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Tous les matins du monde naissent et meurent en Corse
Choses de Corse, cosi di Corsica
Comme un air de printemps… Mardi 18 Mars 2008
Un article que j'ai écrit il y a trois semaines pour le journal de la Corse.
Comme un air de printemps…
Les listes portées par les nationalistes modérées ont fait naître en Corse une espérance qui fait chaud au cœur. C’est la première fois depuis plusieurs années qu’un tel sentiment est perceptible.
Trouver des voies nouvelles
Le nationalisme historique a mené à bien l’une des missions qu’il s’était fixée : changer la donne corse qui, dans les années 1970, était des plus catastrophiques pour notre peuple. À juste titre, l’Hudson Institute nous promettait de devenir une sorte de réserve intérieure encerclée par une couronne de béton toute entière dévolue à de riches clients extérieurs. La levée autonomiste puis nationaliste a permis de ralentir ce processus sans toutefois l’annihiler. Car le danger du tsunami libéral est toujours là qui nous guette désormais incarné par le PADDUC. Force est de constater que le nationalisme fut incapable de promouvoir un projet de société crédible ce qui l’amena à tourner son énergie contre lui-même. La violence devint décennie après décennie suicidaire. Si j’étais féru d’astrologie je dirais que, comme toutes les révolutions, vient un moment où se réveille en elles le scorpion, l’animal totem des grands bouleversements. Cet insecte, encerclé par le danger, finit par se piquer avec sa propre queue. Le venin qui lui servait de défense entre en lui et détruit son propre organisme. La violence corse (un mal récurrent) constitua une brume impénétrable qui masqua les véritables horizons à conquérir. Après avoir été un outil de défense, elle devint une sorte de fin en soi. Chaque tendance, chaque bande se suréquipa en armement, cherchant l’argent nécessaire pour y parvenir : racket, menaces se mélangeant ainsi à la voyoucratie et offrant le flanc à la criminalisation du mouvement voulue et fomentée par les services de l’état. Cela était d’autant plus aisé que la violence corse n’est pas une violence de rupture mais une violence de pression. Elle vise à obtenir toujours plus de la puissance tutélaire mais jamais à couper les ponts avec elle. Je parle ici de phénomène inconscient qui s’exacerbe lorsque l’état dominant s’affaiblit. Les notables corses du nord appelèrent à l’aide les Génois contre les seigneurs et Pise alors même que Pise ne possédait plus la puissance d’autrefois. La grande révolte des 40 ans s’étend parce que Gênes n’est plus la grande cité d’autrefois. Aujourd’hui la France a perdu de sa superbe. Elle attirait les Corses quand elle pouvait leur offrir un horizon mondial. Aujourd’hui, l’état ne peut plus fournir d’emplois à l’extérieur de l’île et il semble préférer la répression au don financier. Les clans, subtile passerelle entre un peuple clientélaire et un état nourricier, sont malades de la faiblesse étatique. C’est dire qu’une voie royale est ouverte devant les nationalistes si toutefois, ils parviennent à trouver des voies nouvelles qui tranquillisent une population vieillissante et en perte de repères.
Un nationalisme de projets et de contrats
L’assassinat du préfet Erignac cherchait à radicaliser le nationalisme et à rompre avec la France. Et c’est pourquoi cette tentative a échoué. Que cela plaise ou pas, la Corse est française serait-ce par intérêt. Jusqu’à maintenant, le nationalisme corse a été à la fois l’expression d’une identité particulière et celle d’une génération qui aurait dû prendre les rênes du pouvoir en Corse et qui en a été privée à cause du clanisme. Néanmoins, ce système a toujours été reconduit par les voies démocratiques. Et si la répression a échoué, il faut également constater que la violence a également conduit à une impasse. Les attentats se succèdent sans même être expliqués. Il faut désormais partie du paysage sans parvenir à enrayer les constructions permises par les maires et les élus insulaires. Cette violence est devenue au fil des ans une sorte d’habitude qui a pour principal résultat d’envoyer des dizaines de jeunes en prison. Il suffit de discuter avec les Corses pour se rendre à quel point les attentats lassent. La violence a renforcé le clanisme en lui donnant une raison d’exister. Pourtant quelque chose germait et il est désormais devenu évident pour beaucoup de nationalistes que la seule voie viable est de convaincre d’un véritable savoir faire, de démontrer qu’au-delà des grandes phrases cette famille politique possède des hommes et des femmes de talent capables de remplacer les « fils de » et les vieux partis. C’est donc un vrai contrat social que doit proposer ce nationalisme qui a rompu avec la violence. Il doit devenir une source d’espérances et plus simplement un mur des lamentations ou un refuge de la colère. Il doit et il peut devenir un concepteur de projets crédibles, un creuset d’entrepreneurs et plus simplement un agglomérat de protestataires voire de profiteurs. C’est la raison pour laquelle, à mon avis, les listes soutenues par la Chjama et le PNC ont marqué des points lors des dernières élections. C’est la raison pour laquelle, elles sont des listes d’avenir qui permettent d’espérer soudain en une Corse nouvelle. Nous sommes de plus en plus nombreux à de nouveau croire en ce beau rêve d’une petite île qui étonne le monde. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir rompre avec le pessimisme ambiant qui nourrit le clientélisme. Étonnante Corse où l’avenir n’est jamais totalement prédictible et qui néanmoins semble suivre un destin tracé. Le détail est ici toujours fondamental. L’incendie de la CTC a permis de débloquer une situation qui s’enlisait. Les erreurs du préfet, celle de la justice (je fais évidemment allusion à l’incarcération de militants du Rinnovu et à celle de Jean-Christophe Angelini) ont permis de dénouer ce qui apparaissait jusque-là comme un nœud gordien en offrant l’espace nécessaire à celles et ceux qui veulent que ça change.
