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Corse : rififi immobilier dans la jet-set  Dimanche 23 Mars 2008

Une histoire de propriété plus compliquée que l'article ne le laisse paraître. Un article de Fabrice Lhomme sur le site Mediapart





Quand un notable s'accapare de force la magnifique propriété d'un couple richissime, cela donne la dernière histoire corse. Le parquet d'Ajaccio, qui ne goûte guère la plaisanterie, a ouvert une enquête préliminaire, pendant que les protagonistes échangent des noms d'oiseaux.

L'histoire tient à la fois de Clochemerle et de L'Enquête corse de Pétillon. Sauf qu'elle ne fait pas rire du tout ses protagonistes. Elle débute en décembre 2000 lorsque Anne Tazartes, une Française mariée à un homme d'affaires italien fortuné, a le coup de foudre pour une magnifique demeure, dont elle découvre l'existence en feuilletant la revue Propriétés de France.

Résidente italienne mais Corse dans l'âme – son nom de jeune fille est Anne de Carbuccia, une très vieille famille insulaire –, Anne Tazartes prend le premier avion pour Ajaccio. La bâtisse sur laquelle elle a jeté son dévolu est située à l'extrémité sud de la Corse, dans la vallée de l'Ortolo. Cette maison, la plus belle de l'île selon les habitants du coin, est située en bord de mer, au bout du prestigieux domaine de Murtoli. Il s'agit d'une tour génoise datant du XVIIe siècle, en pierres apparentes, d'une superficie d'environ 200 m2. Elle donne directement sur la plage.

Le domaine de Murtoli comprend une dizaine de petites maisons, réparties sur 2000 hectares, louées fort cher à une clientèle aisée et à des figures de la jet-set. La plupart des magazines y ont consacré des articles dithyrambiques, des reportages élogieux ont été diffusés à la télévision... Le site appartient à un notable, Paul Canarelli, dont le père, Toussaint, est lui-même une personnalité en vue du sud de la Corse. L'établissement quatre étoiles que ce dernier dirige – et qui commercialise le domaine de Murtoli –, le Grand Hôtel de Cala Rossa, situé à Porto-Vecchio, est l'un des plus célèbres de l'île. Stars du show-biz et figures de la gauche caviar, mais aussi Nicolas Sarkozy, y séjournent régulièrement.

La maison convoitée par Anne de Carbuccia n'appartient pas aux Canarelli mais à Paul d'Ortoli. En octobre 2001, d'Ortoli tombe d'accord avec Mme de Carbuccia, qui achète la propriété de ses rêves. Les premières années, tout se passe bien. « Avec mon mari et mes enfants, nous y passions en moyenne 25 week-ends par an et les trois mois d'été. Nous entretenions les meilleures relations avec les touristes qui louaient les autres maisons du domaine », se souvient Anne de Carbuccia.

« Vous avez trois jours pour payer »
Tout dérape en juillet 2005. Paul Canarelli, jusqu'alors peu présent sur le domaine, demande à rencontrer Alberto Tazartes, le mari d'Anne de Carbuccia. Elle raconte : « Canarelli, accompagné d'un homme de main, était hystérique. Il a hurlé au coup monté, affirmant que cette maison lui appartenait, et qu'il faudrait lui verser un million d'euros pour avoir le droit de continuer à y accéder. Il a dit : "Vous avez trois jours pour payer, sinon je vous jette à la mer." C'était d'une violence incroyable...».

Selon Anne de Carbuccia, Canarelli se serait ensuite rendu chez le vendeur, Paul d'Ortoli, qu'il aurait également menacé. « Il lui a mis un revolver dans la bouche et lui a dit qu'il était un homme mort s'il nous soutenait. D'Ortoli m'a ensuite appelé, terrorisé, pour me dire qu'il ne pouvait plus nous aider, qu'il voulait voir son petit-fils grandir. »

Pour calmer le jeu, les Alberto Tazartes et son épouse repartent en Italie. Une mauvaise surprise les attend, l'été suivant. Paul Canarelli a changé le portail d'entrée permettant l'accès au domaine, mais aussi les serrures de leur maison ! Furieuse, Anne de Carbuccia s'explique avec Paul Canarelli. « Je lui ai dit qu'il était aberrant que je ne puisse par entrer chez moi. Et là, il m'a fait la morale « corse », m'expliquant qu'on aurait dû lui demander la permission avant d'acheter, que Paul d'Ortoli avait promis à son père il y a 15 ans de lui vendre la propriété, et qu'il disposait donc d'un "bail verbal" sur cette maison ! » Stupéfaite, Anne de Carbuccia prévient son interlocuteur qu'elle n'entend pas se laisser faire. « Il m'a rétorqué, devant témoin, qu'il connaissait tous les nationalistes de l'île et qu'il ferait plastiquer la maison. »

Depuis cette date, Anne de Carbuccia n'a plus jamais accédé à sa maison. Elle a multiplié les démarches, auprès du bâtonnier Me Antoine Sollacaro ou encore du président (UMP) de l'Assemblée de Corse, Camille de Rocca-Serra. En vain.

Pis, au début de cette année, elle découvre dans une revue spécialisée que Paul Canarelli a mis en location... sa maison. « Elle est proposée à partir du mois de mai moyennant 25.000 euros par semaine. Alors que c'est chez moi ! C'est complètement fou, quand on pense qu'à l'intérieur, il y a mes meubles, mes affaires, les jouets des enfants... »

Anne de Carbuccia ne se décourage pas. Elle a envisagé de prendre des pages entières de publicité – elle en a les moyens – dans les quotidiens nationaux pour dénoncer la situation. « C'est une affaire de principe, lâche-t-elle. Je suis corse ; ici, ce sont mes racines. Et l'omertà, moi, je n'en ai rien à faire. » Courant février, elle a déposé plainte au pénal. Une plainte prise au sérieux puisque, selon nos informations, le parquet d'Ajaccio a confié à la gendarmerie, début mars, une enquête préliminaire ouverte pour « menaces de mort et extorsion ».

