Tous les matins du monde naissent et meurent en Corse

Choses de Corse, cosi di Corsica

A Corsica si rinnova  Vendredi 04 Avril 2008


2003 : l'échec du référendum en Corse avait semblé signer l'arrêt de mort de l'alliance entre le mouvement nationaliste et l'aile la plus ouverte des politiques traditionnels. 2008 : les excellents résultats des nationalistes modérés remettent au premier plan une telle hypothèse en prévision des prochaines territoriales. Et si nous assistions à la naissance d'un parti corse composé d'hommes et de femmes venant du nationalisme, de la gauche et de la droite qui ferait face à un parti français centralisateur composé des vieux clans.

Un article que j'ai écrit pour le JDC


La faiblesse du clan

Il faudrait finement analyser les résultats des municipales corses pour apprécier l'apport des voix qui venues des partis traditionnels se sont ralliées aux listes nationalistes modérées. Mais il est certain qu'à Bastia des électeurs de la droite comme de la gauche ont voté pour Gilles Simeoni afin de signaler leur mécontentement de la politique actuelle. Je crois en particulier qu'un nombre d'électeurs significatif qui avaient mis leur espérance dans le vote Sarkozy, s'est tournésvers le vote autonomiste. Ils incarnaient toute l'ambiguïté du sarkozysme qui avait beaucoup promis aux classes sociales moyennes et modestes mais peu tenu. À Porto-Vecchio un tel schéma est plus crédible encore. D'importantes familles de l'extrême-sud se sont détachées du clan et certains de leurs membres apparaissent sur la liste de Jean-Christophe Angelini indiquant ainsi que le rocca-serrisme s'effrite année après année. Jamais le clan n'a été aussi faible. Il l'est à cause des contre-performances de Georges Mela qui n'a pas réussi à se fabriquer une véritable image différenciée de celle des Rocca Serra. Mais cette faiblesse vient aussi des liens étroits que l'héritier de Jean-Paul a tissés avec le président de la République. Par un effet mécanique, la perte de popularité de Nicolas Sarkozy atteint son ombre portée corse. La faiblesse a aussi pour causes un état qui se désengage forçant ainsi le clan à reconnaître son incapacité à placer ses jeunes.

Un vent nouveau

Mais au-delà même de ces considérations locales, un vent nouveau souffle sur la Corse. En apparence, l'île a voté comme le continent donnant une prime à la gauche. Les électeurs insulaires qui avaient plébiscité le candidat Sarkozy réduisent le pouvoir de ses représentants locaux même si le conseil général de la Corse-du-sud améliore son score. Mais la véritable nouveauté n'est pas là. Elle est dans les très beaux scores des nationalistes modérés qui peuvent ainsi se féliciter de leur rupture franche avec l'aile qui soutient la clandestinité. Avec les tenants de la violence clandestine. En devenant crédibles sur le plan politique, les nationalistes modérés parviennent à rendre possible une réémergence du camp corsiste c'est-à-dire de cette frange de la classe politique traditionnelle qui a compris quand dans le monde tel qu'il est la Corse ne peut à terme que compter sur ses propres forces pour s'en tirer. Et c'est bien cette frange d'électeurs pragmatiques qui a donné sa force aux listes nationalistes modérées aux quatre coins cardinaux de la Corse.