Jouer la carte démocratique
Le monde entier est hanté par le spectre du terrorisme. Le 11 septembre a profondément modifié la carte des enjeux politiques. Le gouvernement Zapatero a échoué dans ses négociations avec les Basques radicaux. L’IRA a rendu les armes. Jamais les petits peuples n’ont remporté de victoires militaires sur les pouvoirs dominants. Or désormais toute avancée politique requiert le rejet définitif de la violence. Qui peut penser une seconde que Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages, négociera quoi que ce soit avec les tenants de la violence en Corse. C’est illusoire et c’est fou. Bien au contraire, la tendance en Occident est au tout sécuritaire et le gouvernement s’appuiera sur la répression en Corse pour démontrer sur le continent sa détermination à enrayer le terrorisme. Il est frappant de constater combien le nationalisme est puissant dans la société civile, dans le syndicalisme et pourtant peine à créer une synergie qui le transformerait en première force insulaire. L’ascension du nationalisme modéré permet de croire à une telle hypothèse. Il serait fou de la gâcher. Même si les élections municipales sont en général très conservatrices, il faut les transformer autant que faire se peut, en une tranquille démonstration de force en faveur de ces candidats qui désirent une Corse nouvelle, ouverte et néanmoins respectueuse de sa propre identité.
Les listes portées par les nationalistes modérées ont fait naître en Corse une espérance qui fait chaud au cœur. C’est la première fois depuis plusieurs années qu’un tel sentiment est perceptible.
Trouver des voies nouvelles
Le nationalisme historique a mené à bien l’une des missions qu’il s’était fixée : changer la donne corse qui, dans les années 1970, était des plus catastrophiques pour notre peuple. À juste titre, l’Hudson Institute nous promettait de devenir une sorte de réserve intérieure encerclée par une couronne de béton toute entière dévolue à de riches clients extérieurs. La levée autonomiste puis nationaliste a permis de ralentir ce processus sans toutefois l’annihiler. Car le danger du tsunami libéral est toujours là qui nous guette désormais incarné par le PADDUC. Force est de constater que le nationalisme fut incapable de promouvoir un projet de société crédible ce qui l’amena à tourner son énergie contre lui-même. La violence devint décennie après décennie suicidaire. Si j’étais féru d’astrologie je dirais que, comme toutes les révolutions, vient un moment où se réveille en elles le scorpion, l’animal totem des grands bouleversements. Cet insecte, encerclé par le danger, finit par se piquer avec sa propre queue. Le venin qui lui servait de défense entre en lui et détruit son propre organisme. La violence corse (un mal récurrent) constitua une brume impénétrable qui masqua les véritables horizons à conquérir. Après avoir été un outil de défense, elle devint une sorte de fin en soi. Chaque tendance, chaque bande se suréquipa en armement, cherchant l’argent nécessaire pour y parvenir : racket, menaces se mélangeant ainsi à la voyoucratie et offrant le flanc à la criminalisation du mouvement voulue et fomentée par les services de l’état. Cela était d’autant plus aisé que la violence corse n’est pas une violence de rupture mais une violence de pression. Elle vise à obtenir toujours plus de la puissance tutélaire mais jamais à couper les ponts avec elle. Je parle ici de phénomène inconscient qui s’exacerbe lorsque l’état dominant s’affaiblit. Les notables corses du nord appelèrent à l’aide les Génois contre les seigneurs et Pise alors même que Pise ne possédait plus la puissance d’autrefois. La grande révolte des 40 ans s’étend parce que Gênes n’est plus la grande cité d’autrefois. Aujourd’hui la France a perdu de sa superbe. Elle attirait les Corses quand elle pouvait leur offrir un horizon mondial. Aujourd’hui, l’état ne peut plus fournir d’emplois à l’extérieur de l’île et il semble préférer la répression au don financier. Les clans, subtile passerelle entre un peuple clientélaire et un état nourricier, sont malades de la faiblesse étatique. C’est dire qu’une voie royale est ouverte devant les nationalistes si toutefois, ils parviennent à trouver des voies nouvelles qui tranquillisent une population vieillissante et en perte de repères.
