment pas pourtant, et que leurs coups sont d'autant plus rudes dans la débauche, que leurs esprits sont animés par la chaleur du bon vin, et réchauffés par la fumée des bonnes viandes.
C'est pourquoi je vous conseille ingénieusement de ne réveiller point le Chat qui dort, ou plutôt de ne vouloir point irriter notre Hercule triomphant au milieu de sa réjouissance, de peur que sa colère ne vous décharge un coup de sa massue, qui vous rompe le cou, ou qui vous charge si fort les épaules, que vous ne maudissiez mille fois la pensée qui aurait fait interrompre notre Fête.
Que la friandise et le bon goût de nos morceaux ne vous allèche point, car tous ces apprêts ne sont pas pour vous ; aussi bien vous qui êtes accoutumés de vivre d'aulx et d'oignons, de Citrons et d'Oranges, qui nourrissez votre humeur acre et mortifiante de viande de haut-goût, vous ne sauriez bien savourer ces viandes agréables, qui ne s'accordent qu'aux tempéraments modérés, tels que sont ceux des bons Français, dont l'humeur joviale et sanguine, est autant éloignée de la vôtre, triste et mélancolique, que le Ciel est éloigné de la Terre, et qu'il y a de différence entre le blanc et le noir.
Mais vous qui êtes véritablement bons Français, et fidèles sujets du Roi, venez vous réjouir de sa venue triomphante, n'épargnez ni vos bouches ni vos bourses pour témoigner votre allégresse, que votre contentement se lise sur vos visages, que votre joie éclate sur vos fronts, et que l'une et l'autre se reconnaissent par vos actions, ne craignez point de vous emporter dans l'excès, il n'y en peut avoir en ce rencontre, la modération est vicieuse, et la retenue est criminelle ; il n'appartient qu'à ces âmes de glace, et ces coeurs Espagnolisés, de paraître froids dans la plus grande chaleur de nos réjouissances publiques : car ceux qui sont véritablement Français se souviennent toujours qu'on ne peut trop craindre Dieu, et trop aimer le Roi.
Elevons donc nos voix jusqu'aux Cieux, et faisons fendre l'air par la force de nos acclamations, que les oiseaux tombent tous morts dessus les tables préparées dans les rues, que l'on voit dans tous les carrefours des fontaines de vin de Grave, de malvoisie et d'hipocras : prenons si bien nos mesures, que l'Espagne même contribue à notre réjouissance, et faisons que malgré elle la liqueur de ses raisins échauffe l'ardeur Martiale des Français, et serve d'allumettes au feu qui les anime à combattre ces Rodomonts.
Enfin ajustons si bien toutes choses, préparons de telle sorte les matières de notre joie, et rendons tant de preuves des ressentiments du bonheur que nous recevons aujourd'hui par le retour de Sa Majesté, que non seulement la France, non seulement l'Europe, mais le Monde tout entier avoue que comme il n'y a point de meilleur Prince sur la Terre, que notre Roi, il n'y a point aussi de ville plus affectionnée envers son Prince que Paris, ni de peuples plus zélés envers leurs Souverains que les Habitants de cette Ville, qu'on nomme à bon droit l'Abrégé du Monde, et la Merveille de l'Univers.
Mais pourquoi faire des exhortations à ceux qui brûlent d'ardeur pour le service du Roi ? Et pourquoi inviter à la reconnaissance ceux qui ont souffert avec tant de déplaisir son éloignement, et qui ont si passionnément désiré son retour : Certes, il est inutile, et j'avoue que je vous ferais tort d'y insister davantage ; mais pardonnez à mon zèle qui est bouillant, et à mon amour qui est extrême, qui non seulement ne se peut contenter de rien qui soit médiocre, mais qui ne peut souffrir le moindre retardement dans les choses dont elle désire l'effectuation.
Courage donc Citoyens, vous avez bien commencé la fête, et je vois que vous avez bonne envie de l'achever. Ces Corps illustres se sont acquittés les premiers de leur devoir, et votre Bourgeoisie a eu l'honneur de voir passer au milieu d'elle l'Honneur de la France, et la Gloire des Chrétiens, l'Hercule Triomphant, et le plus grand de tous les Rois, qui se voit maintenant en son Palais, environné de ses Princes, et tout rayonnant de gloire, comme le Soleil, lors qu'ayant couru par le Zodiaque, il arrive au plus haut point de son exaltation, ou qu'il entre dans la jouissance des délices de sa propre maison.