Trouver des passerelles pour imposer l'indispensable troisième voie

L'affaire est loin d'être pliée. Les échecs électoraux de candidats tels que Jean-Claude Guazzelli à Isula Rossa ou Geneviève Filippi à Lucciana compliquent la situation car ces contrepoids vont manquer pour faire pencher les hésitants du côté de la modernité. J'entends par hésitants ces hommes qui, à l'instar de Paul Giacobbi, sont devenus, après l'échec du référendum de 2003, les prisonniers du clanisme à l'usu anticu. Pourtant une dynamique s'est mise en marche mais elle est surtout portée par le mouvement nationaliste lui-même et non par des progressistes parisiens ou des membres du gouvernement. La différence est essentielle et apporte de l'espérance. L'échec des différents statuts particuliers avait pour explication essentielle leur origine continentale. Pour gagner la paix civile, les autorités étatiques négociaient avec une minorité des dispositions qui n'avaient jamais été ratifiées par les Corses eux-mêmes. Les clans faisaient mine d'accepter le diktat parisien, investissaient les statuts et les vidaient de leur substance. C'est ainsi qu'a été perdu le référendum de 2003. C'est ainsi que jamais l'expérimentation législative n'a été tentée par l'assemblée régionale.
Aujourd'hui il en va différemment. Les nationalistes modérés ont emporté une première étape. Ils vont désormais devoir bâtir une stratégie destinée à amplifier le succès local afin de parvenir à une situation de négociation pleinement assumée par une majorité incontestable de Corses.
Or la conjoncture internationale joue en faveur de cette vague autonomiste qu'il faut relier à la vague décentralisatrice qui, sous l'effet de la mondialisation, est perceptible un peu partout en Europe pour le meilleur et pour le pire. La crise économique mondiale réduit à peu les marges de manœuvre du président Sarkozy. Pour imposer ses réformes, il va devoir tailler un peu plus dans les salaires et les retraites s'attirant ainsi la colère d'une partie de son électorat. Or la gauche française est aujourd'hui incapable d'offrir une alternative à la politique sarkozienne et cette incapacité place la gauche corse traditionnelle dans un réduit étroit. Émile Zuccarelli peut décliner la meilleure gestion municipale du monde, son identité politique est clairement jacobine et, en face de lui, le pôle décentralisateur mené par les autonomistes va s'affirmer. De l'autre côté de l'échiquier politique, Camille de Rocca Serra est rivé à la droite française comme un clou à un cercueil. L'état se désengageant, notre île risque à moyen terme d'être placée devant une situation d'insolvabilité qui obligera les citoyens à opter pour d'autres hommes que ceux qui ont mené la Corse à cette faillite annoncée. La Corse vit à crédit en comptant sur l'état français alors même que celui-ci annonce que ses caisses sont vides.

Un vieux rêve nouveau

Les nationalistes modérés participent donc presque involontairement à ce renouveau européen qui exige en Corse le passage d'un système clientélaire à un système plus productif. Autant dire que dans une île habituée à l'assistanat depuis des lustres le pari est loin d'être gagné et que le plus grand danger pour les autonomistes est de ne pas devenir eux-mêmes le contra partitu dont l'activité essentielle consistera à mendier tout en dénigrant l'état nourricier. C'est aussi, soyons-en conscient, un renouvellement du système partidaire corse. Sous nos yeux est en train de naître un parti corse qui s'opposera à un parti français dans le sens historique du terme. S'ils parviennent à ne pas se laisser rattraper par le piège de la violence et de l'enfermement, s'ils savent s'adresser à tous les citoyens de Corse quelles que soient leurs origines, les nationalistes modérés possèdent l'avenir de notre peuple entre leurs mains. C'est la première fois depuis des décennies que l'aube pourrait bien cesser d'être une tentation. Savoir construire plutôt que détruire. Agréger plutôt que désagréger. Car alors nous serions des milliers qui avions perdu espoir, à revenir vers notre rêve, ce rêve que nous partagions lorsqu'après Aleria nous nous battions pour la libération d'Edmond Simeoni : une Corse généreuse et mature, une Corse dont le peuple serait enfin reconnu pour son génie propre mais aussi en droit pour sa réalité. C'est enthousiasmant. Cela peut devenir exaltant. Au travail donc !


Quelques chantiers indispensables

Quelques chantiers généraux attendent les nationalistes modérés. Celui des prisonniers bien entendu dont il faut obtenir le rapatriement (et non le rapprochement) d'urgence. Cette tâche ne doit pas être laissée entre les mains des clans. Elle doit devenir une préoccupation quotidienne. L'abaissement du coût de la vie ensuite parce que les plus faibles d'entre nous souffrent terriblement de la situation actuelle accentuée par la vague estivale. La protection de notre terre bien entendu par un combat légal et juridique. Enfin, il faudra bien qu'un jour on reprenne le beau combat pour la reconnaissance du peuple corse, un combat bâclé, sporadique et jamais mené à son terme. Or du résultat de cette lutte dépend la crédibilité de la Corse auprès de l'Europe.


le Vendredi 04 Avril 2008 à 07:43 | Permalien | Commentaires (2)



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Gabriel Xavier Culioli



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