Un nationalisme de projets et de contrats
L’assassinat du préfet Erignac cherchait à radicaliser le nationalisme et à rompre avec la France. Et c’est pourquoi cette tentative a échoué. Que cela plaise ou pas, la Corse est française serait-ce par intérêt. Jusqu’à maintenant, le nationalisme corse a été à la fois l’expression d’une identité particulière et celle d’une génération qui aurait dû prendre les rênes du pouvoir en Corse et qui en a été privée à cause du clanisme. Néanmoins, ce système a toujours été reconduit par les voies démocratiques. Et si la répression a échoué, il faut également constater que la violence a également conduit à une impasse. Les attentats se succèdent sans même être expliqués. Il faut désormais partie du paysage sans parvenir à enrayer les constructions permises par les maires et les élus insulaires. Cette violence est devenue au fil des ans une sorte d’habitude qui a pour principal résultat d’envoyer des dizaines de jeunes en prison. Il suffit de discuter avec les Corses pour se rendre à quel point les attentats lassent. La violence a renforcé le clanisme en lui donnant une raison d’exister. Pourtant quelque chose germait et il est désormais devenu évident pour beaucoup de nationalistes que la seule voie viable est de convaincre d’un véritable savoir faire, de démontrer qu’au-delà des grandes phrases cette famille politique possède des hommes et des femmes de talent capables de remplacer les « fils de » et les vieux partis. C’est donc un vrai contrat social que doit proposer ce nationalisme qui a rompu avec la violence. Il doit devenir une source d’espérances et plus simplement un mur des lamentations ou un refuge de la colère. Il doit et il peut devenir un concepteur de projets crédibles, un creuset d’entrepreneurs et plus simplement un agglomérat de protestataires voire de profiteurs. C’est la raison pour laquelle, à mon avis, les listes soutenues par la Chjama et le PNC ont marqué des points lors des dernières élections. C’est la raison pour laquelle, elles sont des listes d’avenir qui permettent d’espérer soudain en une Corse nouvelle. Nous sommes de plus en plus nombreux à de nouveau croire en ce beau rêve d’une petite île qui étonne le monde. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir rompre avec le pessimisme ambiant qui nourrit le clientélisme. Étonnante Corse où l’avenir n’est jamais totalement prédictible et qui néanmoins semble suivre un destin tracé. Le détail est ici toujours fondamental. L’incendie de la CTC a permis de débloquer une situation qui s’enlisait. Les erreurs du préfet, celle de la justice (je fais évidemment allusion à l’incarcération de militants du Rinnovu et à celle de Jean-Christophe Angelini) ont permis de dénouer ce qui apparaissait jusque-là comme un nœud gordien en offrant l’espace nécessaire à celles et ceux qui veulent que ça change.
Jouer la carte démocratique
Le monde entier est hanté par le spectre du terrorisme. Le 11 septembre a profondément modifié la carte des enjeux politiques. Le gouvernement Zapatero a échoué dans ses négociations avec les Basques radicaux. L’IRA a rendu les armes. Jamais les petits peuples n’ont remporté de victoires militaires sur les pouvoirs dominants. Or désormais toute avancée politique requiert le rejet définitif de la violence. Qui peut penser une seconde que Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages, négociera quoi que ce soit avec les tenants de la violence en Corse. C’est illusoire et c’est fou. Bien au contraire, la tendance en Occident est au tout sécuritaire et le gouvernement s’appuiera sur la répression en Corse pour démontrer sur le continent sa détermination à enrayer le terrorisme. Il est frappant de constater combien le nationalisme est puissant dans la société civile, dans le syndicalisme et pourtant peine à créer une synergie qui le transformerait en première force insulaire. L’ascension du nationalisme modéré permet de croire à une telle hypothèse. Il serait fou de la gâcher. Même si les élections municipales sont en général très conservatrices, il faut les transformer autant que faire se peut, en une tranquille démonstration de force en faveur de ces candidats qui désirent une Corse nouvelle, ouverte et néanmoins respectueuse de sa propre identité.