Interrogé par Mediapart, Paul Canarelli propose bien entendu une autre version de l'histoire. « C'est un différend commercial classique, relativise-t-il. Mme Tazartes a en fait acheté, sans me prévenir, une maison que j'exploitais commercialement. Cela fait des années que je la louais à Paul d'Ortoli, j'ai tous les documents qui l'attestent. Elle aurait quand même pu avoir la politesse de venir se présenter, d'autant que cette demeure est située sur mon domaine. J'ai investi entre 500.000 et 1 million d'euros pour faire les routes, des ponts, des barrières... L'ensemble est une propriété familiale, mon grand-père y faisait paître ses bêtes. »

Paul Canarelli, qui affirme ne pas avoir menacé Anne de Carbuccia (« elle veut me faire passer pour un mafieux, mais c'est absurde d'imaginer que je pourrais faire sauter une maison que j'adore, située a fortiori sur mon domaine »), se dit prêt à transiger. « Si Mme Cazartes tient absolument à passer ses vacances dans cette maison, je suis prêt à lui racheter puis à lui louer. Mais je n'irai pas au-delà. Pour moi aussi, c'est une affaire de principe. » Et en Corse, c'est bien connu, on ne plaisante pas avec les principes.

L'affaire du domaine de Murtoli, pour anecdotique qu'elle paraisse, est en réalité édifiante. Elle illustre, dans toutes ses dimensions, les spécificités corses, notamment les conflits de propriétés qui, pour des raisons historiques et culturelles, sont extrêmement nombreux dans l'île ... et se règlent parfois violemment. Espérons que celui qui oppose Anne de Carbuccia à Paul Canarelli se terminera pacifiquement!

Mon commentaire: qui ne connaît le domaine de Murtoli et le caractère violent de Paul Canarelli. Nombreux sont ceux qui ont pris sa main sur la figure et pas toujours à mauvais escient. Je pense notamment à tous ces touristes qui brisaient les clotures du domaine pour se rendre sur la plage de l'Ortolo, laissant derrière eux des tonnes d'ordures.

Mais Paul Canarelli est aussi en délicatesse avec les associations de défense du littoral car il a tout simplement fermé la petite anse de Murtoli avec une chaîne et des hommes aux larges épaules agressent verbalement toute personne qui débarque sur SA plage. Il y aura vraisemblablement des frictions lorsqu'il faudra que le chemin des douaniers passe par là. Néanmoins, il faut reconnaître que le travail qu'il a accompli est remarquable et la préservation du site admirable.

J'apprends cette affaire abracadabrantesque en lisant Mediapart. Quelques détails m'intriguent. Il aura fallu des années pour que Paul Canarelli apprennnent que la célèbre maison de Murtoli a été vendue. Il a du croire que les propriétaires étaient restés des locataires. Il est exact que Paul Canarelli a investi des sommes colossales dans son terrain et le propriétaire m'a l'air comment dire un peu ficelle. De toutes les façons, jamais une telle demeure, une des rares maisons fortifiées du bord de mer, n'aurait du être vendue. Elle devrait appartenir au patrimoine corse.

Paul Canarelli aurait menacé de faire intervenir des nationalistes. Je n'en connais guère qui interviendraient en sa faveur. D'ailleurs… Paul Canarelli a-t-il vraiment besoin des nationalistes? C'est un notable de Porto Vecchio. Il est un fidèle soutien de Camille de Rocca Serra et l'heureux propriétaire (locataire?) de la boîte de nuit, le Via Notte dont le succès a bondi après la destruction totale et miraculeuse d'un établissement plus grand, l'Amnesia qui appartenait à Paul Lantieri, aujourd'hui en fuite. 300 kilos d'explosifs ont fait voler en éclat, cette boîte à ciel ouvert, construire sur un terrain agricole. Ne dit-on pas en Corse que celui qui possède des "amis" et de l'argent tord le nez à la justice. Pour le coup, l'Amnesia construit sur un terrain inconstructible avec des fonds venus d'on ne sait où, a pu tourner des années sans que les services de l'état s'intéresse au problème.

Le père de Paul Canarelli, Toussaint, est l'ancien maire de Figari. Il est aussi le propriétaire du Calarossa un remarquable hôtel situé près de Porto Vecchio, où Nicoléon a ses habitudes. L'enquête de la justice va donc être difficile.

Mais dans cette affaire je peux comprendre la colère de Paul Canarelli. Le propriétaire aurait vraiment pu le contacter avant de le vendre. Je comprends le désarroi de la propriétaire même si ses lointaines racines corses ne lui donnent aucun droit supplémentaire. Et je comprends la trouille de l'ancien propriétaire qui m'a l'air d'un renard somme toute pas très rusé.

Je reste pensif devant la fortune des heureux propriétaires, devant celle de Paul Canarelli et celle du propriétaires. Heureux humains qui surnagent dans un monde de misère. Bref qu'ils se débrouillent entre eux. La Corse a des problèmes plus urgents à règler que les chamailleries entre milliardaires. Cela dit le chemin des douaniers passera un jour par Murtoli. Et celui qui s'y opposera aura là les nationalistes contre lui (ou contre elle). Enfin contrairement à ce qu'écrit le journaliste, cette affaire n'a rien édifiante pour ce qui concerne la Corse. Elle est au contraire tout à fait exceptionelle.

le Dimanche 23 Mars 2008 à 09:28 | Permalien | Commentaires (5)



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Gabriel Xavier Culioli



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